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La lutte des Hmars pour l’autonomie au Mizoram

Lalremlien NEITHAM

07 / 2011

Introduction

Les Hmars sont un peuple indigène et tribal du nord-est de l’Inde. Avec l’arrivée des missionnaires chrétiens dans cette région de l’Inde vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les Hmars découvrent l’instruction primaire moderne, ce qui éveille leur conscientisation socio-économique, culturelle et politique. En 1951, la Constitution indienne leur accorde le statut officiel de tribu, dont le terme administratif est tribu répertoriée (1). Cependant, la région dans laquelle ils vivent n’est pas encore reconnue par la Constitution, et plus particulièrement par la sixième annexe qui contient la liste officielle des régions tribales. Leur pouvoir d’autogestion et leurs droits fonciers sont donc limités.

Selon le recensement de l’Inde de 2001, 83.400 personnes parlent le hmar, mais nombreux sont ceux qui ne le parlent pas. Il est difficile de recenser la population hmar en raison de sa dispersion géographique et de son implantation dans différents États du nord-est de l’Inde (incluant le Mizoram, le Manipur, l’Assam, le Meghalaya et le Tripura, la majorité de la population se concentrant le long des frontières de ces États), de la classification des nombreux clans hmars comme tribus individuelles et des incertitudes des opérations de recensement. On évalue grossièrement la population totale hmar à 200.000 à 300.000 personnes.

On considère généralement le peuple hmar comme faisant partie du groupe ethnique mizo, plus considérable. Les Hmars ont été le premier peuple à s’établir dans ce qui s’appelle aujourd’hui l’État du Mizoram (« la terre du peuple mizo »), comme on le constate par le nom des nombreux villages et rivières de la région Champhai, frontalière du Myanmar. Avec l’arrivée d’autres groupes mizos, les Hmars se sont dispersés ailleurs dans la région. Selon le recensement de 2001, la population totale hmar au Mizoram est de 18.155 habitants, mais ce chiffre pourrait ne pas tenir compte des personnes qui ne parlent pas le hmar.

Le présent article s’intéresse en détail au mouvement pour la création de l’État séparé du Mizoram et à la lutte des Hmars au sein de cet État. Au départ, les Hmars étaient nombreux à soutenir le mouvement pour le Mizoram. Cependant, l’État ayant finalement été créé, les Hmars se sont vus marginalisés. La lutte des Hmars pour conserver leur culture, leur langue et leur autonomie se poursuit à ce jour.

Les mouvements mizos

Vers la fin du régime britannique en Inde, un mouvement local s’organise dans les Lushai Hills (aujourd’hui le Mizoram, mais à l’époque faisant partie de l’Assam) en opposition au système de délimitation des chefferies géré par l’administration britannique. Ceci conduit à la mise en place de la Mizo Commoners Union en 1946, plus tard renommée Mizo Union (MU). L’année suivante, l’Inde acquiert son indépendance. Peu de temps après sa formation en 1952, le Lushai Hills Autonomous District Council of Assam, organisme doté d’un grand pouvoir, abolit le système de délimitation des chefferies. En 1954, il est renommé le Mizo Hills District (MHD) Council. Le MU réclame également l’unification de toutes les régions habitées par des Mizo en une seule région administrative. Le MU établit ainsi de nombreuses entités administratives à l’extérieur de sa juridiction. Cependant, la demande d’intégration est rejetée.

En 1959, un autre mouvement politique à l’intérieur du MHD s’intensifie. Le Mizo National Famine Front (MNFF), ultérieurement connu sous le nom de Mizo National Front (MNF), s’insurge contre l’indifférence du gouvernement de l’Assam dans sa gestion d’une grave famine dans la région. L’objectif principal du MNF se transforme en deamnde d’autodétermination avec la volonté de former un « Zoram indépendant » dont feraient partie toutes les régions peuplées de Mizos. En 1966, le mouvement atteint son apogée au cours d’une rébellion suivie d’années d’activités clandestines. Le 30 juin 1986, à la suite d’une série de négociations, le MNF signe avec le gouvernement indien l’Accord du Mizoram (Mizoram Accord). Puis, le 20 février 1987, le Mizoram obtient son statut d’État dans le cadre de la Constitution de l’Inde, mais il n’inclut toutefois pas les régions peuplées de Mizos situées à l’extérieur du MHD.

Mouvements politiques hmars dans le Mizoram

Les Hmars qui vivent à l’extérieur du MHD participent activement aux mouvements d’intégration de la MU et du MNF. Mais, à regret, ni l’un ni l’autre de ces mouvements ne prennent en compte leurs désirs et leurs espoirs. Durant les années 50, de nombreuses organisations politiques hmars sont fondées, comme par exemple le Hmar National Congress (HNC). En 1958, des membres du HNC et de la MU (Manipur) se regroupent pour former la Hmar National Union (HNU) qui demande l’intégration en une seule région administrative de toutes les régions du Manipur et de l’Assam habitées par des Hmars (y compris les monts Lushai).

Le peuple hmar soutient le mouvement HNU dans ce qui deviendra le Mizoram, et plusieurs unités y sont créées. Plus tard, la rancœur au sein du peuple hmar du Mizoram s’intensifie à cause non seulement de la non intégration de régions peuplées de Hmars dans le nouvel État, mais aussi en raison de l’attitude discriminatoire et négligente du gouvernement du Mizoram envers les régions hmars situées à l’intérieur de l’État. Les Hmars qui vivent dans les régions au nord du Mizoram n’ont pratiquement pas accès aux services de première nécessité tels que les soins de santé, les services de communication et de transport. Selon les militants hmars, le gouvernement du Mizoram poursuit une politique chauviniste et d’assimilation forcée. La reconnaissance des droits des Hmars est considérée comme une tentative de déstabilisation de l’unité mizo et du processus de construction d’une ethnicité mizo distincte.

En juillet 1986, immédiatement après la signature de l’accord du Mizoram, certains dirigeants hmars du Mizoram forment la Mizoram Hmar Association (MHA), plus tard renommée la Hmar People Convention (convention populaire hmar, HPC). La HPC dirige un mouvement politique pour l’auto-gouvernance des Hmars, en accord avec les principes des conseils de district autonomes (Autonomous District Councils, ADC) des communautés Lai, Mara et Chakma du Mizoram. Aux élections de l’Assemblée d’État de 1986, la HPC présente des candidats dans les circonscriptions dominées par les Hmars. Aucun n’est élu mais l’objectif principal de ces candidatures était surtout d’éveiller le sentiment régionaliste dans les régions à dominante Hmar situées dans le nord du Mizoram.

En 1987-88, la HPC envoie des lettres d’intention au Gouverneur et au Ministre en chef du Mizoram et au Premier Ministre de l’Inde, pour demander la création d’un ADC hmar au Mizoram. En feraient partie, les régions à forte concentration hmar du nord et du nord-ouest dans le but de protéger les droits et privilèges des minorités, comme le prévoit la Constitution indienne. Ces lettres d’intention soulignent d’une part les déséquilibres dans la planification et la mise en place des projets de développement dans la région, et d’autre part la discrimination exercée et les menaces proférées contre l’identité, la culture, les traditions et la langue du peuple Hmar. La HPC soutient également qu’un nouveau conseil de district autonome pour les Hmars ouvrirait la voie à une administration et à un développement économique meilleurs et plus efficaces.

Violence étatique, militantisme hmar et incertitudes

Le 28 mars 1989, la HPC organise un bandh (grève générale) de 24 heures pour rappeler aux gouvernements central et de l’État l’indifférence dont elle est victime. Les partisans bloquent le passage des véhicules à Sailutar, à 133 km de la capitale Aizawl. Pour contrer ce bandh, le gouvernement du Mizoram ouvre le feu et déploie la police armée du Mizoram (Mizoram Armed Police, MAP) qui arrête les militants chez eux et les attaquent à coups de crosses, de matraques et de machettes. Le 16 avril 1989, la HPC déclenche un bandh de 24 heures au cours duquel des militants plus nombreux lancent des bombes, brûlent des bureaux et des ponts et volent des fusils. Le gouvernement mizo déploie de nouveau la MAP pour réprimer le mouvement en agressant les partisans de la grève encore plus brutalement, usant de la torture et arrêtant même les non-militants. Plusieurs d’entre eux sont gravement blessés. La MAP lance également une chasse à l’homme qui force les bénévoles de la HPC à fuir dans la jungle par crainte des violences et tortures policières.

Les atrocités commises à l’encontre des partisans de la HPC ont amené ses dirigeants à revoir leur approche qui jusque là s’était voulue démocratique et, mis à part quelques incidents isolés, non-violente. Ils décident de répondre à l’offensive de la MAP en constituant une branche armée, la Hmar Volunteer Cell (HVC). La première confrontation armée entre la HVC et la MAP a lieu le 16 mai 1989 à Moniarkhal, dans le district Cachar de l’Assam, où deux militants de la HVC et un inspecteur de bas échelon trouvent la mort. La confrontation armée se poursuit jusqu’en 1992 lorsque des représentants de la HPC et du gouvernement du Mizoram s’accordent pour entamer des discussions au niveau ministériel. Après une longue série d’entretiens, le 27 juillet 1994, les parties signent un accord (Memorandum of Settlement, MoS) à Aizawl. En octobre 1994, des militants armés de la HPC se rendent et déposent les armes.

Le MoS est signé dans le but d’octroyer une autonomie au Conseil de Développement des Montagnes Sinlung (Sinlung Hills Development Council, SHDC) pour le développement social, économique, culturel et éducatif de la population placée sous sa juridiction, mais aucune autonomie politique ne lui est accordée. Après la signature du MoS, de nombreuses réunions sont tenues entre les représentants de la HPC et du gouvernement du Mizoram pour discuter de sa mise en oeuvre. Il est entendu que le SHDC sera composé des zones où la population est majoritairement hmar. La HPC s’oppose à l’aire proposée par le gouvernement du Mizoram et nomme une commission pour recenser la population dans la région qu’elle réclame la HPC. Le 1er août 1996, la Commission remet son rapport et le SHDC est officiellement formé le 27 août 1997. Cependant, on s’abstient de définir les limites géographiques du SHDC, tout comme on élude la question du hmar comme future langue d’enseignement dans les régions du SHDC. Entre temps, l’État adopte une politique de « diviser pour régner » en exploitant les désaccords internes au sein du leadership de la HPC et en s’ingérant dans le processus électoral du Conseil. Avec un financement limité et sans pouvoirs conférés par la loi, le Conseil perd pratiquement toute sa raison d’être.

Renouveau du militantisme et reprise des négociations

En 1994, au moment de signer le MoS, certains dirigeants et militants de la HPC rejettent la proposition, la qualifiant d’erreur, se désolidarisent de la HPC et forment la HPC (Démocratique) qui poursuit encore aujourd’hui son mouvement armé pour l’autonomie à l’intérieur du Mizoram. Début 2007, le gouvernement du Mizoram entame une série d’étapes pour amener la HPC(D) à la table des négociations. Le ministre en chef (CM) Zoramthanga nomme Chaltonlien Amo, un homme politique hmar du Manipur, comme médiateur des discussions sur la paix avec la HPC(D). Cette dernière répond en exigeant des négociations tripartites entre le gouvernement central, le gouvernement du Mizoram et la HPC(D).

En novembre 2009, la HPC(D) remet une lettre d’intention au Ministre de l’Intérieur indien appelant son gouvernement à entamer sur-le-champ des discussions tripartites pour répondre enfin aux aspirations politiques de longue date des Hmars du Mizoram. Le HPC(D) revendique également la création d’un Conseil territorial Hmar (Hmar Territorial Council, HTC) dans l’État du Mizoram et dans le cadre de la Constitution indienne. Il affirme également qu’il ne souhaite pas compromettre l’intégrité territoriale de l’État du Mizoram ni s’en séparer.

En février 2010, à l’initiative du SHDC, une rencontre des conseils de villages (Village Councils) a lieu à l’intérieur de la zone SHDC. Pendant les délibérations, un comité pour la paix est formé pour arbitrer les négociations entre le gouvernement du Mizoram et la HPC(D). Les représentants des comités rencontrent le Ministre en chef du Mizoram et l’appelle à entamer des pourparlers de paix avec la HPC(D). En octobre 2010, la HPC(D) s’adresse au gouvernement du Mizoram qui accepte une négociation. Le 11 novembre 2010, à la suite d’échanges entre les représentants du gouvernement du Mizoram et la HPC(D), ces derniers signent, à Aizawl, un accord de suspension des opérations d’une durée initiale de six mois.

On s’entend sur les principes de base pour s’assurer d’un accord efficace dans le but commun de trouver une solution politique pacifique au Mizoram. On s’accorde pour mettre sur pied un groupe de contrôle commun, dont le nombre de représentants sera le même pour la HPC(D) et le gouvernement du Mizoram, et qui sera chargé d’appliquer ces principes de base. De surcroit, on consent à donner au HPC(D) la liberté de nommer une personne qui fait l’unanimité pour faciliter le dialogue avec le gouvernement.

Cependant, les discussions politiques entre le gouvernement du Mizoram et les Hmars se retrouvent rapidement dans une impasse. Le dialogue de paix ne peut s’amorcer en janvier tel que convenu en raison d’une série de divergences d’opinions qui émergent au moment où le gouvernement du Mizoram met en question l’inclusion des citoyens n’habitant pas au Mizoram parmi les représentants de la HPC(D). L’accord de suspension des opérations prend fin en mai 2011 et n’est pas renouvelé. Dans ces conditions et en l’absence d’intérêt proactif du gouvernement du Mizoram pour sa prolongation et pour la reprise des pourparlers de paix, la HPC(D) déclare que cet accord est révolu.

Conclusion

L’objectif du mouvement politique hmar du nord-est de l’Inde n’a jamais été de partager le Mizoram ni de séparer les Hmars de l’identité nationale ethnique du Mizoram. Au contraire, son objectif est de renforcer la nation Mizo dans sa totalité, en préservant et développant ses cultures et ses traditions distinctes, ses coutumes, ses dialectes et ses langues, et en protégeant ses intérêts ethniques, ses identités, ses terres et ses ressources naturelles. Afin de mettre un terme au militantisme prolongé au Mizoram et de répondre aux aspirations politiques des Hmars longtemps restées en suspens et toujours non satisfaites, il est urgent de recevoir les demandes légitimes du peuple hmar au Mizoram en mettant en place une entité administrative autonome dans le cadre de la Constitution indienne. En définitive, une telle organisation administrative assurerait la protection des identités et des cultures, de la terre et des ressources naturelles du Mizoram.

1Scheduled Tribe ou ST

Mots-clés

peuple autochtone, mouvement politique, droits des minorités, droits des peuples


, Inde

dossier

Les luttes populaires en Inde

Notes

Lire l’article original en anglais : Hmar Struggles for Autonomy in Mizoram, India

Traduction : Odile Leclerc

Pour aller plus loin :

  • Dr. Paul B. Chonzik, « Hmar Autonomy Movements in Mizoram », in Hmarram, June 19, 2010.

  • Dr. Lal Dena, « Unresolved Issues of the Hmars », Indigenous World 1999-2000, Copenhagen, Denmark, pp. 303-305.

  • Lalthakima, Insurgency in Mizoram a study of its origin growth and dimension, PhD Thesis, Mizoram: Department of Political Science, School of Social Sciences, and Mizoram University, 2008.

  • P.C. Dutta, B.C. Pradhan, « Issues and Problems of Ethnicity in Assam », in Ethnic Issues, Secularism, and Conflict Resolution in North East Asia (Ed), Bimal J. Deb, Indian Council of Social Science Research - North-Eastern Regional Centre, Shillong, 2006.

  • Patnaik Jagadish Kumar, « The State and Civil Society in Mizoram: The Post-Accord Syndrome » in Mizoram, Dimensions and Perspectives – Society, Economy, and Polity, (Ed.) Patnaik Jagadish Kumar, 2008.

  • Col Ved Prakash, Encyclopedia of North-East India, New Delhi: Atlantic Publishers and Distributors (P) Ltd, 2007.

  • Dutta Jishnu, « Evolution of Peace Process in the Context of Hmar Struggles » in Peace in India’s North-East – Meaning, Metaphor, and Method, (Ed.) Prasenjit Biswas & C. Joshua Thomas, Indian Council of Social Science Research - North-Eastern Regional Centre, Shillong, 2006.

Source

Texte original

Intercultural Resources - 33-D, 3rd Floor, Vijay Mandal Enclave, DDA SFS FLATS, New Delhi, 110016, INDIA - Inde - icrindia.org

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