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Les communautés côtières en Inde paient le prix fort du changement climatique

Centre for Education and Documentation

08 / 2010

Mariamman était désemparée quand nous l’avons rencontrée en 2005. Son village de pêcheurs situé à Kanyakumari, le district le plus au sud de l’Inde, se remettait à peine du tsunami. « Un autre tsunami va arriver », disait-elle avec philosophie, « et il entraînera une catastrophe encore plus inimaginable. » Alors que le tsunami est arrivé sans prévenir, Mariamman sonne déjà l’alarme face au spectacle de l’érosion progressive des côtes que les marées hautes attaquent toujours plus à chaque mousson.

De l’autre côté du pays, dans le Kutch, région la plus au Nord de l’Inde sur la côte occidentale, une autre vieille femme vit déjà à 50 km de l’endroit où elle est née, alors que des villages entiers ont été submergés au fil des années. A l’instar des nombreux habitants vivant le long des 8.118 km de côtes indiennes, elles ont accepté stoïquement la situation, comme une nouvelle farce de la nature.

Les histoires se répètent. Jayanta Basu, du Telegraph, racontait en 2009 que le village de Ghoramara, situé à 150 km au sud de Calcutta, avait perdu ces trente dernières années près de 50 % de ses terres villageoises en raison de la montée du niveau de la rivière Hooghly (1). C’est aussi le sort de 700.000 personnes des régions de Malda et Murshidabad, au Bengale, qui ont fui leurs villages submergés par la montée du niveau de la mer. Basu pense que d’ici environ dix ans, le Bengale occidental devrait perdre beaucoup plus de villages, avec leur histoire et leur culture.

Le réchauffement climatique est-il en cause ? Même si ce n’était pas le cas, l’expansion thermale de l’océan et la fonte des calottes glacières, qui sont avérées, signifient certainement que le problème va s’aggraver.

Impacts sur les zones côtières

D’après un rapport de l’Institut sur l’Énergie et les Ressources (The Energy and Resources Institute, TERI) datant de 1996, plus de 5.700 km² de terres risquent d’être inondées le long des zones côtières et environ 7,1 millions de personnes d’être directement affectées, si le niveau des mers augmente d’un mètre, ce qui pourrait être le cas d’ici 2100. Des milliers d’hectares de terres dans la région du Kutch, à Mumbai et au Sud du Kerala seront submergées et l’archipel des Laquedives sera rayé de la carte. Les deltas du Gange au Bengale occidentale, de la Cauvery au Tamil Nadu et de nombreuses autres rivières disparaîtront. Les littoraux de Goa, Puri et Vizag ont déjà reculé très fortement en raison de la montée du niveau des eaux, de l’érosion, du tourisme et d’autres interventions humaines.

Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, l’Inde est l’un des 27 pays qui auront à subir les plus graves conséquences de la montée du niveau de la mer liée à l’expansion thermique des océans due au réchauffement climatique. Selon les estimations de l’Institut International pour l’Environnement et le Développement de 2007, l’Inde a la deuxième population du monde vivant en zones côtières de basse altitude, avec 63 millions de personnes sur une superficie de 82.000 km². Ces zones sont extrêmement vulnérables aux inondations dues à la montée du niveau de la mer.

Écosystèmes en danger le long des ceintures côtières

La montée du niveau de la mer ne joue pas seulement sur les inondations ou le recul du littoral déplaçant des millions de personnes dans les zones côtières et les petites îles. Elle affectera aussi les cultures côtières, la productivité et la diversité biologiques. La circulation des océans, le mélange vertical des eaux et les courants sont aussi en train de changer. Avec le réchauffement des zones plus froides, des changements géographiques de la biodiversité auront lieu. Les changements dans l’activité du plancton dû à l’augmentation de la température affecteront la capacité des océans à absorber ou stocker le carbone qui pourrait retourner dans le système et accélérer le changement climatique.

La ceinture côtière de l’Inde abrite parmi les écosystèmes les plus riches et divers du monde, dont des forêts de mangrove et des récifs coralliens.

Les récifs coralliens sont situés dans le Golfe du Kutch, le Golfe de Mannar, les îles Laquedives, Andaman et Nicobar. Ils meurent lentement en raison de l’augmentation des températures de la mer et de niveaux plus élevés de CO2 dissous. D’après le magazine Down To Earth, 80 à 100% de la mort des récifs de coraux sont dus au blanchiment, qui est l’expulsion par le corail des algues vivant en symbiose avec lui et lui apportant les nutriments. Cela provoque leur décoloration puis leur mort. En 1998, l’une des années les plus chaudes en Inde, un blanchiment massif de 90% des récifs coralliens a été observé dans l’ouest de l’Océan indien, en raison de facteurs climatiques. Les biologistes marins ont observé que les récifs coralliens ne sont pas capables de s’en remettre avant une longue période.

Les zones humides couvrent près de 6% des terres de la planète et dépendent très fortement des sources d’eau. Le changement climatique entraînera la baisse des précipitations dans les zones humides qui diminueront. Cela induira la décomposition de matières organiques qui libérera du carbone dans l’atmosphère. En Inde, nous avons 29 zones humides reconnues par la déclaration Ramsar. Parmi elles, les Sunderbans du Bengale occidental et le lac Chilka en Orissa qui seront fortement touchés par le changement climatique (2).

La zone humide des Sunderbans est l’écosystème de mangroves continu le plus grand du monde. S’étendant sur 9.630 km² elles font l’objet d’une hausse du niveau de la mer de 3,14 mm par an, submergeant ses îles et les forêts de mangrove. Les images satellites ont révélé qu’une élévation d’un mètre devrait inonder 1.000 km² de cette région. Ces vingt dernières années, quatre îles ont été submergées et plus de 6.000 familles ont déjà perdu leur habitation.

La mangrove couvre en Inde 6.700 km² le long de nombreux estuaires, deltas, criques et marais salants. Ces mangroves jouent le rôle de barrières naturelles protégeant les habitations côtières des cyclones et des raz-de-marée qui sont en augmentation. Une part importante des dégâts causés par le tsunami en décembre 2004 a été limitée dans les régions de Pichavaram et Muthupet au Tamil Nadu grâce à la présence d’une mangrove dense.

Cyclones et autres événement climatiques extrêmes

Le réchauffement climatique entraînera une augmentation des températures de surface des océans, ce qui aura un impact sur la fréquence, l’intensité et le trajet des cyclones touchant les zones côtières. Des études suggèrent qu’une augmentation de 2 à 4°C entraîne une augmentation de l’intensité des cyclones frappant les zones côtières de 10 à 20%.

Pêche marine et communautés côtières

Il existe 2.100 villages de pêcheurs le long des côtes indiennes. V.V. Singh, chercheur à l’Institut central de recherche sur la pêche marine, affirme que 450 de ces villages sont vulnérables à la montée des eaux. Ils se situent principalement au Kerala, au Tamil Nadu et au Maharashtra. La population de ces villages situés à 100 mètres du littoral est très élevée, avec notamment plus de 500.000 personnes au Kerala et 200.000 au Tamil Nadu. L’étendue de la menace sur les moyens d’existence traditionnels en est d’autant plus importante.

V.V. Singh s’exprimait à un atelier sur la vulnérabilité des côtes à Mumbai et Thane liée au changement climatique. Il soulignait un point positif pour les pêcheurs. Grâce au réchauffement, la ligne des 28 degrés s’est déplacée vers le Nord. En conséquence, deux variétés de poisson consommées par les basses classes moyennes, la sardine à l’huile (connue localement sous le nom de tarli) et le maquereau, sont désormais présents le long de ces côtes.

Le CED a visité le village de pêcheurs de Nai un peu plus au nord de Mumbai. Les pêcheurs auxquels nous avons parlé étaient certes inquiets des changements climatiques mais leur principal problème était la pollution de la mer par les puits de pétrole offshore au large de Mumbai. Ils souffrent aussi du fait que les bonnes zones de pêche situées au niveau des champs pétrolifères de Bombay sont maintenant inaccessibles pour des raisons de sécurité.

Les personnes les plus informées faisaient le lien entre la cause du réchauffement climatique, à savoir les besoins énergétiques croissants et donc la confiscation croissante de zones de pêche offshore, et leur moindre accès aux moyens de subsistance. Leur situation est similaire à celle des populations tribales du lointain Orissa dont les forêts sont sacrifiées pour les mines de bauxite.

La tragédie est que les pêcheurs qui contribuent le moins au changement climatique seront les plus touchés. Il s’agit notamment des pêcheurs qui vivent près du rivage et travaillent avec des barques qu’ils ramènent sur la plage. Ces barques sont appelées bateaux motorisés, par opposition aux bateaux mécaniques ou chalutiers qui émettent beaucoup plus de CO2 par quantité de poisson pêché.

V.V. Singh souligne que les chalutiers sont les plus grands contributeurs aux émissions de CO2. Il note cependant que les pêcheurs se sont montrés réceptifs au fait que la conversion à des moteurs plus efficaces, l’utilisation d’un meilleur carburant peuvent réduire les émissions de CO2 ainsi que leurs coûts de carburant qui sont en augmentation.

Conclusion

Environ 60 millions de personnes vivent dans les zones de faible altitude, c’est-à-dire à moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer. La moitié de cette population, soit 31 millions de personnes, vit dans des zones urbaines. Une augmentation du niveau des océans d’un mètre inonderait 6.000 km² en Inde. Mumbai, Kolkata et Chennai seraient les principales villes touchées. Cela impliquerait des pertes de milliards de dollars en terme d’infrastructures, de biens physiques et sociaux, et de capital. 125 millions de personnes devraient migrer le siècle prochain dont 75 millions en provenance du Bangladesh. La population de ce pays migrera probablement vers l’Inde, en plus des 50 à 60 millions d’Indiens qui seront déplacés en raison de la montée des eaux et de la raréfication des sources d’eau due au changement climatique dans les régions côtières densément peuplées.

Cet écosystème distinct, avec une menace spécifique, comprenant 3 à 6 régions métropolitaines, ne figure pourtant pas dans le Plan national d’action sur le changement climatique du gouvernement. Et malheureusement, la société civile ne peut pas faire grand-chose par elle-même face à l’étendue et l’échelle du problème.

(1) Jayanta BASU, ‘The Vanishing Village’, in The Telegraph, 22 February 2009

Mots-clés

changement climatique, pêcheur, eau, impact sur l'environnement


, Inde

dossier

L’Inde et le changement climatique

Notes

Lire l’article original en anglais: Coastal communities in India bear the brunt of climate change

Traduction : Valérie FERNANDO

A lire :

« Migration & displacement due to sea-level rise », India Water Portal

Source

Texte original

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