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Villes et changement climatique en Inde

Centre for Education and Documentation

08 / 2010

L’Inde possède le deuxième plus grand système urbain au monde avec 310 millions de personnes vivant dans 5.161 villes en 2005. Ce chiffre qui représente 30% de la population indienne devrait atteindre les 575 millions d’habitants d’ici cinquante ans, soit 40% de la population, avec 70.000 villes. En 2025, 70 villes indiennes devraient avoir plus d’un million d’habitants.

L’empreinte carbone urbaine

Avec 70% de la population vivant en zone rurale, la contribution de l’Inde est plus basse que celle des pays développés car l’énergie consommée par les économies rurales en termes de chaleur, éclairage et transports est bien moindre qu’en ville. Mais la situation est appelée à considérablement changer dans les prochaines décennies avec l’augmentation de la population urbaine.

Les villes sont bien plus dépendantes en énergie que les campagnes dont les activités principales telles que l’agriculture, l’élevage et l’artisanat ont une faible empreinte écologique. A l’inverse, alors que la population urbaine augmente, la pression sur l’écosystème s’accentue. De grandes quantités de nourriture, d’eau, de carburants doivent être acheminées dans les villes et de grandes quantités de détritus et d’eaux usées doivent être évacuées. Les déchets humains qui constituent un atout en milieu rural deviennent une charge économique en milieu urbain.

Les aquifères et les zones humides, les terres agricoles et les forêts sont aussi essentielles à la survie des villes que les réseaux de transport. L’eau, l’une des ressources urbaines les plus vitales et les plus gaspillées, illustre bien la relation précaire qui existe aujourd’hui entre les villes et la nature. L’eau de nombreuses villes provient d’aquifères très éloignés ou bien contaminés. La ville d’Aurangabad (Maharashtra) va ainsi s’approvisionner en eau à 118 km, un acheminement qui implique des coûts énergétiques élevés (1).

Pourtant, la plupart des investisseurs urbains n’incluent pas de mesures climatiques. Ils continuent aujourd’hui encore à construire des infrastructures consommant beaucoup d’énergie et des routes sans espace pour les piétons, à planifier un développement urbain qui implique de longues distances entre les lieux de travail et de résidence, à entasser les ordures sans les utiliser comme source d’énergie, à ignorer les possibilités d’énergie renouvelable et la production décentralisée. Les villes se condamnent ainsi au gaspillage énergétique et à des émissions élevées de gaz à effet de serre pour les décennies à venir. Le manque d’investissement dans ces infrastructures est due à la fois à un manque de prise de conscience, de savoir-faire technique et de soutien financier.

Conséquences directes du changement climatiques sur les zones urbaines

• Montée du niveau de la mer

L’une des conséquences du changement climatique est la montée du niveau de la mer. Le sous-continent indien avec 7.500 km de côtes (en comptant les îles Andaman, Nicobar et Laquedives) n’ échappera pas à la fureur des eaux.

Les basses zones côtières se situent en-dessous de 10 mètres d’altitude. En Inde, elles représentent environ 81.000 km² de terres, habitées par une population de 60 millions de personnes. La moitié, soit 31 millions de personnes, vit en milieu urbain.

Selon Aggarwal et Lal, la montée du niveau de la mer le long des côtes indiennes sera comprise entre 30 et 80 cm au cours du prochain siècle. En l’absence de mesures de prévention, les populations côtières seront affectées. Trois métropoles, Mumbai (Bombay), Kolkata (Calcutta) et Chennai (Madras) se situent sur la côte entre 2 et 10 mètres d’altitude. Elles risquent de subir inondations, salinisation des sources d’eau, destruction des écosystèmes et des ressources naturelles les approvisionnant. Les villes situées à l’entrée de deltas, comme Kolkata, seront plus affectées par les inondations côtières car elles sont à de plus faibles altitudes, et reçoivent dans certains cas plus d’eau des rivières alimentées par la fonte des glaciers himalayens.

• Eau- assainissement

Les changements de précipitations et du cycle de l’eau augmenteront les problèmes déjà existants d’approvisionnement en eau et de qualité de l’eau dans les zones urbaines, en particulier dans les grandes villes. Le rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) souligne que les villes dans les régions arides comme Delhi seront fortement touchées.

• Santé

Le changement climatique risque d’augmenter les maladies liées à l’environnement. Par exemple, les périodes plus chaudes et/ou plus humides fourniront des conditions idéales pour la reproduction et la propagation des moustiques porteurs de virus.

Le manque d’assainissement et d’eau potable renforcera la contamination de l’eau et les maladies liées aux aliments contaminés comme le choléra, la typhoïde, la diarrhée, l’hépatite et les gastro-entérites. Les villes plus chaudes impliqueront une augmentation des maladies respiratoires dues à la pollution dont les effets sont renforcés par des températures élevées.

Les populations pauvres souffriront davantage, ayant moins de possibilités de s’adapter. Selon le rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population « les zones pauvres qui manquent de services de santé et autres, combinés avec le surpeuplement, un mauvais approvisionnement en eau et un assainissement insuffisant, sont idéales pour la propagation des infections respiratoires et intestinales, la multiplication des moustiques et autres vecteurs de maladies tropicales comme le paludisme, la dengue, la typhoïde et la fièvre jaune. Les changements dans les températures et précipitations peuvent diffuser les maladies à des zones auparavant non affectées et les encourager dans les zones déjà affectées » (2)

• Vagues de chaleur

Le réchauffement de la planète sera plus fortement ressenti dans les villes à cause de l’effet des îlots de chaleur urbain qui rend la température des villes plus élevée de 2 à 6° C par rapport aux zones rurales voisines en raison de la modification des surfaces et de la perte de chaleur générée par une forte consommation énergétique. Les vagues de chaleur qui peuvent tuer des centaines de personnes risquent ainsi de devenir plus fréquentes et intenses.

• Infrastructures

Les tempêtes, inondations terrestres et côtière et les cyclones qui devraient être plus fréquentes mettront les infrastructures à rude épreuve. Cela concerne les transports (routes, rails, ponts, ports et aéroports), les réseaux de communication, l’approvisionnement en eau, les conduites d’eaux usées, de gaz, les systèmes de défense côtier et contre les inondations et les usines. En ce qui concerne les bâtiments, les maisons traditionnelles ou informelles sont les plus vulnérables.

Conséquences indirectes du changement climatique sur les villes indiennes

• Migrations

Les sécheresses et inondations liées au changement climatique devraient accélérer l’exode rural, augmenter la surpopulation des villes et la proportion de pauvres et de personnes vulnérables en milieu urbain. On estime que 500 millions de personnes seront affectées par des problèmes d’eau en Inde en raison du réchauffement, avec un risque majeur de désertification du Nord-Ouest et du Centre, l’alternance de sécheresses et d’inondations dans la plaine indo-gangétique et les inondations côtières dues à la montée de eaux.

Les migrants font partie des groupes les plus vulnérables en milieu urbain. Sans accès au réseau de subsistance de la ville et avec un manque de qualifications pour les aider à survivre, ces groupes vivent dans des bidonvilles illégaux et manquent de tous les services de base (3).

• Conséquences économiques

Les villes constituant le cœur de l’économie dans de nombreux pays, les conséquences du changement climatique sur les populations urbaines affectent le pays tout entier. Pour une élévation d’un mètre du niveau de la mer, la Banque Mondiale  (4) estime que le PIB perd 2 points, en raison entre autres du manque d’eau douce, des dommages pour l’agriculture et la pêcherie, de la baisse du tourisme et de l’absence de sécurité énergétique.

Les conséquences sanitaires ont aussi des effets économiques. Les populations les plus pauvres seront particulièrement touchées par les coups de chaleur et l’épuisement. Alors que le système immunitaire diminue avec le stress dû à la chaleur, la vulnérabilité aux maladies augmente. Les dépenses de santé suivront, occasionnant plus de difficultés encore. Les ressources humaines risquent d’en pâtir, les jours travaillés, dans le secteur de la construction notamment, diminueront ce qui peut avoir un impact négatif sur la croissance économique.

Les sécheresses et inondations affectent d’ores et déjà la production alimentaire avec pour conséquence de la crise agricole l’augmentation des prix alimentaires et des biocarburants dans les villes.

• Les conséquences rétroactives de l’urbanisation

Comme le souligne Darryl D’Monte, « 3/4 du dioxide de carbone, le plus grand gaz à effet de serre, dans le monde est émis par les villes. Il suffit de se rappeler que la moitié de la population mondiale est urbaine aujourd’hui. La moitié du CO2 provient des immeubles, qui doivent chauffer ou refroidir leur intérieur. Le reste est généré par les transports motorisés, qui augmentent à une vitesse exponentielle en Inde. Cela […] situe le problème en notre centre, en tant que citadins. Comme il est malheureusement évident, d’une ville à l’autre de ce pays, le développement urbain en Inde est profondément non durable.”

Selon Bittu Sahgal, rédacteur en chef du magazine Sanctuary Asia, la seule ville de Mumbai est responsable de 40% de la pollution en Inde. Une partie de ces émissions est liée à des mesures comme la climatisation prise pour s’adapter au réchauffement mais qui à son tour aggrave les émissions et le réchauffement.

Ce mouvement est renforcé par le choix de constructions à forte consommation d’énergie pour la classe moyenne et d’affaires. Les modèles traditionnels de construction sont abandonnés au profit de type standardisés de construction utilisant le béton, le verre et la climatisation, sans prêter attention aux conditions environnementales et climatiques.

Ainsi, à Pune (Maharashtra), les choix des constructeurs dépendent plus des modes suivies par les consommateurs et d’impératifs commerciaux que de considérations environnementales. Le verre et le béton qui emprisonnent la chaleur sont plus souvent utilisés que la brique ou la pierre dont l’efficacité énergétique est bien meilleure (5).

• Les pauvres et les personnes vulnérables

Le changement climatique affectera davantage les pauvres qui représentent entre un quart et la moitié des villes indiennes. Les habitants des bidonvilles, les squatters, les migrants vivent généralement dans des zones vulnérables (lit de rivière, zone inondable, pentes de collines). Il souffrent déjà d’insécurité en raison de « la faible gouvernance, du manque d’infrastructure et de biens communs, de liens forts avec la classe politique, les agents immobiliers et les services publics » (Aromar Revi, 2008).

Le cas de Mumbai

Le 26 juillet 2005, Mumbai a été victime de la plus grosse averse du siècle. En 24 heures, elle a reçu 94,4 centimètres d’eau, un chiffre plus important que la moyenne annuelle. Les transports publics ont cessé de fonctionner, les habitants ont été bloqués à leur travail ou sur le chemin du retour, certains ont mis plus de 10 heures pour rentrer. Les trains, les rickshaws et près de 10.000 véhicules commerciaux ont subi des dégâts.

Cette catastrophe est survenue pour plusieurs raisons. Auparavant, Bombay bénéficiait de nombreux espaces verts, zones humides, mangroves et terres salines, qui agissaient comme des éponges et absorbaient la pression des marées hautes. Ces dernières décennies, ces zones ont été systématiquement détruites. Les mangroves ont laissé la place à des terrains de golfs, les zones humides et la côte ont été réquisitionnées pour répondre à la croissance exponentielle de la ville. Cela a entraîné la suppression des systèmes de drainage. La rivière Mithi est emblématique des conséquences néfastes de cette extension urbaine abusive. Remplie de détritus et de déchets divers, polluée par les effluents illégaux et l’envasement, c’est la Mithi qui a succombé à la marée haute, en sortant de son lit et en inondant les banlieues de Mumbai pendant plus de 48 heures.

Les personnes les plus affectées ont été les habitants des bidonvilles dans les zones inondables, dont les abris construits en matériaux de récupération sont extrêmement vulnérables.

Au lendemain des inondations des centaines de personnes sont mortes de diverses maladies (leptospiroses, gastroentérites, paludisme, dengue, hépatites) en raison de l’insalubrité. Les pertes économiques, commerciales et financières ont été estimées à plusieurs milliards de roupies.

Obstacles à l’adaptation au changement climatique dans les villes

L’un des obstacles principaux est le manque de connaissances et d’informations précises à tous les niveaux, national, régional et local, dans un contexte où le changement climatique n’est toujours pas considéré comme une urgence.

Par ailleurs l’attention est surtout concentrée sur l’atténuation des risques et non sur l’adaptation aux changements, en particulier pour les communautés vulnérables. Les politiques doivent désormais inclure dans chacun de leurs programmes urbains un volet concernant l’adaptation au changement climatique.

(2) Cf. UNFPA, Rapport sur l’Etat de la Population, 2007
(3) Cf. Aromar Revi, 2008
(4) Cf. Banque Mondiale, « Climate Resilient Cities »

Mots-clés

changement climatique, ville, urbanisation


, Inde

dossier

L’Inde et le changement climatique

Notes

Lire l’article original en anglais : Impact of Climate change on Urban Areas in India

Traduction : Valérie FERNANDO

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Source

Texte original

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