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Les peuples indigènes pêchent pour leur sécurité alimentaire

Chandrika SHARMA

12 / 1997

Les peuples indigènes représentent environ un tiers de la pêche intérieure du Canada et la moitié des pêcheries anadromes du Nord-ouest des États-Unis. Typiquement, dans la côte Nord-ouest de l’arc Pacifique, plus de la moitié des peuples indigènes pêchent pour s’assurer une alimentation et des revenus complémentaires à ceux obtenus d’autres sources. Dans la région de la Baie de l’Hudson et des Grands lacs, presque tous dépendent de la pêche pour leur nourriture durant les mois d’été. En plus de constituer un facteur déterminant de la taille et de la répartition de ces communautés, les ressources marines fournissent également une base matérielle essentielle pour leurs pratiques culturelles.

Ce dernier aspect est souvent ignoré. Selon le « Conseil des quatre directions », une association de peuples indigènes du Canada et des États-Unis, « parmi les systèmes économiques non-industriels, la pêche soutient tout à fait la comparaison avec l’agriculture en tant que base pour le développement de civilisations complexes ». Par exemple, les pêcheries situées le long de la côte Pacifique depuis le fleuve Columbia jusqu’au Golfe d’Alaska ont alimenté un style régional de sculpture monumentale et de théâtre formel dénommé « style côte Nord-ouest ». Sur la côte Pacifique de l’Amérique du Nord, une culture tout entière dépendait d’un unique stock d’une espèce de saumon revenant chaque année dans un fleuve bien particulier.

Les peuples indigènes ont traditionnellement été disciplinés dans l’exploitation et le développement de leurs pêcheries. Dans certains cas, des zones de pêche sont assignées à chaque individu. Parfois aussi, des restrictions sont mises en place relatives à quelle espèce peut être pêchée, quand et où. A travers les relations de parenté et d’échanges, ils ont aussi développé leur propre forme de « système de sécurité sociale ». Des pêcheurs étaient ainsi parfois autorisés à pêcher avec leurs parents dans des villages éloignés.

Pour la plupart, cette pêche est effectuée à proximité des côtes, dans des rivières, des estuaires, des zones d’estran – c’est-à-dire les zones mêmes qui sont les plus exposées à la pollution et aux développements immobiliers sur le littoral.

La plus grande menace qui pèse sur les pêcheries indigènes nord-américaines provient de l’industrie très polluante de la pâte à papier. Les arbres coupés bloquent la migration des truites et des saumons en période de frai. Les barrages hydroélectriques constituent un autre danger. Par exemple, lorsqu’un complexe de barrages fut construit dans les années 30 sur le fleuve Columbia, qui compte parmi les systèmes d’eau douce les plus vastes du monde, les captures de poissons chutèrent de 80%, détruisant les moyens de subsistance de nombreuses communautés indigènes situées en amont.

En outre, de nombreuses espèces usuellement capturées sont migratoires. Elles sont particulièrement vulnérables aux nuisances associées aux activités industrielles. On a découvert que les baleines béluga capturées par les Inuit au large de Baffin Island étaient porteuses de substances toxiques issues de l’activité minière industrielle située le long du Saint-Laurent, plus de 1 500 kilomètres au Sud.

Les pêcheries côtières sont aussi dévastées par la pollution off-shore. Par exemple, la fuite de pétrole de l’Exxon Valdez en 1989, une nappe de 7 000 kilomètres carrés qui pollua les côtes sur 500 kilomètres, affecta plus de la moitié des sites de pêche traditionnellement utilisés par les indigènes des villages côtières du Golfe d’Alaska.

Les pêcheries indigènes sont aussi affectées par la pêche massive pratiquée par des non-indigènes, ainsi que par la pêche récréative et sportive. Des bateaux états-uniens, canadiens et de la Communauté européenne pêchent de manière intensive la morue, le hareng et le capelan dans l’Atlantique canadien. Les saumons sont de plus en plus interceptés par les filets traînants de haute mer des flottes japonaise et taïwanaise.

Malgré ces problèmes, peu de pays mettent les communautés indigènes de pêcheurs sur un pied d’égalité avec les autres utilisateurs – commerciaux ou récréatifs – des mers. Ils pensent en effet que la pêche artisanale n’a pas réellement de valeur économique par comparaison avec les pêcheries commerciales qui génèrent des revenus monétaires et fiscaux.

Il n’en demeure pas moins qu’historiquement, des traités sur les droits de pêche ont été signés entre les pouvoirs coloniaux et les peuples indigènes. Il existe également des traités de protection multilatéraux qui protègent les droits de capture des peuples indigènes, comme la convention internationale de 1911 sur la protection des otaries à fourrure du Pacifique. La convention de 1989 de l’OIT sur les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants contient des dispositions importantes. « Pris ensemble, souligne le Conseil des quatre directions, ces instruments internationaux reconnaissent un droit de continuité dans la jouissance des moyens de subsistance, y compris les pêcheries – un droit à la sécurité alimentaire. »

Les pêcheries des peuples indigènes sont souvent caractérisée par l’« auto-régulation » ou la « cogestion ». Par exemple, les Inuit ont formé la Commission des Eskimos de l’Alaska sur la pêche à la baleine et la Commission des Eskimos de l’Alaska sur la pêche au morse, et les Cree ont mis en place l’Autorité régionale Cree.

Mots-clés

pêche, pollution, savoir traditionnel, peuple autochtone, sécurité alimentaire


, Canada, Etats-Unis

dossier

Peuples indigènes

Commentaire

Il est évident que les peuples indigènes du monde entier ont beaucoup en commun. Au Nord comme au Sud, les moyens de subsistance et les bases culturelles elles-mêmes des communautés de pêcheurs indigènes et artisanaux sont détruites par les développements autour d’eux. Ils sont menacés à la fois par l’utilisation croissante d’une technologie et de pratiques destructrices par le secteur de la pêche, et notamment par la flotte de pêche industrielle, ainsi que par les conséquences sociales et environnementales destructives d’activités d’autres secteurs comme l’industrie, le fret maritime ou l’agriculture. Il y a un besoin urgent d’adopter de meilleures pratiques de gestion au sein du secteur de la pêche. Des programmes de gestion des zones côtières, qui réguleraient les activités de tous les utilisateurs des ressources côtières, seraient eux aussi essentiels.

Il y aurait beaucoup à apprendre des pratiques de gestion des ressources halieutiques des peuples indigènes eux-mêmes. Leur savoir peut être complété et renforcé par un soutien technique et financier sur les questions de gestion des pêcheries, de surveillance environnementale et de sciences marines. En même temps, un réseau global pérenne rassemblant communautés de pêcheurs indigènes, chercheurs et soutiens contribuerait finalement à créer un corpus très utile de savoirs et d’expériences. Cela permettrait également aux peuples indigènes de protéger leur accès traditionnel aux ressources halieutiques et de s’assurer que leurs besoins de sécurité alimentaire sont pris en compte.

Notes

Fiche originale en anglais : Indigenous People Fishing for Food Security. Traduction par Olivier Petitjean.

Source

Articles et dossiers

Samudra Editorial Team, “Fishing for food security” in Samudra Report, 1993/11.

Étude préparée pour la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement par le Conseil des quatre directions, Amérique du Nord.

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