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Les biotechnologies dans l’agriculture indienne

Centre for Education and Documentation

04 / 2009

Après moult spéculations, la première culture alimentaire génétiquement modifiée va finalement arriver en Inde : l’aubergine Bt. En janvier 2009, le Ministère de l’Environnement de l’Union indienne a autorisé la culture commerciale de l’aubergine Bt et, si tout va « mal », elle sera introduite sur le marché indien en juillet 2009.

L’aubergine fait partie de la cuisine indienne depuis plus de 4.000 ans, et la modification génétique de la variété locale ne se fera pas sans susciter beaucoup d’émotions.

Le Professeur E. HARIBABU, directeur de l’Université centrale de sciences sociales d’Hyderabad :

« En Inde, il existe plusieurs variétés d’aubergines : les noires, les blanches, les vertes, les rondes, les longues. Je ne sais pas qui a dit que l’on manquait d’aubergines. Je pense que l’entreprise Mahyco (filiale indienne de Monsanto) est surtout pressée de vendre sa technologie Bt à autant d’agriculteurs que possible, de l’introduire dans plusieurs types de cultures et d’encourager les produits génétiquement modifiés car elle sait qu’après un certain temps les toxines produites par le gène Bt ne seront plus efficaces sur les insectes ravageurs qui développeront une résistance contre elles. »

L’aubergine Bt est créée en lui insérant le gène codant pour la protéine Cry1Ac de la bactérie Bacillus Thuringiensis. Il est censé rendre l’aubergine résistante aux insectes « brinjal fruit borer » et aux « shoot borer ».

L’aubergine Bt, comme de nombreuses autres cultures OGM, peut avoir des effets néfastes sur la santé. Aucun test indépendant n’a été mené par le Ministère indien de la Santé. Cependant, plusieurs études sur des cultures Bt en particulier et OGM en général montrent que ce type d’alimentation modifiée présente de nombreux risques.

Le coton Bt en Inde

La culture du coton en Inde couvre environ 9 millions d’hectares, soit un quart des 35 millions d’hectares sous culture de coton dans le monde. Le coton est planté par 4 millions d’agriculteurs et emploie encore davantage de personnes dans la transformation, les usines textiles et le commerce. Il est très vulnérable à plus d’une centaine d’insectes ravageurs : 55% de tous les pesticides utilisés le sont pour la culture du coton. Les ravageurs tels que l’« American Bollworm » (Helicoverpa armigera) sont les plus dangereux pour le coton indien et peuvent entraîner des pertes annuelles équivalentes à 300 millions de dollars.

En 1990, des travaux ont été entrepris pour produire du coton génétiquement modifié résistant à ces vers et à d’autres ravageurs. Le coton Bt a été la première culture transgénique à être introduite en Inde. En mars 2002, au moins trois hybrides de coton étaient autorisés pour la culture commerciale, ils sont 40 aujourd’hui. Depuis la commercialisation du coton Bt génétiquement modifié de la compagnie Monsanto, l’Inde connaît une vague de suicides d’agriculteurs depuis plus d’une décennie.

Le Dr Michael HANSEN, chercheur scientifique du Consumer Policy Institute, Etats-Unis :

« Au Madhya Pradesh une étude a été conduite dans 5 villages où 22 personnes présentaient des symptômes après avoir été exposées au coton Bt. Chacune avait des problèmes de peau, irritations, démangeaisons, rougeurs, éruptions cutanées. Environ 40% avaient des problèmes de l’appareil respiratoire supérieur, des écoulements nasaux ou des éternuements excessifs. Chacun de ces symptômes, cutané, ophtalmologique, respiratoire, est typique de l’allergie. Dans 45% des cas ils étaient modérés et dans 45% ils étaient sévères. Ils étaient omniprésents sur les parties du corps exposées. 80% étaient exposés dans les champs de coton et 20% à la maison en le maniant. Ces symptômes s’aggravent quand les gens continuent à travailler dans les champs de coton Bt et diminuent quand ils en restent éloignés. Les symptômes ont commencé uniquement ces deux dernières années, ce qui coïncide exactement avec l’introduction du coton Bt. Tout cela suggère que les cultures Bt ont des effets potentiellement néfastes sur la santé. »

Dans un entretien au Centre for Education and Documentation, Krishna Prasad, de l’ONG Sahaj Samrudha basée à Bangalore, exprime son inquiétude :

« De nombreux paysans qui cultivaient du coton Bt se sont suicidés. De plus, les ravageurs secondaires comme les insectes mili sont devenus un vrai problème. Les agriculteurs doivent donc maintenant répandre des pesticides pour contrôler ces insectes qui n’étaient pas un réel problème avant. »

Les cultures OGM dans le monde : l’ignorance de l’Inde profite-t-elle à Monsanto ?

Dans le monde entier, les gouvernements de nombreux pays prennent conscience des effets négatifs des cultures OGM. Les membres du Parlement européen ont appelé à répondre collectivement à la menace posée par l’introduction d’« espèces envahissantes et de génotypes étrangers », « à interdire l’introduction des OGM et à évaluer la menace potentielle que leur introduction peut constituer pour la biodiversité».

La France a interdit la seule culture OGM qui poussait sur son sol, une variété de maïs Bt pour l’alimentation animale. Le Royaume-Uni ne fait pousser aucun OGM de même que l’Autriche et la Hongrie. L’Irlande, le Pays de Galles et Chypre se dirigent vers une situation sans OGM. Aux Etats-Unis, quatre Cours de justice de district ont jugé que le Département de l’Agriculture américain (USDA) avait agi illégalement en ne menant pas de réelles évaluations de l’impact environnemental.

En Asie, la Chine a a interdit la commercialisation du riz Bt, le Sri Lanka a interdit les importations d’aliments OGM à partir du 1er mai 2001 et le Japon pratique une tolérance zéro sur l’importation de produits OGM non approuvés.

De son côté, l’Inde, bien qu’elle soit la plus grande démocratie du monde, a ouvertement ignoré toutes les voix et campagnes anti-OGM. Lors de l’audition d’une Public Interest Litigation (Plainte d’Intérêt Public) en février 2008, le Juge de la Cour Suprême a affirmé que les cultures OGM étaient plus productives et le gouvernement indien semble également promouvoir ces cultures. Nous sommes le premier pays à entreprendre des essais précommerciaux à grande échelle d’aubergine Bt et d’okra Bt dans des champs expérimentaux.

Le Gouvernement indien a fait l’objet de nombreuses critiques pour avoir fermé les yeux sur les irrégularités et violations en termes de sécurité par Monsanto-Mahyco concernant le coton Bt. Il a aussi été critiqué pour le manque de transparence dans les processus de tests et de débat public.

La biotechnologie est-elle toujours mauvaise ?

Toutes les biotechnologies ne sont pas mauvaises et certaines innovations nous ont aidé à vivre mieux et en meilleure santé. Si l’on respecte certains codes éthiques, la biotechnologie peut être utile. Le problème vient de l’absence d’éthique des géants économiques puissants mus uniquement par le profit.

Michael Hansen explique :

« Je ne pense pas que toute biotechnologie soit mauvaise. Le problème avec le génie génétique réside dans le fonctionnement de la technologie elle-même, car nous n’avons aucun contrôle sur l’endroit où nous insérons les choses. Nous ne comprenons pas le processus et tant que ce sera ainsi, il y aura un risque. Des compagnies telles que Monsanto veulent contrôler la chaîne alimentaire car c’est un grand marché puisque tout le monde doit manger. S’ils peuvent contrôler les semences et ce qui est planté, ils peuvent contraindre les agriculteurs à acheter auprès d’eux chaque année. Cela crée un marché et ils peuvent gagner énormément d’argent. Donc l’économie politique est très importante. Mais même si vous réussissez à vous débarrasser de ce motif économique, la question des OGM se pose toujours car nous ne comprenons pas encore bien ce qu’elle implique. La technologie de l’insertion de gènes n’est pas prête ».

Krishna Prasad (Sahaj Samrudha) :

« Maintenant, les compagnies et les scientifiques parlent de la révolution des gènes puisque la révolution verte ne marche plus. Il y a une très grande diversité au Karnataka, que ce soit le ragi, le paddy, les légumes ou les millets. Si vous prenez l’exemple de l’aubergine, chaque village a sa propre variété. Si vous allez à Hosanagar près de Shimoga, ils cultivent des grandes aubergines qui pèsent près de 2 kg sans utiliser une once de produits chimiques. Ils utilisent leurs propres techniques traditionnelles avec du fumier liquide. Si vous allez dans la région côtière Udupi, il y a une aubergine spéciale appelée Mattigulla qui est sacrée et est offerte au Dieu Krishna.

Maintenant les scientifiques de l’Université d’Agriculture de Dharwad ont introduit le gène Bt dans l’aubergine. Demain, comme l’aubergine se reproduit par pollinisation croisée, le gène Bt va se transférer aux autres variétés traditionnelles. Nous risquons de perdre toutes ces variétés traditionnelles qui seront contaminées. Il y a déjà 169 variétés de cultures OGM à l’essai. Seule l’aubergine Bt attend d’entrer sur le marché. Une fois que vous la libérez dans la nature, vous ne pouvez plus revenir en arrière. »

En Inde, les agriculteurs mettent traditionnellement de côté des semences pour la saison suivante. Ces semences peuvent être échangées à l’intérieur de la communauté paysanne. Mais sous le régime des OGM, les agriculteurs se voient interdire de conserver les semences des cultures transgéniques à cause des brevets et Droits de Propriété Intellectuelle, qui les contraignent à dépendre de multinationales comme Monsanto. Ces pratiques ont établi un type d’hégémonie qui est une forme d’oppression pour des paysans qui ne peuvent pas, le plus souvent, se permettre d’acheter les semences coûteuses de ces compagnies.

Attention au mélange !

De nombreux pays où les cultures transgéniques ont été introduites rencontrent déjà des difficultés à gérer le désordre créé par ces cultures. Des traces de riz OGM ont ainsi été trouvées dans du riz déclaré non OGM. Des arrivages de riz américain ont dû être retournés pour cette raison.

Dr Michael Hansen :

« Le 18 août 2006, USDA a annoncé que le riz long grain du Sud des États-Unis était contaminé par une autre variété génétiquement modifiée, le riz LL601 développé par Aventis, qui a fusionné avec Bayer Crop Science. Ce qui est intéressant, c’est que LL601 n’a jamais été cultivé de manière commerciale, mais seulement sur une petite parcelle expérimentale entre 1999 et 2001, pendant seulement 3 ans. Cinq ans après, en 2006, ils se sont aperçus que tout le riz était contaminé, et une semaine plus tard l’Union européenne a rendu obligatoire les tests sur le riz long grain des États-Unis tandis que le Japon en a arrêté l’importation. Le commerce a été touché dans plus de 15 pays. Cette contamination LL601 du riz a été retrouvée dans 30 pays. 63% des importations de riz des États-Unis étaient contaminés. Cela montre que la contamination est très facile. Cela a été le plus grand désastre commercial et financier de l’histoire de l’industrie du riz aux États-Unis et le coût total a été estimé à 1,28 milliard de dollars. »

« Je ne suis pas un rat de laboratoire »

« I am no lab rat » (« je ne suis pas un rat de labo ») est une de ces campagnes qui dénonce les expériences de masse faites sur les êtres humains via l’alimentation OGM. Les expériences de laboratoire sur les rats ont pourtant montré qu’en étant nourris d’aliments génétiquement modifiés, ils développaient des symptômes de déficience immunitaire, de croissance ralentie, de défaut de structure des cellules dans différents organes, d’organes abîmés en particulier le foie et les reins, d’ulcères hémorragiques dans l’estomac, d’enzymes digestives réduites, de tissu pulmonaire enflammé et d’une mortalité élevée de la progéniture.

L’erreur a été commise. Certains d’entre nous en ont tiré les leçons. Il est temps d’agir concrètement, collectivement contre les cultures OGM. De nombreux pays ont pris conscience de la menace potentielle posée par les OGM et les ont interdit ou limité. Le gouvernement indien a besoin de volonté politique pour prendre la bonne décision de manière démocratique. Et s’il est incapable de donner une telle réponse, les organisations de la société civile, les ONG et les groupes d’individus responsables doivent s’en charger.

Mots-clés

Organisme génétiquement modifié (OGM), OGM et agriculture, agriculture, agriculture et santé


, Inde

dossier

L’agriculture paysanne en Inde

Notes

Lire l’original en anglais : Biotechnologies in Indian agriculture

Traduction : Valérie FERNANDO

A lire:

Les propos cités du Prof. E HARIBABU ont été tenus à la Conférence de tables rondes « Knowledge in Society », le 5 Janvier 2009 à Hyderabad.

Source

Texte original

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