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Plantes et traditions rurales pour des soins de santé holistiques

Monideepa SAHU

05 / 2010

En redécouvrant les systèmes de soin traditionnels aux plantes et en formant les femmes à leur utilisation pour leur santé et celle de leurs communautés, le réseau Shodhini favorise les alternatives naturelles et traditionnelles afin de répondre aux besoins spécifiques des femmes.

Aikya Mandala, étendue verdoyante aux abords de Bangalore, est une oasis rafraîchissante où l’on peut redécouvrir le pouvoir guérisseur des plantes naturelles et la multiplicité des manières par lesquelles le potentiel humain peut être réalisé en harmonie avec les autres créatures vivantes de la terre. Travaillant depuis 1982 avec des communautés rurales et tribales, des groupes sans terres et membres des castes et tribus répertoriées, Aikya a étendu son travail social pour inclure des personnes de toutes croyances. « Nous pensons souvent que les ruraux sont pauvres, arriérés et démunis », dit Philomena Vincent, directrice d’Aikya. « Mais en travaillant avec les communautés rurales, nous prenons conscience de leur riche savoir en matière de soins de santé, aussi bien préventifs que curatifs. »

Aikya est à l’origine d’un réseau de santé collaboratif unique appelé Shodhini et portant sur les alternatives naturelles et traditionnelles dans les soins de santé afin de répondre aux besoins spécifiques des femmes. Au départ, les travailleurs de terrain d’Aikya sont entrés en contact avec les femmes rurales pour rassembler le savoir local sur les traditions de santé des femmes. En octobre 1987, cinquante femmes, militantes pour la santé, provenant de zones rurales et urbaines de tout le pays, se sont réunies pour discuter de questions relatives à la santé des femmes. Rina Nissim, du Collectif de Genève sur la Santé des Femmes, était aussi présente. Son groupe promeut et forme des travailleurs de santé dans des systèmes de soins naturels en gynécologie.

La réunion a conduit à la formation d’un groupe de femmes appelé « Recherche-action sur les médecines alternatives et la santé des femmes », dont Rina Nissim est l’organisatrice. Le groupe comprenait des femmes d’organisations de base comme la Deccan Development Society (Société de Développement du Deccan, DDS), Action India, Aikya, Eklavya, etc. ainsi que des organisations de documentation et de recherche sur les femmes, des militants individuels et des experts.

Le collectif Shodhini vise à identifier les problèmes de santé communs dont les femmes des zones rurales ont honte de parler. Les problèmes gynécologiques, l’anémie, les infections urinaires, la baisse de la vision nocturne sont courants et négligés même quand les femmes ont accès à des soins médicaux modernes. Les chercheurs de Shodhini pensent que le système de soins de santé occidental ou les systèmes médicaux classiques dominants de l’Inde examinent rarement les racines sociales des maladies. Le patient est traité comme un corps passif et les médicaments sont prescrits pour traiter les symptômes. Les plaintes sérieuses des femmes sont souvent traitées à la légère et leurs soins traditionnels sont rejetés comme non-scientifiques par le système médical patriarcal établi.

En revanche, les adhérents de Shodhini traitent le patient comme un individu entier qui participe, avec le soignant, à sa propre guérison incluant le corps, l’esprit et les relations humaines. Shodhini tente de créer un espace distinct des concepts définis par les hommes pour parler des corps et des esprits des femmes, un espace où les femmes peuvent s’exprimer librement et partager leurs expériences et leur compréhension de leur propre corps.

Tanushree Gangopadhyay, une journaliste et militante basée à Ahmedabad à l’époque, a participé à la fondation initiale du mouvement. « Les initiatives personnelles sont un aspect important de l’approche de Shodhini », dit-elle. « Cela stimule l’amour-propre des femmes, qui, à son tour, améliore leur sentiment général de bien-être. En tant que chercheurs interagissant avec des femmes soignantes rurales, nous nous sommes examinées mutuellement et avons discuté librement entre nous de nos préoccupations de santé. Cela a calmé de nombreux doutes personnels et nous a fourni un soutien psychologique. La formation des femmes locales en médecines traditionnelles était idéale pour les régions intérieures rurales éloignées de tout hôpital et de tout médecin allopathique. Il y avait plusieurs membres et militants comme moi travaillant ensemble dans une équipe fortement soudée avec des médecins (vaid) tribaux et des guérisseurs par les plantes. En tant que professionnelle urbaine éduquée, j’ai visité des zones rurales et commencé à comprendre et respecter la sagesse derrière les croyances et pratiques locales traditionnelles. »

D’après Shodhini, les problèmes de santé physique des femmes doivent être considérés de manière holistique car leur santé est affectée par leur condition sociale et leurs expériences personnelles. L’approche du soignant doit être adaptée à chaque situation familiale de la femme et à son statut financier, qui peut constituer un poids psychologique pour elle. « ‘Aller bien’ a une signification plus profonde… être en vie, participer à, donner et prendre les énergies de l’univers. La grossesse et l’accouchement, par exemple, sont partie intégrante de la vie et ne nécessitent pas forcément de médecins, infirmières, hôpitaux et médicaments » (Cf. Touch me, touch-me-not: women, plants, and healing, édité par Shodhini et publié par Zubaan Books).

Les chercheurs de Shodhini ont pris conscience du fait que les guérisseurs et les femmes locales connaissent de manière empirique de nombreux remèdes naturels pour se maintenir en bonne santé. Mais cette connaissance n’a jamais été codifiée ou coordonnée avec les autres communautés. L’ouvrage Touch me, touch-me-not: women, plants, and healing tente de répertorier certaines de ces stratégies de survie et les manières traditionnelles par lesquelles les femmes indiennes se maintiennent en bonne santé.

L’ouvrage cherche à comprendre les médecins traditionnels et leurs pratiques de soins, à documenter leur utilisation des plantes, la préparation des remèdes aux plantes et les pratiques de soins sans plantes, y compris certains rituels qui accompagnent le processus de soin. Il vise aussi à « aider les femmes à prendre en charge leur corps à travers un processus d’épanouissement personnel afin qu’elles comprennent le corps, ses rythmes et son pouvoir ».

Après 18 mois passés à identifier les guérisseurs, les plantes et leurs noms botaniques, le groupe a récolté des informations sur près de 250 plantes, dont nombre d’entre elles sont utilisées pour les mêmes symptômes dans différentes parties du pays. Leur travail a conduit à une initiative nationale lancée en 1992, et dont Aikya est un membre actif : Women and Health (« Femmes et santé », WAH). « A Aikya nous continuons à travailler prioritairement avec des femmes, sans toutefois exclure les hommes et en intégrant aussi les jeunes enfants », dit Philomena Vincent. « Les compétences des femmes sont une tradition vivante continue dans l’Inde rurale. Aujourd’hui, des années après les débuts pionniers de Shodhini, les femmes prenant en charge leur santé forment un mouvement qui croit et s’étend. Des individus, membres originels, et de nouvelles organisations mettent en place des mouvements de soins naturels très efficaces dans leurs régions respectives. »

La Foundation for Revitalisation of Local Health Traditions (« Fondation pour le Renouveau des Traditions de Santé Locales », FRLHT) est un bon exemple d’un tel mouvement. Son travail couvre la documentation et l’évaluation des traditions de santé locales pour la gestion du paludisme, le renforcement des compétences des soignants traitant les fractures, la promotion et la diffusion des pratiques ethno-vétérinaires dans la formation et la recherche vétérinaires. Elle a également mis en place 162 associations de guérisseurs et forme à l’oushadhikarn (méthodes traditionnelles de préparations de médicaments aux plantes).

La Deccan Development Society (Société de développement du Deccan, DDS) d’Andhra Pradesh, l’un des membres fondateurs de Shodhini, fait aussi partie de ceux qui promeuvent avec succès les méthodes de soins traditionnelles. Le Projet de Plantes Médicinales de DDS soutenu par Find Your Feet a débuté en 1996 pour créer des terres médicinales villageoises communes sur des terrains gouvernementaux en friche, grâce à des travaux de conservation du sol et de l’humidité, l’installation de clôtures, etc. Ce projet a permis une régénération continue des ressources en plantes médicinales traditionnelles dans les villages et accéléré les pratiques de soins populaires. Il a aussi un impact écologique en créant des zones de plantes vertes pérennes sur les terres à l’abandon du village.

Les propres programmes d’Aikya pour les « Guérisseurs Errants » et les séances sur les thérapies holistiques ouvertes à tous, y compris les citadins, contre une participation financière symbolique, aident les habitants à se libérer de leur trop grande dépendance vis-à-vis des médicaments conventionnels. « Il n’y a plus une seule Shodhini », conclut Philomena Vincent : « ses nombreuses ramifications croissent et diffusent le message des soins de santé naturels ».

Mots-clés

santé, soins de santé primaires, santé communautaire, organisation de femmes, femme


, Inde

Notes

Lire l’article original en anglais : Holistic healing through rural herbal traditions

Traduction : Valérie FERNANDO

Source

Articles et dossiers

Monideepa SAHU, « Holistic healing through rural herbal traditions », in InfoChange, Mai 2010

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