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La recherche et la science indiennes sur le changement climatique

Centre for Education and Documentation

08 / 2010

« Oui, nous assistons au changement climatique ! Nous n’en connaissons pas la raison, mais les scientifiques comprendront certainement le problème et le gouvernement trouvera une solution. » Ce vœu exprimé par Peadeep Tapke, Président de la Coopérative des Pêcheurs d’un village de pêcheurs de Mumbai, résume l’attente du quidam indien par rapport à la recherche et face à la crise du changement climatique. (1)

La recherche en Inde

En Inde, fortes de nouveaux soutiens financiers, plusieurs universités et institutions indiennes ont créé des centres de recherche sur le changement climatique. Le premier Institut sur le Changement Climatique a vu le jour à l’Institut Indien de Météorologie de Pune. L’Institut Indien des Sciences de Bangalore a lui ouvert le Centre Divecha sur le Changement Climatique. Son objectif est de quantifier le changement climatique et son impact sur l’environnement et d’identifier les technologies qui permettent de les limiter. Par ailleurs, 36 institutions prennent part aux NATCOM, rapports de communication nationale de l’Inde à la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique.

Pourtant, les études de terrain sur le changement climatique en Inde sont pratiquement inexistantes. Le Professeur N.H. Ravindranath, du Centre pour les Technologies Durables, Institut Indien des Sciences, l’un des principaux auteurs du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat), affirme que la recherche sur le changement climatique et son impact en Inde en est encore à ses débuts et que les modèles de projection scientifique sont « faibles, et c’est peu de le dire ».

Subodh K. Sharma, conseiller du Ministère de l’Environnement et des Forêts, dans sa présentation « Approche des études sur la vulnérabilité et l’adaptation dans le processus de communication nationale », affirme que :

  • les connaissances actuelles sur le changement climatique sont fragmentaires ;

  • les prévisions de l’impact du changement climatique ont un fort degré d’incertitude ;

  • ces incertitudes proviennent du manque de compréhension de processus critiques du système climatique ;

  • il existe des stress multiples, climatiques et non climatiques ;

  • il existe des non-linéarités et des variations régionales.

Entretemps, une mission nationale sur les connaissances stratégiques relatives au changement climatique a été lancée. Elle vise à identifier les défis et les réponses au changement climatique offertes par la recherche et la technologie et à assurer les financements d’une recherche de haute qualité et ciblée dans les différents aspects du changement climatique. La mission contient un programme pour des activités nationales mais Rahul Goswami  (2) note que ce projet n’aborde pas la question de la communication. Or la réduction des risques doit être enseignée dans les écoles et les communautés. De plus des campagnes d’information publiques et l’éducation au climat doivent être menées à travers des actions spécifiques que les individus et les communautés peuvent entreprendre. Il faut aussi lier la recherche aux communautés d’un côté, et à la politique publique de l’autre.

Lors d’un atelier pilote organisé à Mumbai entre ONG, institutions scientifiques et pêcheurs, les représentants des pêcheurs et les ONG ont entendu les scientifiques du département de météorologie ainsi que les institutions de recherche sur la pêche. Ils ont pris conscience que ces derniers avaient des informations sur de nombreux sujets qui pourraient leur être utiles. Inversement, les scientifiques ont senti le besoin d’adapter leur recherche aux besoins des pêcheurs. Il y avait donc un problème de communication.

La recherche dans le secteur non-gouvernemental

Compte tenu de la lenteur des institutions scientifiques gouvernementales, de nombreuses ONG ont été contraintes d’entreprendre des recherches scientifiques. Le CSE et TERI en sont deux exemples remarquables.

Le Centre pour la Science et l’Environnement (Centre for Science and Environment, CSE), basé à Delhi, est une organisation de recherche d’intérêt public diffusant de l’information sur la science et l’environnement. La recherche au CSE consiste en une compréhension approfondie des sujets, du point de vue « micro » des pauvres et des marginalisés, qui est traduite en leçons de politique publique. En 1996, le CSE a publié l’ouvrage Slow murder: The deadly story of vehicular pollution in India (« Meurtre à petit feu : l’histoire mortelle de la pollution automobile en Inde »), dans le cadre de la campagne sur le droit à un air pur, visant à améliorer la qualité de l’air à Delhi. La campagne a amené le gouvernement à introduire l’utilisation de carburants plus propres comme le gaz naturel compressé pour les transports publics. Le CSE a publié le rapport sur l’état des négociations environnementales globales (NEG), qui dévoilait les sujets et politiques impliqués dans ces négociations. Les deux rapports NEG, Green Politics et Poles Apart, publiés en 1999 et 2001, sont aujourd’hui des références. Le CSE a également lancé une campagne pour mettre en place un cadre équitable pour un système de gouvernance environnementale global pour les négociations climatiques. En 1991, il a soulevé la question de l’équité dans la gestion du changement climatique avec sa publication Global Warming in an Unequal World (« Le réchauffement climatique dans un monde inégal »).

L’Institut de Recherche sur l’Energie (The Energy Research Institute, TERI) se concentre lui sur la sensibilisation et le renforcement des capacités pour différents acteurs. TERI a cherché à amener les perspectives des pays en développement sur la scène internationale. R.K. Pachauri, Directeur du GIEC depuis 2001, en est issu. L’institut a lancé une bibliothèque spécialisée sur le changement climatique qui travaille comme plateforme d’information pour collecter et diffuser l’information relative au changement climatique et à la sécurité énergétique. Ces deux dernières années, TERI a organisé une exposition internationale sur le changement climatique, qui se tient en marge de l’événement annuel majeur de TERI, le Sommet du Développement Durable de Delhi. Cette exposition offre une plateforme pour exposer les techniques avancées d’adaptation et de limitation du changement climatique.

Objets de la recherche

Alors que le GIEC et d’autres grandes institutions ont joué un rôle majeur dans la science sur le changement climatique et ses effets à long terme, la vulnérabilité des communautés qui font quotidiennement face à ce défi a été peu étudiée. Lareef Zubair  (3), qui a travaillé sur le Sri Lanka, affirme que les communautés locales ont un besoin urgent d’informations pour faire face aux variabilités climatiques de court terme. La science et les technologies climatiques doivent être développées localement, avec le soutien des instituts de recherche, les infrastructures scientifiques de base et de jeunes scientifiques. D’après Zubair, l’étude des variabilités locales de court terme offrira aussi un champ de recherche utile pour l’adaptation et les choix de politique publique à plus long terme.

Les pauvres et les communautés marginalisées sont les plus vulnérables au changement climatique, elles ont besoin de soutien pour s’adapter aux changements qu’elles vivent car elles dépendent fortement de l’écosystème et des ressources naturelles immédiatement disponibles. Les communautés vulnérables doivent être renforcées pour lutter contre la variabilité et le changement climatiques. Des efforts concrets doivent être entrepris pour soutenir et renforcer les compétences scientifiques et technologiques locales. Le relevé de la météo, les systèmes d’alerte, l’évaluation de la vulnérabilité doivent être orientés vers les besoins des populations marginalisées.

Il est également important de noter que les impacts bio-physiques ne peuvent pas être indépendants des structures socio-économiques. La priorité doit être donnée à une approche par le bas, au niveau des communautés et des foyers, et aux études inter-disciplinaires entre la science et le développement. Car, comme le souligne Murari Lal, l’un des auteurs de longue date du GIEC, « aucune étude n’a été faite en Inde pour mesurer l’impact précis du réchauffement climatique ».

Lawrence Surendra, un universitaire et militant, soulignait, lors d’une réunion du Forum d’Action Social National Indien (INSAF), réseau de groupes militants, qu’aujourd’hui, la plupart des scientifiques sont payés par les entreprises et les domaines de recherche scientifique s’alignent sur les préoccupations du milieu des affaires. On attend des scientifiques qu’ils délivrent la technologie de l’ordre post-changement climatique. Les grands prêtres qui commandent ces technologies, que ce soit les États-nations souverains ou les entrepreneurs, savent qu’ils peuvent même gagner de l’argent, chercher des privilèges via les brevets et des complaisances via le Mécanisme de Développement Propre. Ils cherchent le secret de cette potion magique aux dépens des « fidèles » qui n’ont pourtant rien à voir avec l’origine du problème, et en discréditant les solutions que ces derniers peuvent avoir, les qualifiant de paganistes, irréalisables et arriérées.

Le monde des affaires monétarise la situation. Il demande à la science de mesurer et contrôler le problème dans ses composantes telles que les émissions de gaz à effet de serre afin que le marché puisse acheter des droits d’émissions, quand cela fait sens économiquement, tandis que ceux qui vendent leurs privilèges cherchent à toujours percevoir un Euro supplémentaire du système.

D’un autre côté, la solution réelle au problème du changement climatique semble reposer dans la recherche d’alternatives au système actuel basé sur une forte consommation énergétique.

Ce système tend à être centralisé et possédé par une minorité de personnes. Il repose aussi sur le fait que cette l’énergie a été concentrée par la nature pendant des millénaires. A l’inverse, les systèmes à basse densité énergétiques (solaire, éolien, hydraulique ou combustible renouvelable) doivent avoir une large base, être accessibles à un éventail plus large de personnes. La science et la technologie n’ont manifestement pas trouvé le temps ou la volonté et encore moins les financements pour adapter ces sources à une échelle plus large, décentralisée. Elles ont au contraire été délégitimées.

Le point de vue des ONG

Le groupe d’action environnemental de Gorakhpur (GEAG), une ONG basée en Uttar Pradesh, souligne l’importance des besoins en termes de recherche dans les domaines suivants :

  • liens entre la vulnérabilité au changement climatique dans différentes zones agro-économiques et les facteurs environnementaux, socio-économiques et politiques ;

  • évolution des formes de pauvreté en raison des variations climatiques extrêmes ;

  • cartographie des vulnérabilités présentes et futures ;

  • identification des secteurs et villes prioritaires ;

  • mécanismes de financement du risque ;

  • technologies indigènes de récolte de l’eau, de gestion des cultures et d’autres pratiques qui améliorent l’adaptation ;

  • impacts locaux et spécifiques du changement climatique sur le secteur industriel et vice-versa ;

  • technologies de bas coût favorisant l’emploi tout en limitant le réchauffement et améliorant l’adaptation au changement climatique.

En termes de technologie, la société civile appelle à des efforts pour des alternatives durables et décentralisées, la plupart ayant fait leurs preuves sur le terrain. Les organisations de la société civile ont beaucoup à apporter en termes de savoirs et d’expertise, ce qui devrait être valorisé par la communauté scientifique. Ces domaines comprennent :

  • la récolte de l’eau, la gestion des bassins versants ;

  • la gestion des récoltes, leur diversification, la gestion sans pesticides, le système d’intensification du riz, etc. ;

  • les semences locales plus appropriées, la fertilisation des sols et la gestion des nuisibles (Cf. le Centre for Sustainable Agriculture à Timbaktu en Andhra Pradesh)

  • la gestion communautaire ;

  • les Systèmes d’Energie décentralisée (Cf. INECC) ;

  • la gestion populaire de l’électricité (Cf. Prayas) ;

  • le recyclage des déchets et la gestion de l’eau (Cf. Stree Mukti Sanghatna et Parisar Bhagini Vikas Sangha).

Conclusion

La recherche a fortement contribué à la compréhension du changement climatique au niveau global et national. Mais il est impératif de développer des cadres d’adaptation au niveau local. Le changement climatique fait partie du défi plus large du développement durable. L’objectif premier de la recherche sur le changement climatique devrait être d’assurer les vies et moyens de subsistance des communautés pauvres et marginalisées en comprenant d’un point de vue local leur vulnérabilité, leurs forces et capacités d’adaptation. Il faut apprendre du savoir propre des populations, diffuser leur propre information et les impliquer dans le processus de lutte contre le changement climatique en intégrant leurs connaissances et expériences à la recherche plus académique.

(1) Entretien avec le CED, 28 mars 2009
(2) Rahul Goswami, « Blind spots in India’s new National Action Plan on Climate Change », in InfoChange, September 2008
(3) Lareef ZUBAIR, “Empowering the vulnerable”, in Tiempo Climate News Watch

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