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Rendre partie prenante des apprenantes - femmes migrantes - de leur parcours d’apprentissage : lorsque l’évaluation fait partie intégrante de la formation

La place de l’évaluation dans un dispositif de formation destiné à des femmes migrantes; la pratique du Centre Femmes Appartenances à Lausanne

Annie Piguet

04 / 2010

Voilà plus de 15 ans qu’existe à Lausanne un lieu de rencontre et de formation destiné spécifiquement à des femmes migrantes, ainsi qu’à leurs enfants d’âge préscolaire. Faisant partie de l’association Appartenances, active dans le champ des migrations et de l’interculturalité, le Centre Femmes (CF) a développé ses activités en prenant en compte la spécificité genre. En effet, créé à partir du constat que les femmes migrantes avaient pas ou peu accès à la formation et qu’elles étaient sous-représentées dans les lieux fréquentés par les personnes migrantes, le Centre Femmes a construit son action en prenant en compte les besoins spécifiques des femmes. Lieu de rencontre, de formation et d’orientation, le CF valorise les ressources personnelles des participantes et promeut des échanges qui favorisent la création de nouveaux liens sociaux et l’entrée en formation. A travers une offre adaptée à leur situation de femmes migrantes qui se décline tant à travers les activités offertes, les modes d’interventions privilégiés, que par l’organisation temporelle des activités et la mise à disposition d’un accueil enfant, le CF prend en compte leur spécificité.

Les activités de socialisation et de rencontre et les activités de formation – cours de français et cours de couture - sont complémentaires et en cohérence les unes avec les autres. Au Centre Femmes, la question de l’intégration est toujours présente. En effet, la formation dispensée au CF est au service d’objectifs plus larges qui passent tant par l’acquisition et le développement de savoirs et de savoir-faire, que de savoir-faire relationnels. Ceux-ci favorisent l’accès à une citoyenneté active et autonome. Ce qui est visé ici est l’empowerment (contrôle sur sa propre vie), l’égalité des chances et l’émancipation.

Le public concerné par les activités du Centre Femmes, et plus spécifiquement par les offres de formation, est un public très hétérogène. Constitutive de la migration, cette hétérogénéité se retrouve dans les groupes en formation. En effet, les femmes fréquentant le CF ont des parcours scolaires et des parcours migratoires très différents les unes des autres. De provenances très diverses, tant géographiques que sociales, certaines auront suivi l’école quelques années seulement, d’autres sont titulaires d’un diplôme universitaire. Des femmes ont fui des situations de guerre, de conflit, d’autres sont arrivées en Suisse suite à un regroupement familial. La situation administrative de migrantes dans le pays d’accueil (incertitude face au renouvellement/transformation du permis de séjour), la condition de mère de famille en exil pourront jouer un rôle sur le parcours d’apprentissage. En effet, les parcours biographiques constitués entre autres du parcours migratoires et du parcours scolaire mais aussi de l’identité (genre) ont un impact sur les processus d’apprentissage.

Les activités de formation offertes au Centre Femmes sont développées de telle façon qu’elles prennent en compte l’environnement socioculturel des femmes, ainsi que le rapport spécifique que les femmes ont au savoir. Un travail important se fait autour de la reconnaissance et de la valorisation des acquis des apprenantes. L’approche pédagogique développée s’appuie sur des approches participatives permettant de travailler à la fois sur l’engagement du groupe et l’engagement individuel des apprenantes. Le groupe est un soutien et un support au processus d’apprentissage. L’apprenante est au centre de son apprentissage et partie prenante de celui-ci.

Afin de permettre aux apprenantes d’être actrices de leur parcours d’apprentissage, une place particulière est donnée à l’évaluation. En effet, le mode d’évaluation mis en place au CF est indissociable de l’approche pédagogique pratiquée et fait partie intégrante du parcours d’apprentissage des apprenantes. L’évaluation est vue comme un outil au service des apprenantes, afin qu’elles puissent prendre conscience de la construction de leur parcours et des stratégies d’apprentissage qu’elles ont mises en place. L’évaluation telle qu’elle est entendue au Centre Femmes permet de ne pas perdre de vue, et il est important de le rappeler, que tout parcours d’apprentissage tout en étant évolutif, n’est jamais linéaire. En effet, l’évaluation ne sera pertinente que si elle fait sens pour l’apprenante, c’est-à-dire lorsque celle-ci peut la situer à l’intérieur de son propre parcours et cela quels que soient sa durée ou les chemins de traverses empruntés.

Concrètement, plusieurs phases rythment le parcours des apprenantes au Centre Femmes. L’évaluation formative intervient lors de ces différentes étapes.

Dès la première venue d’une participante au Centre Femmes, le processus d’évaluation se met en route. A son arrivée au CF, la femme migrante sera reçue en entretien par une collaboratrice de l’accueil. L’accueil, porte d’entrée du Centre Femmes fait office d’interface entre les activités du CF et la cité. C’est dans le cadre de l’accueil qu’une femme migrante pourra énoncer une première demande. Cet entretien permet d’entendre la demande de la femme migrante et lui donne la possibilité de la formaliser. Pour les femmes ne parlant pas du tout le français, cette formalisation se fait souvent par la médiation d’un proche, ami ou famille, parlant déjà le français. A partir de cette demande énoncée, et en fonction de la situation de la femme, la collaboratrice du Centre Femmes pourra orienter la femme soit sur un cours ou une activité faisant partie de l’offre du CF, soit sur une offre externe proposée par une des associations partenaires lausannoises. Cette orientation sera élaborée conjointement par la collaboratrice et par la femme migrante.

Dès qu’une femme est orientée sur un cours du Centre Femmes, il lui est proposé un rendez-vous d’inscription. La participante sera reçue par une formatrice pour un entretien individuel. Ce moment servira à vérifier la pertinence de l’orientation en lien avec le projet personnel de la femme, mais aussi à évaluer le niveau de connaissance de l’apprenante afin de l’orienter dans le cours adéquat. Il permettra également de faire le point sur la motivation de l’apprenante vis à vis de son inscription dans un processus tel que celui proposé et de poser le cadre de l’engagement. Ce rendez-vous a comme objectif d’éviter de mettre une femme en situation d’échec, il lui permet d’être partie prenante de ce qui lui est proposé, d’évaluer si cela correspond à ses attentes et de finaliser l’inscription au cours choisi.

Ensuite, et cela pendant tout le déroulement du cours, l’approche pédagogique participative permettra à chaque apprenante d’être au centre de son apprentissage en favorisant une autoévaluation, ceci tant au niveau des savoirs que des savoir-faire et des savoir-faire relationnels. Au fil du cursus, en lien avec le rythme du groupe, des temps de bilans ponctuent le parcours, permettant à chaque apprenante de prendre en compte son cheminement et de se situer à l’intérieur d’un processus. Au terme de la session, un bilan final sera fait individuellement avec chaque apprenante et collectivement avec le groupe.

Ces moments plus formalisés permettent de revenir non seulement sur les acquis des apprenantes mais également sur leur démarche, sur leur parcours, cela tout en prenant en compte leur contexte de vie. De plus, en fin de cursus, du temps est consacré à l’orientation. La formatrice fait état des offres existantes, tant à l’interne qu’à l’externe du CF. Les participantes peuvent ainsi être orientées sur d’autres offres, soit à l’intérieur du CF soit dans le réseau. Et certaines participantes se verront proposer un nouveau parcours au Centre Femmes.

La formatrice est médiatrice entre l’apprenante et son apprentissage. Elle est garante de la temporalité et accompagne la progression tant de l’apprentissage que de l’évaluation. Elle détermine, en accord avec les apprenantes, des objectifs qui soient atteignables et réalisables. La dynamique du groupe et le profil des apprenantes diffèrent d’une session à l’autre ; compte tenu de l’hétérogénéité du public, la formatrice est amenée à prendre en compte le rythme de chaque participante et celui du groupe. Rythme et dynamique qui auront des incidences sur les modalités et les temporalités de l’évaluation.

Nous l’avons vu, le processus d’évaluation, qui se met en place de façon progressive, est présent dès l’arrivée de l’apprenante au Centre Femmes. Il pourra se dérouler dans le cadre des cours dès qu’une bonne dynamique de groupe se sera installée, qu’un climat de confiance et de solidarité se sera établi entre les apprenantes et qu’un minimum de langue commune, ici le français, pourra être utilisé afin d’avoir un outil de communication et de compréhension entre les apprenantes.

Mots-clés

migration, femme, formation, rapport au savoir, évaluation


, Suisse

Notes

Appartenances est une association dont la mission est de favoriser le mieux-être et l’autonomie des personnes venues d’ailleurs, et de faciliter une intégration réciproque avec la société d’accueil dans un rapport d’équité. Pour mener à bien cette mission, Appartenances est organisée en plusieurs secteurs : la Consultation psychothérapeutique pour migrants (CPM), le Secteur formation, le Secteur interprétariat communautaire et les Espaces sociaux. Ces derniers offrent un accueil personnalisé aux migrantes, aux migrantes et à leurs enfants, en situation de précarité sociale, économique, psychique ou physique.

Source

Document de travail

Association Appartenances - Appartenances, rue des Terreaux 10, 1003 Lausanne, Suisse - Tél. +41 (0)21 341 12 50 - Fax: +41 (0)21 341 12 52 - www.appartenances.ch - info (@) appartenances.ch

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