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Forêts et changement climatique en Inde

Centre for Education and Documentation

08 / 2010

Les forêts et le changement climatique sont intimement liés. Les forêts régulent le climat, les pluies, les eaux souterraines, les sols de la terre depuis des millénaires. Leur respiration participe de l’équilibre entre l’oxygène et le dioxyde de carbone (CO2) : les forêts et sols forestiers du monde stockent plus d’un trillion de tonnes de carbone, soit deux fois la quantité circulant librement dans l’atmosphère.

Alors que la déforestation est responsable d’environ 20% des gaz à effet de serre, les forêts absorbent actuellement plus de carbone qu’elles n’en émettent. Mais, selon les scientifiques, cet équilibre critique sera détruit si la terre se réchauffe de 2,5°C ou plus par rapport aux niveaux pré-industriels, ce qui sera le cas si les émissions de gaz ne sont pas réduites de manière drastique. De plus, les températures plus élevées, les sécheresses prolongées, les invasions d’insectes plus intenses et d’autres contraintes environnementales conduiront à la dégradation et à la destruction des forêts (1).

L’Inde figure parmi les 12 pays ayant la plus grande biodiversité avec de nombreuses variétés de flore et de faune. Elle contient 7% de la biodiversité mondiale et 16 types de forêts sont présents sur son sol comprenant les pâturages alpins de l’Himalaya, les forêts tempérées, sub-tropicales et tropicales et les mangroves des régions côtières. Le couvert forestier est de 67,71 millions d’hectares, soit 21,81% de la superficie du pays .

Biodiversité et couverture forestière

Lors des 150 dernières années, la déforestation a contribué à environ 30% de l’émission de CO2 dans l’atmosphère. Elle a aussi participé à la perte de gènes, d’espèces et d’écosystèmes.

En Inde on prévoit un changement de grande ampleur dans les éco-régions. Les forêts de teck et de sal des régions du centre et de l’est et des Himalayas tempérés seront les plus touchées. On estime que 85% de la couverture forestière changera de type. Les Ghâts occidentaux et les forêts du Nord-Est seront moins touchés.

Le couvert forestier dominant de l’Inde est actuellement de type forêt tropicale sèche (37,2%), suivi par la savane sèche (33%) et la savane humide (32,5%). On s’attend à ce que la forêt tropicale sèche et la forêt saisonnière tropicale (28,4%) deviennent dominantes. Les brousses sont appelées à diminuer tandis que les bois arides devraient augmenter dans les régions sèches. Dans les régions plus froides, la couverture en forêts de conifères tempérés devrait diminuer, celle en forêts tempérées décidues et sempervirentes augmenter.

Le changement de végétation risque d’entraîner un dépérissement des forêts à grande échelle et la perte de la biodiversité en particulier pendant les périodes de transition entre deux types de forêt.

Le débat sur les puits de carbone et l’approche du REDD

Les arbres et les forêts contribuent à diminuer le CO2 de l’atmosphère en le transformant, lors de la photosynthèse, en carbone qu’ils stockent sous forme de bois et de végétation. On appelle ce processus la séquestration de carbone. Les arbres contiennent 20% de carbone en poids tandis que la biomasse des forêts agit comme puits de carbone à travers les matières organiques du sol, comme l’humus produit par la décomposition des plantes mortes.

Les forêts stockant plus d’un quart des émissions mondiales de carbone et l’Inde ayant plus de 100 millions d’hectares de terres et de forêts dégradées, la lutte contre le réchauffement climatique via le secteur forestier et la reforestation apparaît une solution attractive de stockage du carbone.

Mais l’utilisation des forêts comme puits de carbone fait débat. Elle risque de légitimer la destruction des anciennes forêts primaires riches en biodiversité et en écosystèmes qui préservent naturellement leur environnement. La création de nouvelles zones forestières implique de créer de nouveaux écosystèmes. Cette solution risque aussi de ne pas s’attaquer aux causes du réchauffement climatique ni à la réduction réelle des émissions de gaz.

Le concept de REDD (réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts) dans les pays en développement a été discuté à la Conférence des Parties 11. L’Inde a proposé le concept de « conservation compensée » afin de compenser les pays qui protègent et augmentent leur couvert forestier.

Mais ce système a des limites. Il permettrait par exemple de remplacer des forêts tropicales naturelles par des plantations et s’il inclut le système des compensations carbone, il augmentera les émissions nettes de carbone.

Les grandes entreprises multinationales responsables de nombreux problèmes liés à l’extraction minière et à la monoculture profitent de tels mécanismes pour présenter une image écologique, masquant leur activités controversées derrière des projets de puits de carbone dans le cadre des mécanismes de développement propre.

Par exemple, ITC, la plus grande entreprise de tabac d’Inde, a des projets de reboisement dans 193 villages de Khammam en Andhra Pradesh. Ses activités ont fortement dégradé les ressources naturelles dans le bassin de la rivière Godavari où elle a diffusé la monoculture commerciale de tabac notamment chez les populations tribales, ce qui a nui à la productivité et à la qualité des terres. Et pourtant ce projet est présenté comme étant le premier projet de reforestation de grande ampleur avec un crédit carbone de 57.792 CER (certified emission reduction) !

Simon Retallack souligne qu’il n’existe pas suffisamment de données scientifiques sur le cycle naturel du carbone pour faire des contrôles fiables sur les procédures des puits de carbone. On ne peut savoir exactement quelle quantité de carbone est absorbée par un « puits » ni si le carbone séquestré dans les forêts ou les sols y restera. De plus les arbres ne fixent le carbone que lors des périodes de croissance et deviennent neutres en carbone à maturité. Le reboisement n’est donc qu’une solution temporaire.

Enfin, marchandiser le carbone des forêts est inéquitable car cela créé une discrimination contre les populations qui avaient auparavant un accès libre aux ressources de la forêt. Les projets de puits de carbone et de REDD soulèvent la question de la propriété des forêts. A qui appartiennent-elles ? Qui a le droit de vendre des crédits carbone de forêt ? Comment quantifie-t-on et valorise-t-on ce qui est mis en œuvre par les habitants des forêts pour les protéger ?

Les communautés dépendantes de la forêt

Les forêts ne concernent pas seulement la flore et la faune. En Inde, elle répondent aux besoins d’environ 950 millions de personnes et 450 millions de bêtes, avec près de 200.000 villages situés dans ou à proximité des forêts. Parmi les 15.000 espèces de plantes, 3.000 procurent des produits de la forêts autres que le bois (fruit, noix, fleurs comestibles et médicinales). Ces communautés, dépendantes des ressources forestières pour leur subsistance, seront particulièrement affectées par les effets du changement climatique.

Le Ministère des Affaires Tribales indien a admis que les populations tribales étaient d’ores et déjà vulnérables et mal équipées pour s’adapter aux incertitudes de l’évolution du climat et qu’elles étaient susceptibles de subir d’avantage de pertes de moyens d’existence, de problèmes de santé et d’insécurité alimentaire. Malgré leurs savoirs traditionnels et leurs capacités d’adaptation aux changements normaux du climat, elles sont incapables de faire face à des changements rapides.

Les habitants de la forêt sont souvent accusés d’être responsables de la déforestation et de la dégradation des forêts, en raison de le pratique de l’agriculture itinérante. Les droits traditionnels sur la terre de ces zones forestières officielles où ces populations ont vécu et qu’ils ont cultivée pendant des générations ne sont pas reconnus. L’absence de documents clairs et d’études sérieuses permet aux autorités de les considérer comme des occupants illégaux, créant des problèmes importants d’expulsion et de violence.

En mai 2002, le Gouvernement a mal interprété un arrêt de la Cour Suprême appelant tous les Gouvernements d’État à expulser immédiatement les « occupants illégaux » de toutes les forêts.

« Un mouvement massif d’expulsion s’en est suivi qui a visé les communautés forestières plutôt que les intérêts commerciaux et de la mafia qui sont les vrais responsables de la destruction des forêts. Cela a entraîné déplacements et souffrance chez une population déjà appauvrie. Des centaines de milliers de familles se sont retrouvées sans abris (40.000 rien qu’en Assam) et de nombreux cas de violence contre eux ont été enregistrés. » (2)

Mais la Loi sur les tribus répertoriées et les habitants de la forêt de 2005 est extrêmement importante non seulement pour reconnaître les droits des habitants de la forêt mais aussi pour protéger la forêt elle-même en démocratisant le système de préservation de la forêt. Ces deux aspects sont essentiels pour la santé de la forêt et de ses habitants.

Malgré cela, les projets de reboisement pour le stockage du carbone renforcent la vulnérabilité des communautés de la forêt. Les mécanismes de développement propre, les programmes de compensation volontaires de carbone, de paiement pour services environnementaux et le prix croissant des biocarburants, de l’huile de palme et de soja constituent des menaces importantes. Alors que la demande foncière augmente, les populations sont poussées hors de leur territoire et font de plus en plus face à la volonté des gouvernements et des entreprises de leur confisquer leurs terres par tous les moyens.

Le Plan d’Action contre le Changement Climatique et la « Green India Mission »

Parmi les huit missions du Plan national d’Action contre le Changement Climatique (2008) figure la Mission pour une Inde Verte (3). Elle prévoit de reboiser 6 millions d’hectares de forêts dégradées et d’étendre la couverture forestière de 23 à 33% de la surface du pays. L’objectif est d’atteindre 20 millions d’hectares de forêts en 2020 pour un coût de 400 milliards de roupies. Elle met l’accent sur une approche holistique, le projet ne devant pas se limiter aux arbres ni aux plantations mais devant inclure la restauration d’écosystèmes variés. Les forêts nouvelles et régénérées doivent agir comme des puits de carbone et absorber 43 millions de tonnes supplémentaires de gaz à effet de serre chaque année, augmentant la capacité d’absorption du carbone à 6,35% des émissions annuelles du pays d’ici 2020.

La mission envisage un rôle central pour les communautés locales et inclut un contrôle à quatre niveaux. Le ministère a promis de faire évoluer les relations entre les populations et le Département des Forêts, d’assurer la transparence et de mettre en place des systèmes d’audits sociaux. Des cours de justice spécialisées sur l’environnement sous l’autorité du Tribunal national vert devraient être mises en place afin d’entendre les cas relatifs à la pollution infligée aux communautés. Deux satellites dédiés au contrôle des changements de l’environnement en Inde, devraient également être lancés, l’un pour les émissions de carbone, l’autre pour le couvert forestier.

Cependant de nombreuses critiques ont porté sur l’échec du Plan à reconnaître l’importance de la préservation des forêts, le rôle des écosystèmes forestiers et de la biodiversité dans la vie des habitants des forêts. Compte tenu de l’expérience de l’Inde dans les programmes de reboisement qui privilégient les espèces exotiques et sont mal entretenus, la mission Inde verte laisse plus à craindre qu’à espérer quant à sa mise en œuvre et sa gestion.

L’autre critique vise le Département des Forêts qui conserve le contrôle des financements et des prises de décision, mais aussi des entités de la Mission telles que l’Agence étatique de Développement des Forêts, du Comité de Gestion conjointe des Forêts, qui devrait pourtant être responsable devant les villages, et des agents communautaires.

Or le Département des forêts indien est un système archaïque instauré à l’époque de la colonisation britannique et dont le rôle principal visait plus à répondre aux besoins en bois des colons qu’à protéger et gérer les forêts indiennes. Sa structure est telle qu’elle protège aujourd’hui les intérêts des industries et entreprises et élimine les interactions avec les communautés locales.

Si le rôle des forêts dans la lutte contre le changement climatique est appelé à être renforcé, alors le Département des Forêts doit être transformé. Les décideurs politiques doivent notamment prendre en compte à la fois les impacts écologiques du changement climatique sur le secteur forestier et les effets socio-économiques sur les communautés. Cela implique des politiques et des pratiques de gestion des forêts efficaces et la compréhension des interactions entre les communautés, le Gouvernement, le secteur privé et les produits de la forêt.

Conclusion

Il est donc nécessaire de développer une approche par les écosystèmes, de mettre l’accent sur la justice climatique, les droits et le rôle des communautés locales. Il faut aussi prendre en compte la biodiversité, la pauvreté et s’attaquer directement aux causes de la déforestation, à la gouvernance et à la question foncière.

(1) Cf. Risto Seppälä, Alexander Buck and Pia Katila, « Adaptation of Forests and People to Climate Change. A Global Assessment Report », IUFRO World Series Volume 22. Helsinki, 2009
(2) Jayati GHOSH, « Saving Forests and People », in Frontline, Vol. 2, N°13, June 18, 2005

Mots-clés

changement climatique, forêt, protection des forêts, lutte contre la déforestation, politique de l’environnement


, Inde

dossier

L’Inde et le changement climatique

Notes

Lire l’article original en anglais : Forests and climate change in India

Traduction : Valérie FERNANDO

Pour aller plus loin :

Source

Texte original

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