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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les problèmes de l’installation des jeunes européens en agriculture

Reclaim the fields, coordination de jeunes de la Via Campesina à l’échelle européenne

01 / 2010

Depuis plus d’une quinzaine d’années, le nombre d’agriculteurs a fortement chuté dans tous les pays de l’Union Européenne. Sur 378 millions de citoyens européens, seuls 7 millions travaillent à plein temps en agriculture. L’installation des jeunes en agriculture revêt alors une importance de taille si l’on veut que l’agriculture ne meure pas à petit feu. Si beaucoup de jeunes aspirent à travailler en ville, un bon nombre d’entre eux souhaitent devenir agriculteurs, et le chemin pour y arriver est semé d’obstacles. Prix et transmission des exploitations agricoles : des obstacles parfois insurmontables pour s’installer en agriculture.

Les prix au m2 des exploitations agricoles en Europe varient non seulement selon les pays mais aussi selon les régions de ces pays. Au Pays-Bas ou au Danemark par exemple, les prix sont démesurés : 40 000 euros par hectare. La justification de ce tarif est probablement la forte densité de la population. En Ardèche, cependant, le prix de l’hectare est de 6 000 euros, et de 3 000 euros en Bretagne. À la vue de ces prix, les jeunes souhaitant s’installer en agriculture se trouvent bien souvent pris de cours et doivent revoir leurs ambitions à la baisse. De plus, les aides à l’installation ou aux agriculteurs déjà installés sont soumises à certaines conditions, comme l’obtention d’un diplôme par exemple. Ces aides imposent également d’autres critères encourageant à la rentabilité. Le système d’aides influence les pratiques agricoles et la gestion des exploitations. Les primes à l’hectare poussent à la course à l’agrandissement. Ainsi, l’obtention de la dotation jeune agriculteur (DJA), est conditionnée par l’obtention de la demi-surface minimum (demi-SMI) parce que les décideurs estiment qu’il faut une surface minimum pour être viable. Cependant, on constate que certains paysans gagnent leur vie convenablement avec peu de terres. Cette logique de la demi-SMI pousse à entrer dans une logique économique de production à tout prix : produire plus, investir plus, s’endetter plus. De ce fait, tous ces aspects ne facilitent pas l’installation des jeunes en agriculture.

Le problème de la transmission des exploitations agricoles représente également un véritable obstacle à l’installation. Encore récemment, les exploitations se transmettaient de père en fils. Cependant, les tendances changent. Moins d’enfants désirent reprendre l’exploitation familiale parce qu’ils veulent travailler dans un autre secteur, ou bien parce qu’ils sont pessimistes par rapport au métier d’agriculteur. L’animateur de l’Atelier, Benjamin Corbier, fait notamment référence à un jeune Polonais qui refusait de reprendre la ferme de son père parce qu’il considérait les conditions de vie trop rudes, le prix des intrants trop élevé et le prix des produits agricoles en baisse perpétuelle. La démotivation est donc un facteur fatal à l’installation de ces jeunes. De plus, les agriculteurs ayant agrandi leurs exploitations, connaissent contre toute attente des problèmes de transmission. Les jeunes désirant s’installer disposent rarement du capital nécessaire au rachat total des terres. Il serait alors intéressant de développer l’idée de morceler ces terres sur plusieurs exploitations, ou bien de les vendre à des groupes sociétaires de paysans, ou autre forme collective (voir la fiche Le difficile accès des femmes à la terre dans les pays du Sud)

Le problème de la représentativité dans les instances de gestion du foncier

Dans les instances qui prennent des décisions en terme d’installation, comme la Commission départementale d’orientation agricole par exemple, les paysans de la Confédération Paysanne pèsent comme une minorité. La tendance majoritaire est représentée par des agriculteurs de la FNSEA, de banques et assurances agricoles qui examinent les projets à travers leur exigence de rentabilité.

Depuis le mois de mai 2009, le système d’accompagnement des jeunes pour s’installer en agriculture est modifié. Le Plan de Parcours Personnalisé (PPP) est désormais contrôlé et soutenu par les Jeunes Agriculteurs (JA) et la Fédération nationale des exploitants agricoles (Fnsea). Ils deviennent les conseillers à l’installation dont la vision du monde paysan s’est imposé.

Les municipalités et les communes ont aussi leur rôle à jouer

Les municipalités, les communes, ont un rôle à jouer dans leurs choix politiques concernant les projets d’aménagement. La vente de terres pour construire des villas et des centres commerciaux n’est pas la seule option. Certains maires par exemple pratiquent le système des fermes-relais ; c’est-à-dire que la commune achète un bien et le met en location-vente pour l’agriculture. Les fermes communales sont également une alternative, elles appartiennent aux communes qui les louent de façon à favoriser l’installation.

Les jeunes paysans se mobilisent !

Une coordination de jeunes de la Via Campesina à l’échelle européenne est en train de se structurer. Dans le cadre du mouvement « Reclaim the fields » (réclamons, défrichons les champs), ces jeunes comptaient organiser à l’automne 2009 un campement européen pour les jeunes paysans et paysannes souhaitant s’installer en agriculture. À partir de ce campement, l’idée est de construire des propositions et des actions de manière à mieux coordonner les luttes des jeunes pour l’accès à l’agriculture. Les objectifs de Reclaim the Fields sont :

  • Encourager les gens à rester ou à retourner en milieu rural.

  • Promouvoir la souveraineté alimentaire et l’agriculture paysanne, particulièrement auprès des jeunes et des citadins.

  • Promouvoir des modes de vie alternatifs.

  • Créer des alternatives au capitalisme au travers d’initiatives et de modes de production coopératifs, collectifs, autonomes, répondant à nos besoins et à petite échelle.

  • Mettre nos idées en pratique et relier les actions locales aux luttes politiques globales.

  • Nous amuser !

Face à la course à l’agrandissement des surfaces des exploitations agricoles, les jeunes désirant s’installer en agriculture doivent faire preuve d’ingéniosité. Ils doivent réfléchir aux alternatives des modèles productivistes, à comment utiliser les moyens existants pour faciliter leur entrée dans le monde de travail agricole, et à comment développer de nouveaux outils pour favoriser leur installation et leur stabilité. Les formes d’action présentées par les différents partenaires du Sud présents au forum, comme l’occupation de terres, ne sont pas exclues car les sans-terre sont désormais une réalité en Europe aussi. L’enjeu de faire émerger une nouvelle paysannerie en Europe est une transformation sociale importante. Il s’agit de mettre en œuvre des rapports de force, pour changer le modèle agricole dominant et se projeter vers l’avenir. Le documentaire « Nos enfants nous accuseront», discuté pendant cet atelier, souligne bien cette idée.

Mots-clés

accès à la terre, agriculteur, PAC, foncier rural, politique agricole, mouvement paysan, organisation paysanne, jeune, paysan sans terre


, Europe

dossier

L’accès à la terre dans le contexte de crise alimentaire, écologique, économique et financière mondiale

Notes

Pour en savoir plus :

www.reclaimthefields.org/fr

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

D’après les débats de l’atelier « Installation des jeunes en agriculture », le dimanche 19 avril 2009. Animation : Benjamin Corbier, paysan membre de la Confédération Paysanne et de Reclaim the fields.

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