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Le Projet des Services Urbains de Base, Bobo-Dioulasso, Secteur 21

Sandrine Maillet

04 / 2010

Le contexte

Seconde ville du Burkina Faso, la ville de Bobo-Dioulasso est située à l’Ouest du pays, dans la région des Hauts-Bassins.

La région bénéficie de conditions climatiques humides et abrite de nombreuses forêts, les plus denses du pays qui, pour certaines, sont classées du fait d’écosystèmes particulièrement riches.

Longtemps réputée pour son dynamisme économique dans tout le sud-ouest du pays avec une capacité importante de services et de commerces, elle a vu sa position régionale se dégrader et a du mal à maintenir l’activité existante.

Bobo-Dioulasso est également une ville industrielle à travers les activités agroalimentaires, agro-industrielles (avec notamment le coton et le tabac), la mécanique, la métallurgie et la chimie.

La zone de Bobo Dioulasso se caractérise également par une activité agricole importante spécialisée dans la production de légumes.

Comme Ouagadougou, la ville de Bobo-Dioulasso est confrontée à une extension urbaine démesurée du fait :

  • d’un fort taux de croissance urbaine (taux national de 20,2% en 2008) liée à l’augmentation démographique et à un phénomène de migration urbaine,

  • d’une densification faible du tissu urbain (constructions basses en lotissement).

En 2006, la ville compte près de 430.000 habitants (contre 230.000 habitants en 1985).

Ce phénomène d’étalement urbain ne fait qu’accentuer les problèmes environnementaux et de gestion urbaine rencontrés par la commune à travers la gestion des déchets, la distribution d’eau potable, l’assainissement (eaux usées et eaux pluviales), la pollution atmosphérique, les transports, l’éducation, la santé.

Consciente de ces enjeux, la ville de Bobo Dioulasso s’est dotée de plusieurs dispositifs pour améliorer les conditions sanitaires de la ville :

  • un schéma directeur de gestion des déchets (1996) qui organise la filière de gestion des déchets solides autour d’un centre d’enfouissement technique, de quatorze centres de collecte au niveau de neuf zones de précollecte réparties sur tout le territoire communal.

  • un plan stratégique d’assainissement opérationnel (2001) visant l’assainissement autonome et reposant sur la participation financière des communes, l’assainissement des lieux publics et des écoles, la construction d’un premier réseau d’assainissement collectif. Les rejets des activités industrielles n’ont pas été pris en compte dans ce schéma, malgré le véritable enjeu de santé publique qu’ils peuvent représenter

  • un schéma directeur pour la collecte des eaux pluviales, mais les ouvrages construits à ciel ouvert présentent des problèmes importants d’entretien (déchets industriels et liquides rejetés directement dans ces ouvrages)

La distribution d’eau potable reste une compétence de l’Etat et est gérée par l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA). Selon les sources de l’ONEA, en 2005, 84% de la population bobolaise était desservie en eau potable.

Le Projet d’Amélioration des Services Urbains de Base (PASUB) de Bobo Dioulasso

Malgré les dispositifs existants, de nombreux progrès restent à faire et les résultats sont conditionnés par :

  • la responsabilisation et la prise de conscience de tous, et en particulier des habitants, vis-à-vis de la pollution et de la résolution de problèmes liés à la pollution

  • le renforcement de capacités de gestion et de planification environnementale de la commune et de ses partenaires 

  • l’apport de solutions innovantes, adaptées et accessibles aux populations les plus pauvres

C’est tout l’objet du Projet d’Amélioration des Services Urbains de Base (PASUB) Secteur 21 (la ville de Bobo-Dioulasso étant découpée en 25 secteurs), mis en œuvre en 2004-2005 par la commune de Bobo-Dioulasso en partenariat avec l’ONU-Habitat, le Centre International de l’eau et de l’assainissement (IRC) des Pays Bas, le Centre Régional de l’Eau Potable et de l’Assainissement (CREPA), le Ministère de l’Environnement et du Cadre de Vie (MECV) et le Ministère des Infrastructures, des Transports et de l’Habitat (MITH). Ce projet « vise à mettre en place et à conduire dans un secteur de la commune un projet de démonstration destiné à mettre à disposition de la commune une stratégie à même de résoudre correctement la question de l’assainissement. Cette stratégie devrait par ailleurs être répliquée par la suite dans les autres secteurs de la ville, dans d’autres communes du pays et dans d’autres cités de la région ».

La démarche du projet PASUB

L’approche mise en œuvre pour conduire le PASUB s’apparente à l’approche de l’Assainissement Environnemental Centré sur le Ménage (AECM – Household Environmental Sanitation, HCES), visant à impliquer tous les acteurs concernés par la gestion de l’assainissement, avec en première ligne les habitants.

Aussi, le PASUB a été décliné en plusieurs étapes basées sur l’implication :

  • 1 - des autorités communales dans le choix du secteur

  • 2 - des habitants dans la conception du projet (au cours d’assemblées générales : diagnostic partagé, formulation de principales attentes)

  • 3 - des services et structures d’appui (groupes de travail constitués de tous les services impliqués dans l’eau et l’assainissement, participation au diagnostic partagé, renforcement du travail en équipe par l’appropriation de la démarche du projet notamment dans sa dimension multidisciplinaire)

  • 4 - de tous les acteurs (acteurs locaux, partenaires nationaux et étrangers) à travers l’organisation de réunions de concertation de ville qui ont pour objet de valider les productions et propositions des assemblées générales

  • 5 - des autorités communales et des responsables des services régionaux à travers un comité d’orientation, chargé de la définition des grandes orientations du projet et de la validation des résultats

  • 6 - des habitants dans la mise en œuvre du projet de démonstration et dans l’exécution des différents programmes, par l’intermédiaire de cellules d’animation et de mobilisation constituées de personnes ressources et de responsables d’associations de femmes et de jeunes en particulier

  • 7 - des services techniques à travers des appuis techniques et logistiques et des actions d’information, de sensibilisation, de formation, d’inspection et de contrôle.

Les actions menées dans le cadre du PASUB de Bobo Dioulasso ont porté sur :

  • l’évacuation des tas sauvages d’ordures ménagères

  • la pré-collecte des ordures ménagères

  • la gestion des eaux usées

  • l’évacuation des eaux pluviales : curage des niveaux

  • l’approvisionnement en eau potable : micro crédit à l’eau

  • l’éducation environnementale et sanitaire.

Une démarche très intéressante à plusieurs titres au regard du développement durable

Comme le qualifie Yaya Konate, coordinateur du PASUB dans son rapport final, la stratégie communale de gestion des services urbains de base, déployée autour du PASUB, est :

  • communautaire car elle vise la responsabilisation des habitants

  • multidisciplinaire car elle se donne comme objectif de créer les conditions de mise en synergie des actions des différents acteurs techniques et financiers intervenant dans le domaine, pour accroître l’efficacité des interventions tout en réduisant leurs coûts. Elle suscite et stimule l’émergence et le développement de partenariats entre les communes, le secteur public, le secteur privé et le tissu associatif

  • intégrée car elle prend en compte toutes les problématiques de l’eau et de l’assainissement, en considérant la gestion des déchets solides et liquides, la gestion des eaux pluviales, l’approvisionnement en eau potable et la problématique sanitaire.

La multidisciplinarité s’est traduite également par le travail en transversalité interne à la municipalité où les services de la propreté, de la voirie, d’hygiène, de l’environnement, de la police municipale ont travaillé en synergie (en particulier pour l’action portant sur la pré-collecte des ordures ménagères).

Parmi les acquis du PASUB, on peut citer l’acceptation et la mise en œuvre par les services municipaux de la démarche multidisciplinaire pour la résolution correcte des problèmes de l’eau et de l’assainissement et le développement du partenariat entre les services municipaux, les services décentralisés de l’Etat et les habitants.

La stratégie communale de gestion des services urbains de base met ainsi en œuvre un certain nombre de principes de développement durable (cf. convention de Rio de 1992) tels que :

  • le principe de subsidiarité introduisant le fait que les décisions soient prises au niveau le plus pertinent et le plus proche possible des citoyens. La démarche du PASUB renforce le rôle de la collectivité locale dans sa compétence dédiée à l’assainissement, en développant des synergies partenariales et en mobilisant la participation citoyenne. Elle répond aux exigences du processus de décentralisation du Burkina Faso qui portent sur la participation de toutes les couches sociales à la vie de la collectivité, l’appropriation du concept de développement autocentré ou endogène qui requiert l’adhésion de tous les habitants (Konate, 2006).

  • le principe de participation qui est le fil conducteur de la démarche. La sensibilisation des habitants, l’éducation environnementale et sanitaire, la formation des services techniques sont autant de moyens utilisés pour renforcer la capacité des acteurs à émettre un avis éclairé sur le projet, à comprendre les finalités du projet pour se l’approprier et participer pleinement à sa mise en œuvre, à être opérationnel pour garantir l’efficacité de la démarche.

    Parmi les acquis du PASUB, on peut citer les efforts consentis par la population dans le domaine du stockage des ordures et l’émergence de la conscience d’entretenir les caniveaux.

  • le principe d’association des jeunes et des femmes, notamment à travers les cellules d’animation et de mobilisation constituée de personnes ressources et de responsables d’associations de femmes et de jeunes en particulier.

  • le principe de pollueur-payeur : la sensibilisation a été combinée à un dispositif de répression avec la création d’une brigade d’inspection élargie qui a également un rôle de sensibilisation. Après la phase de sensibilisation, « on donne des délais allant jusqu’à quatre semaines pour qu’ils (les habitants) s’organisent et construisent des ouvrages d’assainissement, ou qu’ils s’abonnent aux différents GIE pour l’enlèvement des ordures. Si ça ne marche pas, alors on passe à la répression (convocations et paiements d’amendes)» (témoignage du médecin-chef du service d’hygiène, rapport final du PASUB – Yaya Kanote). Un des acquis du PASUB a été l’acceptation par la population du principe de paiement de l’enlèvement des ordures ménagères (abonnement aux services de pré-collecte).

  • le principe d’équité est cité comme un objectif à travers l’adoption de mécanismes de financement souples et la création d’un cadre incitatif qui doivent permettre de promouvoir l’acquisition des technologies surtout dans les milieux défavorisés. Le secteur 21 de la ville a été retenu pour abriter le projet en raison de sa représentativité des secteurs défavorisés (souvent périurbains) en matière de services urbains de base.

La dimension culturelle a été également très fortement prise en compte notamment :

  • en s’appuyant sur un mode de communication adaptée avec, par exemple, l’utilisation de proverbes et d’adages pour faire passer des messages

  • en considérant l’organisation sociale en vigueur dans les quartiers anciens et fondée sur la grande famille. Trois cas de figure ont ainsi été mis en exergue et intégrés, non sans difficulté, dans la mise en œuvre du projet :

    • la parcelle et son espace d’habitation équivalent à la grande famille (comprenant en moyenne 1,9 ménage soit environ une quinzaine de personnes). Dans ce cas, la responsabilité de la propreté relève du chef de famille.

    • la parcelle aménagée par son propriétaire et mise en location, abritant plusieurs ménages. Dans ce cas, le propriétaire répartit les frais entre les ménages.

    • la parcelle ménage où la parcelle est occupée par un seul ménage

Une démarche applicable à d’autres secteurs en vue d’un Agenda 21

Cette démarche intégrant un certain nombre de principes de développement durable et ayant ainsi développé une certaine culture du partenariat, de la transversalité, de la participation, etc… est un véritable atout pour initier une stratégie de services urbains de base globale autour des questions d’éducation, de santé, d’énergie, d’eau potable et des transports et constitue un pré-requis très intéressant pour la mise en œuvre d’un Agenda 21.

La démarche d’Agenda 21 nécessitera d’articuler le fonctionnement de la ville porté par la stratégie globale de services urbains et la planification de l’aménagement urbain, afin de répondre à des principes fondamentaux de cohérence territoriale.

Mots-clés

subsidiarité active, participation des habitants, assainissement de l’eau, traitement des déchets, développement durable


, Burkina Faso, Bobo-Dioulasso

dossier

Territoires et développement durable : Agendas 21 dans les pays francophones

Source

Konaté, Y (2006), Projet d’amélioration de services urbains de base (PASUB) Bobo-Dioulasso, Secteur 21, Rapport final, Burkina Faso, 163p.

Cormier, A. (2009), « Rehausser la qualité de vie et offrir des services urbains de base dans un pays en développement : le projet de développement durable et viable de la commune de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso)", in GAGNON, C(Ed) et RIFFON,O. (en collab. avec), Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux [en ligne] – www.a21l.qc.ca/17570_fr.html (page consultée le 27 mars 2009)

Profil Urbain National du Burkina Faso 2004-2005 – ONU Habitat Programme des Nations Unies pour les Etablissements Humains – Bureau Régional pour l’Afrique et les Pays Arabes

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