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Rôle des associations pour lutter contre le rachat des terres agricoles

La solidarité internationale met la souveraineté au coeur des revendications

01 / 2010

Suite aux différentes crises mondiales de ces dernières années, la terre est de plus en plus considérée comme une marchandise ; la multiplication des acteurs impliqués dans le rachat de terres (fonds d’investissements, banques, entreprises…) rend le défi immense pour les organisations de défense de l’agriculture paysanne. De quelles manières ces organisations peuvent-elles se battre ? Sur quoi doivent-elles mettre l’accent pour se faire entendre ? En s’appuyant sur la solidarité internationale, il s’agit de dénoncer les politiques des institutions financières internationales mais aussi de l’Union européenne, en replaçant la souveraineté alimentaire au cœur des revendications.

Mener un combat national, relié à l’international

Nous l’oublions souvent, les luttes pour l’accès à la terre doivent d’abord êtres portées nationalement, selon le contexte et les réalités de chaque pays. Il est très difficile de mener la bataille contre l’accaparement des terres à l’échelle internationale sans passer par des luttes nationales et en se basant sur des cas précis. Il faut en effet pouvoir observer ce qui se passe dans chaque pays pour parvenir à des constantes justifiant un mouvement global.

Chaque lutte nationale a par ailleurs besoin de la solidarité internationale pour tenter de porter ses fruits. C’est le cas de la location des terres malgaches par l’entreprise sud coréenne Daewoo Logistics, présenté lors du Forum par Mamy du Collectif de Défense des Terres Malgaches. On peut parler de cas d’école, typique du phénomène actuel : l’annonce porte sur une portion de terres très grandes, le contenu des négociations est tenu secret et les discours sur ses évolutions récentes sont contradictoires. La construction d’une information publique et accessible apparaît alors essentielle pour répondre à ce type de transaction opaque.

L’utilisation de moyens de pression apparaît aujourd’hui comme un outil précieux dans la lutte contre l’accaparement des terres. Les Appels Urgents, développés par Peuples Solidaires et d’autres organisations de solidarité internationale, jouent un rôle important. En effet, ils rassemblent en quelques semaines des milliers de voix pour dénoncer à l’unisson des situations injustes et dangereuses et pour contribuer à construire l’information et le rapport de forces. À titre d’exemple, l’Appel Urgent n° 326 du 14 février au 1er juin 2009 lancé par Peuples Solidaires a rassemblé plus de 8 000 signatures en quelques mois.

Démentir les idées reçues

Comme on l’a vu dans la fiche L’accaparement des terres agricoles, il paraît crucial d’insister sur le caractère nouveau du phénomène d’achat massif de terres agricoles dans les pays du Sud, à travers l’arrivée des acteurs purement spéculatifs. Le phénomène n’est en réalité pas nouveau en soi ; à l’époque coloniale, grande période d’expansion capitaliste, 6 000 000 d’hectares ont été arrachés aux paysans, et l’immigration européenne, en Amérique latine notamment, a accaparé quasiment l’ensemble des terres occupées autrefois par les peuples indigènes.

Mais l’argument consistant à soutenir que l’accaparement des terres actuel n’est pas nouveau, cache des propos dangereux pour la protection des populations et des paysans expropriés. En effet, en défendant l’idée d’une « répétition de l’histoire », s’agirait-il pour certains de justifier les rachats de terres et l’accepter en toute impunité ? Si l’on veut faire prendre conscience de l’importance du problème et des conséquences néfastes qui en découlent, il est essentiel de contrer cette idée reçue. Il n’y a jamais eu une telle ampleur dans l’achat de terres que celle qui est constatée actuellement et qui met en avant des acteurs qui ne sont aucunement motivés par la question de la faim et l’avenir des paysans.

Nous, organisations et militants, devons donc soutenir les populations qui luttent contre ces achats massifs par la mise en place des réformes agraires et par l’interdiction d’achats de terres à caractère spéculatif. En termes de campagne de plaidoyer, il est important d’insister sur le caractère nouveau de ce phénomène pour alerter les décideurs et l’opinion publique sur la gravité de la situation.

Dénoncer les discours hypocrites des institutions internationales

Les institutions internationales telles que le Fonds Monétaire international, la Banque Mondiale, le G8 et même en partie la FAO, soutiennent trop souvent le rachat de terres agricoles, présenté comme des investissements salutaires dans l’agriculture. Le problème est que ce type d’investissements va dans le sens de toujours plus de libéralisation de l’agriculture, de privatisation du foncier et de développement de l’agrobusiness - tendances qui vont, de fait, à l’inverse de l’intérêt et des besoins réels des populations.

Certes, le Sommet international sur la crise alimentaire organisé en juin 2008 par la FAO a pointé les causes de la crise alimentaire et le besoin de soutenir les petits paysans. Mais la question de l’accaparement des terres n’a toujours pas été mise à l’agenda. Les causes de la crise alimentaire et agricole ne sont pas profondément discutées, encore moins repensées. Les institutions internationales se contentent de les porter sur la scène publique pour rassurer l’opinion publique, mais ne prennent en réalité aucune mesure concrète. Au contraire, elles continuent même à encourager les pratiques de libéralisation du marché.

La terre oui, mais à quelle fin ?

La mobilisation contre le rachat des terres agricoles pose les questions suivantes : que voulons-nous faire de la terre? Quel type d’agriculture et quelle nourriture désirons-nous?

Pour y répondre, le concept de souveraineté alimentaire développé par Via Campesina peut être pris comme point de départ : tous les éléments doivent être considérés dans la définition d’une nouvelle vision de ce que nous voulons faire de la terre. Cette vision doit relier les problèmes de la terre, de la production agricole (qualité, disponibilité et prix des aliments), de l’utilisation des ressources (de l’eau en particulier), du marché et du rôle que peuvent avoir les petits agriculteurs, les petits pécheurs, les petits éleveurs, y compris les nomades.

Le phénomène de l’accaparement des terres peut donc être une opportunité pour faire connaître le concept de souveraineté alimentaire, comme revendication commune à l’ensemble des mobilisations portées par les sans-terre et les petits paysans. Il s’agit donc de poser la question à un niveau global et systémique en s’accordant sur les demandes communes. C’est tout le sens de la Charte discutée et adoptée pendant le forum, qui place la souveraineté alimentaire comme revendication principale.

Faire pression sur les parlementaires européens

Les politiques européennes (aide au développement, politique agricole commune, accords de libre-échange, politique énergétique) contribuent à l’essor du rachat de terres dans les pays du Sud, avec l’extension des monocultures pour la production d’agrocarburants et d’aliments pour le bétail. Les investissements des entreprises européennes, la face la plus visible, ne doivent donc pas occulter les effets moins directs de l’ensemble de ces politiques. C’est pourquoi il est nécessaire d’accroître la pression sur les parlementaires européens pour qu’ils mettent à l’agenda européen la redéfinition des politiques ayant un impact sur l’agriculture. L’Union Européenne, premier bailleur mondial d’aide au développement, doit se reposer la question de la cohérence de ces politiques.

De plus, l’instauration d’un dialogue permanent entre les parlementaires européens et les représentants des organisations paysannes des États du Sud, permettraient à ces parlementaires de mieux comprendre les conséquences de l’application des politiques décidées en Europe, ainsi que les luttes menées par les habitants de ces pays. Ce fut le cas en 2007, lorsque Rajagopal, leader du mouvement indien Ekta Parishad, fut invité par le vice-président du Parlement européen Gérard Onesta à présenter la marche pour la terre Janadesh face à l’ensemble des députés européens.

Mots-clés

accès à la terre, politique foncière, réforme agraire, société civile, souveraineté alimentaire, commerce international, commerce international et développement, solidarité internationale, ONG du Nord, ONG, mouvement paysan, organisation paysanne, agriculture paysanne

dossier

L’accès à la terre dans le contexte de crise alimentaire, écologique, économique et financière mondiale

Notes

Pour aller plus loin :

Kits d’information et de mobilisation de la campagne « L’accès à la terre, un enjeu Nord et Sud pour l’Europe », Peuples Solidaires. www.peuples-solidaires.org/article917.html

Sources

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

D’après les débats de l’atelier « Main basse sur les terres agricoles : comment répondre au phénomène ? » du dimanche 19 avril 2009. Animation : Benjamin Peyrot des Gachons (Peuples Solidaires)

Peuples Solidaires - 2B rue Jules-Ferry, 93100 Montreuil, FRANCE - Tél. : 01 48 58 21 85 et 10 quai de Richemont, 35000 Rennes, FRANCE - France - www.peuples-solidaires.org - info (@) peuples-solidaires.org

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