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L’Autre “ lieu ” - Cohabitation dans une maison communautaire d’africains (Peuls) qui accueillent des personnes souffrant de troubles mentaux

07 / 2009

FICHE PROJET

 

CONTEXTE ET ORIGINES DU PROJET

Créée en 1980, l’Autre « lieu » - R.A.P.A. est une association qui s’inscrit dans la lignée du mouvement de réflexion critique à l’égard du système psychiatrique qui réduit l’homme à sa maladie, à son malaise et qui l’institutionnalise. Elle est à l’initiative d’activités de sensibilisation de la population à la maladie mentale et aux réflexes d’exclusion.

Au départ, L’Autre “ lieu ” a créé un réseau d’accueil au sein de la population pour des personnes souffrant de troubles mentaux. L’objectif de la mise en place de ce réseau était d’éviter ou d’écourter l’hospitalisation psychiatrique ces personnes en leur permettant de se ressourcer dans un autre lieu, qui n’est ni un service de psychiatrie, ni un lieu de vie habituel.

Depuis sa création, les moyens d’actions du service se sont diversifiés. L’Autre « lieu » soutient la création de formules originales d’entraide tel qu’un groupe d’auto-support “ Jef ”. Le service propose également des lieux de paroles (Ecoute/Entraide et/ou Réseaux d’Echanges de Savoirs) ou des espaces de vie (les maisons) favorisant la solidarité et le lien social.

Le projet trouve sont origine dans le fait que l’équipe de L’Autre “ lieu ” a eu l’occasion de rencontrer des personnes originaires d’Afrique de l’Ouest, d’origine Peule. Ils ont constaté que la communauté Peule véhicule les valeurs traditionnelles africaines : solidarité au sein du groupe, hospitalité envers l’étranger, respect des différences et affirmation d’une identité cohérente.

En outre, les Peuls, vivant en Belgique, et les personnes souffrant de problèmes de santé mentale ont au moins un point commun : ce sont des personnes soumises à un exil. Mais cet exil se distingue par sa nature : l’immigration pour les premiers, la psychiatrisation et l’exclusion pour les seconds. D’où l’idée, dans le cadre de l’accueil de personnes en souffrance psychique, morale ou sociale, de créer des maisons rassemblant sous un même toit ces personnes et des Peuls.

A ce jour, deux maisons fonctionnent sur ce principe. En 1989, la maison du « Vivier » voit le jour et propose une démarche de solidarité transculturelle : une communauté Peule accueille des personnes en souffrance. En octobre 2000, la maison « Geefs » se structure autour d’une famille et accueille des Peuls et des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Elle dispose aussi de deux places d’accueil en urgence.

Une autre maison, « Surson 31 », a vu le jour en 1999 et propose des appartements dans une maison privée à des personnes fragilisées économiquement et désireuses de partager des moments privilégiés avec des voisins, dont des personnes fragilisées psychiquement.

 

OBJECTIFS DU PROJET ou ENJEUX DU PROJET

Pour L’Autre “ lieu ”, l’objectif de cette initiative de « maisons » est de trouver et offrir du logement à long terme et convivial, en offrant la possibilité aux personnes de vivre avec leurs différences quelque part, sans qu’il y ait une mission thérapeutique. C’est aussi de favoriser le lien social et la solidarité.

Par l’échange et la cohabitation, l’objectif est de permettre à chacun de retrouver ses propres valeurs et son identité par l’exploration des valeurs et des identités des autres. L’objectif est aussi de permettre aux personnes de retrouver une certaine estime de soi par l’échange.

 

POPULATION CONCERNEE ou GROUPES CIBLES

Le projet cible deux populations. D’une part, la communauté africaine Peule qui immigre en Belgique. Ses membres ont peu de moyens financiers et ont des difficultés pour se loger. D’autres part, il y a les personnes souffrant de problèmes de santé mentale et qui ont des difficultés pour trouver les moyens pour se loger. Ceux-ci doivent avoir un certain équilibre qui leur permette de vivre de manière autonome et qui ne mette pas en danger la vie des autres habitants ou leur propre vie. Ils doivent être capable d’utiliser des services ambulatoires en psychiatrie si leur état le nécessite. Le nombre de places disponibles étant limité, l’Autre « lieu » n’est pas en mesure de répondre à toutes les demandes et est régulièrement amené à refuser des candidats par manque de place disponible.

 

MONTAGE FINANCIER

L’Autre « lieu » est soutenu par la CoCoF, par le service de l’Education permanente de la Direction générale de la Culture et de la Communication de la Communauté française. Par ailleurs, pour 2001, une subvention du Secrétariat d’Etat au Logement de la Région de Bruxelles-Capitale a été accordée pour permettre de faire face à certains vides locatifs, liés essentiellement à des difficultés de gestion financière de certains “ accueillis ”, à la précarité de leurs moyens et/ou à l’absence totale de moyens de personnes en attente de statut. La subvention permet aussi de supporter une partie des charges salariales.

Au niveau des maisons :

La maison du « Vivier » est louée à un propriétaire privé, sur fonds propres, et est sous-louée aux Peuls et aux accueillis.

La maison « Surson 31 » est une maison appartenant à la Commune de Saint-Josse avec laquelle le service a conclu un bail à rénovation de 25 ans. Les travaux ont été réalisés par une entreprise d’insertion socioprofessionnelle grâce à un prêt du Crédal.

La maison « Geefs » est louée par le Fonds du logement de la Ligue des familles de la Région de Bruxelles-Capital.

 

PARTENAIRES DU PROJET

Dans le processus, L’Autre « lieu » est vigilant à garder des contacts avec une personne de référence pour l’accueilli : un ami, un membre de la famille, une personne du corps médical avec qui la personne se sent en confiance. Si la personne suit un traitement médical et qu’elle n’a pas vraiment de personne de référence, le service lui propose éventuellement de rencontrer une association telle qu’une maison médicale, un service de santé mentale, … qui accepte de faire un suivi à domicile si nécessaire.

Le service travaille en collaboration avec le réseau de soins en santé mentale (WOPS de nuit, le « Mériden »), avec d’autres services actifs en matière d’échange de savoirs, ainsi qu’avec d’autres services d’éducation permanente.

 

DEROULEMENT DU PROJET

Parmi l’ensemble des activités de l’Autre « lieu », l’accueil en hébergement prend différentes formes dont l’accueil par la communauté Peuls du « Vivier ».

Au cours d’une ou plusieurs rencontres, un membre de l’équipe accueille la demande de la personne et voit avec elle les diverses possibilités qu’offre le service (accueil chez une personne, dans une famille, dans une communauté) celle qui lui conviendrait le mieux. Ces rencontres visent à présenter le projet au candidat et à voir avec lui s’il pourrait lui convenir.

Après cette première étape, le travailleur propose une rencontre préalable au cours de laquelle il présente « l’invité » aux personnes du lieu d’accueil, par exemple aux représentants de la communauté Peule. Au cours de cette rencontre, « accueillis » et « accueillants » ont l’occasion de faire connaissance, de discuter des modalités financières, de leur mode de vie réciproque et voient s’ils peuvent s’accorder. La personne a également la possibilité de se faire une idée concrète de l’endroit où elle séjournerait.

Un des spécificité de l’accueil dans les communautés Peuls est que, si les protagonistes tombent d’accord sur les modalités de l’échange, l’accueilli effectue une période d’essai de 15 jours au terme de laquelle, si tout s’est bien passé, les parties signent un contrat d’un an renouvelable.

Parmi les règles de l’échange demandée par les Peuls, il y a le fait de ne pas consommer de l’alcool dans les endroits où vit la communauté.

Dans le cadre du contrat oral passé entre le service et les représentants de la communauté Peule, il est demandé qu’ils avertissent “ à temps ” le service lorsqu’une personne ne va pas bien.

Dans la maison du “ Vivier ”, l’Autre “ Lieu ” participe et organise des réunions formelles et informelles de gestion et d’animation de la maison. Elle assure également le suivi administratif de la maison (paiement et parfois “ récupération ”des loyers et des factures diverses), et la maintenance.

 

Fiche de perception du projet par les acteurs

 

RESULTATS QUANTITATIFS

Depuis sa création, le « Vivier » accueille en moyenne une dizaine de personnes souffrant de problèmes de santé mentale par an. Le « Vivier » peut accueillir 8 Peuls et 4 « accueillis ». En 2000, il y a eu 4 accueils de locataires dans la maison du Vivier, sur une dizaine de demandes dont 3 ont abouti et une quatrième personne qui y séjourne depuis plusieurs années.

A la maison « Surson 31 », 7 personnes ont été logées en 2000.

A la maison « Geefs », sur trois mois, 5 candidatures ont été introduites dont deux ont abouti à la signature d’un bail d’un an renouvelable. Deux accueils d’urgence ont été réalisés entre octobre et décembre 2000.

 

 

RESULTATS QUALITATIFS

« Une certaine forme de camaraderie se développe entre les Peuls et les accueillis » explique un accueilli.

Même si l’autonomie est très importante entre la communauté et les accueillis, il y a beaucoup de vie dans la maison et les accueillis ne sont pas des anonymes pour les Peuls. Les habitants de la maison se croisent dans l’escalier, dans la cuisine, échangent des salutations. C’est une solution qui permet de vivre de manière autonome sans pour autant vivre seul, ce qui, pour certains, n’est plus supportable. « Ca permet de contrer une solitude que l’on a tous » explique l’animatrice culturelle.

Pour un accueilli, « Même si c’est difficile de parler puisqu’ils ne parlent pratiquement pas français, on communique. Ils sont très chaleureux et avec l’un ou l’autre habitant il y a vraiment une communication qui passe à travers le regard ou quand on se fait l’accolade pour se saluer. »

 

EFFICACITE DU PROJET

En terme d’offre d’un lieu d’hébergement alternatif à une prise en charge classique en santé mentale, et de déstygmatisation de la différence, le projet semble bien adapté.

La méthode de travail étant la moins intrusive et interventionniste possible, laissant une autonomie la plus grande possible et laissant les choses se faire naturellement dans un contexte propice, la rencontre interculturelle et la vie commune entre accueillis et accueillants peuvent apparaître fort limitées en fonction des protagonistes.

Enfin, un accueilli affirme “ si l’Autre “ lieu ”, n’existait pas, je devrais retourner en psychiatrie. ”

 

LA PARTICIPATION

Dans le cadre de la maison du « Vivier », des réunions sont organisées régulièrement avec tous les habitants de la maison pour régler des questions d’ordre communautaire.

Les Peuls, dans le cadre d’un échange, participent de manière naturelle au projet que poursuit l’Autre « lieu ».

 

AVANCEES AU NIVEAU DU DROIT

Dans le cadre de la location de la maison du « Vivier », le bail exprime clairement la possibilité de sous-louer le bien.

L’association promeut le droit à être différent.

 

LE PROJET COMME PROCESSUS

“ Le projet apprend peut-être à être plus tolérant ” explique l’accueilli, “ il me donne envie de vivre dans une autre communauté ”.

Pour l’animatrice culturelle, le projet apprend à mettre des limites dans sa propre vie, à côtoyer une autre différence, à rencontrer.

DIFFICULTES RENCONTREES, BLOQUAGES OU HANDICAPS

La communauté :

Outre des problèmes inhérents à la vie en communauté (propreté, hygiène de la salle de bain), selon l’accueilli, il y a parfois des difficultés au niveau de la communication à cause de la barrière de la langue. De plus, la différence de culture et de coutume met parfois mal à l’aise comme à l’occasion d’un repas partagé au cours duquel chacun mange dans le même plat avec les mains.

Au niveau relationnel :

Un accueilli dit qu’il a surtout des difficultés relationnelles avec d’autres accueillis qui sont parfois un peu trop envahissants ou parce qu’il doit rappeler à l’ordre un autre accueilli qui commet des imprudences. Il regrette ne pas avoir plus de contact avec la communauté Peule.

L’habitation :

Les chambres des accueillis sont petites et l’ensemble du bâtiment est dans un état de détérioration qui mériterait une rénovation en profondeur.

Les subsides sont insuffisants pour couvrir frais de rénovation nécessaires au « Vivier ».

 

ATOUTS DU PROJET OU CAUSES DE REUSSITE

Une des richesse ou un des atouts du projet est peut-être de s’occuper de santé mentale alors que le service est subventionné par l’Education permanente. Cet état lui donne une toute autre approche de la personne et de sa maladie. Ce qui est visé, c’est moins la maladie que le respect de la différence, la déstigmatisation, la désinstitutionnalisation.

L’association tente de s’appuyer et de valoriser l’expérience et les compétences des protagonistes notamment l’accueil naturel et le respect de la différence des Peuls.

 

PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENTS FUTURS DU PROJET

Le service prospecte de nouveaux lieux d’accueil qui restent déficitaires par rapport aux demandes.

Mots-clés

lutte contre l’exclusion, handicapé, immigré, réseau d’échange de savoirs, solidarité, lien social, santé mentale, innovation sociale


, Belgique

dossier

Innovation sociale en matière de lutte contre l’exclusion sociale via le logement et l’insertion socio-professionnelle

Source

Entretien

AUTEURS DE LA FICHE

2 personnes : une animatrice socioculturelle et un accueilli

AUTEUR MORAL

L’Autre “ lieu ” – R.A.P.A. asbl

(Recherche Action sur la Psychiatre et ses Alternatives)

COORDONNEES UTILES

L’Autre “ lieu ”

Rue Marie-Thérèse 61

1210 Bruxelles

Tél. : 02 230 62 60

Fax : 02 230 47 62

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