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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Une mutuelle solidaire

Chantal LACKER

09 / 2010

Suite à un Forum-Citoyen organisé à Mulhouse, l’idée est née de réunir mensuellement des personnes de conditions diverses.

On débat sur un thème précis : chacune et chacun met dans un pot commun 30 euros ; on affecte 1/3 du montant à un projet solidaire et les 2/3 restants sont distribués aux personnes qui annoncent qu’elles vivent sous le seuil de la pauvreté.

Après plus de dix-huit mois de fonctionnement, nous avons tenté de faire un premier bilan, que nous avons envie de partager avec celles et ceux que cette démarche est susceptible d’ intéresser.

Il s’agit d’une démarche expérimentale, qui repose à la fois sur la réflexion et sur l’action.

C’est quasi une formation-action qui vise au moins 2 objectifs, grâce à la mixité sociale :

  • Lutter contre la pauvreté monétaire, par un partage,

  • Travailler ensemble sur la notion de besoin et la priorisation de ces besoins. Réviser notre regard sur la pauvreté et les personnes qui vivent cette situation : pour les « riches en santé, en travail…», sortir de tous les préjugés autour de la pauvreté ; pour les « pauvres en argent », sortir du sentiment de honte le plus souvent vécu et se réapproprier leur propre vie.

En effet, pour que tous les humains jouissent du niveau de vie des Américains, il faudrait les ressources de 6 planètes-Terre ! Si cela ne paraît ni possible, ni souhaitable, il faut alors réfléchir à notre mode de vie.

Peut-être pourrions-nous sortir du paradigme de la rareté instauré par les publicitaires, marchands et consorts… pour nous situer dans le paradigme de l’abondance.

Y parvenir reviendrait à éradiquer la pauvreté !

Plus modestement, cheminer une année dans ce sens a forcément un intérêt.

Les exigences sont très simples :

  • Accepter de contribuer 30€/mois puis accepter de donner et de recevoir des autres,

  • Investir une soirée de 2 heures par mois,

  • Vivre le respect et le non jugement dans le groupe, et la sincérité aussi,

  • Laisser ses préjugés se faire bousculer par les réalités. 

Les thèmes dont nous nous sommes saisis durant les 18 premiers mois, sont les suivants :

  • Créer la Mutuelle, pourquoi, comment ?

  • Se connaître au-delà de la surface,

  • Comment partager la contribution constituée par le groupe ?

  • Les effets de don, vus à travers nos propres expériences,

  • Nos besoins, selon Maslow et selon l’expérience de chacun,

  • Le travail,

  • La gestion familiale, la difficulté de se situer par rapport au poids du marketing,

  • La responsabilité individuelle,

  • L’épargne,

  • La dignité de l’homme et les droits fondamentaux.

Le partage monétaire en chiffres se présente ainsi :

rsc.d-p-h.info/photos/8656Tableau.jpg

En résumé, c’est « tous pour 3 ou 4 ! »

Les acquis de notre groupe, 18 mois après, peuvent se résumer ainsi :

Il s’agit d’une évolution à 2 niveaux, d’une part un développement personnel et de groupe au plan de l’être humain et citoyen, d’autre part des avancées concrètes.

Au plan humain :

  • Le regard sur les relations humaines :

L’expérience de la Mutuelle Solidaire n’a pas beaucoup d’utilité, mais elle est plus importante que les choses qui servent à quelque chose : elle incarne la possibilité de relations gratuites, elle préfigure un monde différent où l’inclusion de tous favorise la mise en œuvre des talents de chacun, dans une activité ou un travail qui participent à l’œuvre de création de richesses (pas seulement des richesses économiques) et donnent une autonomie.

Elle crée de l’amitié entre des personnes de milieux différents qui ne se seraient jamais rencontrées.

Elle favorise le développement de chacun.

  • Le regard sur l’environnement :

Sans en avoir un sentiment aussi aigu que les Indiens d’Amérique, nous faisons partie du cosmos, nous sommes un élément du monde et la qualité de notre vie dépend étroitement de la qualité de notre relation avec la Terre, ici comme au loin.

  • Le regard sur notre nature humaine :

Entre nous, nous ne perdons pas de temps à nous tailler des costumes sociaux, car nous savons que nous sommes tous nus, c’est-à-dire fragiles et limités, mais nous savons aussi que nos vies ont du prix.

  • La confiance nous donne une solidité :

Confiance en soi, que justifie le défi auquel nous participons, et la confiance dans les autres, que nous développons entre nous.

  • Le regard sur l’argent :

Nous croyons que ne c’est pas l’argent ou la consommation qui vont faire notre bonheur, même si la publicité s’évertue à entretenir cette illusion ; nos besoins sont infiniment différents des désirs que la pub suscite…

Cependant, nous sommes sûrs qu’en dessous d’un certain niveau de vie, la personne perd sa liberté et sa capacité à exister et à se développer, d’où le rôle du partage entre ceux qui ont assez aujourd’hui et ceux qui, simultanément, manquent du nécessaire.

  • Le regard sur la solidarité :

Après la satisfaction des besoins primaires, c’est le lien qui est le plus important. Le lien permet d’exister comme individu et comme membre d’une communauté locale.

C’est à ces deux titres, nécessité de satisfaire les besoins vitaux et importance du lien, que nous choisissons d’agir non « pour » (comme la solidarité organisée au niveau institutionnel) mais « avec » dans une relation d’égalité, fraternelle, telle que la définit le triptyque républicain français, « Liberté, égalité, fraternité ».

Chacun est témoin du courage et de la persévérance des personnes du groupe qui vivent les situations les plus difficiles.

Nous découvrons progressivement et concrètement les mécanismes de la « pauvreté modernisée » qui cassent les possibilités d’autonomie des « plus pauvres en argent ».

En même temps, nous acceptons de ne pas pouvoir combler l’autre.

Au plan matériel sensible:

  • Promouvoir un meilleur accès aux droits pour chacun,

  • Accéder à la formation,

  • Créer un emploi (1 personne)

  • Trouver un travail (1 personnes), le garder,

  • Adopter des moyens de transport plus respectueux de l’environnement (covoiturage, vélo…),

  • Donner un coup de pouce financier

  • Avoir la capacité d’accueillir des nouveaux dans le groupe (24 personnes différentes ont participé à la Mutuelle Solidaire, 4 n’y viennent plus),

  • Promouvoir la récupération, le recyclage des objets à travers le « Magasin pour rien », pour des publics au-delà du cercle de la Mutuelle Solidaire.

Cette expérience a évidemment des limites mais offre également des perspectives.

Le mode de partage

Il présente une certaine liberté et une équité, mais sans pousser dans les mêmes analyses fines que celles de la CAF par exemple.

Les bénéficiaires sont les personnes qui se trouvent en dessous du seuil de pauvreté (défini à 60% du revenu médian)

Plus l’aide devient importante, plus il apparait que des critères fins sont nécessaires, pour rester dans l’équité.

Même si la base du partage est la confiance, il faut admettre que les tempéraments de chacun et le respect de l’amour propre de chacun ne permettent pas d’établir des gradations dans l’aide à apporter : entre 2 personnes qui ont besoin d’une aide, il est difficile de dire que l’une recevra 60 et l’autre 40 ; il est plus facile de donner 50 à chacune, ou de proratiser en fonction de la taille de la famille, ce que nous faisons.

Mais avons-nous le désir de faire des études de budget des familles ? Pour le moment il semble que non.

Les perspectives

Le développement peut sûrement se faire davantage dans l’accueil d’un plus grand nombre de personnes en difficulté, qui pousserait à inviter un plus grand nombre de personnes qui travaillent, et à contribuer plus, compte tenu de l’avantage fiscal qui en découle aussi, pour un certain nombre de participants.

Dans tous les cas, on observe bien le processus décrit par Alain LEROUX dans son livre « Peut-on éliminer la pauvreté en France ? » 2007, à savoir qu’il n’y a pas un droit de tirage vis-à-vis du groupe, mais une demande d’aide en fonction d’un besoin, d’où la capacité de faire au mieux avec ce que l’on a.

Par exemple, une personne qui avait été aidée progressivement (sur plusieurs mois) pour acquérir un appareil auditif a signifié elle-même le moment où elle n’avait plus besoin d’aide, et lorsqu’elle a pu obtenir une aide d’une caisse officielle pour le remboursement de cet appareil, elle s’est engagée à rembourser les sommes reçues de la Mutuelle Solidaire.

Une responsabilité collective se vit là, qui n’a pas cours dans d’autres dispositifs institutionnels car quand on a droit à quelque chose, on le demande et on le garde le plus souvent.

Dans la situation de crise d’aujourd’hui, où le « toujours plus » a montré ses limites, il faut trouver le moyen de faire du « toujours mieux » en partageant plus, et dans la joie !

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