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Qui gouverne l’innovation ?

Science et Société : Renouer le dialogue

Claudia NEUBAUER

Pendant trop longtemps, les citoyens ont accepté de troquer leur pouvoir d’orientation de l’innovation contre la perspective d’une élévation du bien-être matériel. Aujourd’hui, ils veulent prendre part à la gouvernance de la recherche. Une réforme profonde du système est nécessaire.

Semences paysannes ou OGM ? Libre accès aux résultats de la recherche ou brevets et secrets industriels ? Partenariat exclusif de la recherche publique avec l’industrie ou ouverture à la société civile ? Reconnaissance des savoirs traditionnels et autochtones ou biopiraterie ? Croissance, compétitivité, productivité comme mots d’ordre ou principe de précaution, justice sociale et environnementale, solidarité ? D’énormes budgets sont consacrés à la recherche dans les biotechnologies, les nanotechnologies, l’aéronautique, le militaire et le nucléaire. A l’inverse, les recherches sur la santé publique et environnementale, sur l’agriculture durable et biologique, sur les énergies renouvelables ou encore sur la toxicologie peinent à trouver des financements. Ainsi, moins de 0,1% du budget de la recherche biomédicale mondiale est consacré à l’étude des maladies infectieuses majeures des pays pauvres que sont la tuberculose, le paludisme résistant à la chloroquine, la leishmaniose viscérale, la filariose lymphatique, la maladie de Chagas et la schistosomiase. Ces constats amènent à s’interroger sur la gouvernance de la recherche et de l’innovation. Qui décide quoi et comment? Au bénéfice de qui ?

L’invasion du quotidien

Les rapports de nos sociétés aux sciences ont profondément changé au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Dans les années 50 et 60, la science pénètre la vie quotidienne et les identités collectives. Les pays industrialisés ouvrent la consommation de masse aux avancées scientifiques et techniques. L’électricité, le téléphone, la télévision (avec la publicité en blouse blanche), les antibiotiques, les appareils ménagers, l’automobile, l’enseignement scientifique dans les écoles, les séries de science fiction à la télévision… investissent le quotidien de chacun. Une frontière s’instaure alors entre la science et la société, signifiant la non-capacité des profanes à comprendre la science et donc leur incapacité à l’influencer ou l’orienter. Le citoyen troquait son pouvoir d’orientation de l’innovation contre la perspective d’une élévation du bien-être matériel. Depuis les années 1980, les crises liées aux sciences et au développement technique se sont succédées. Tchernobyl, sang contaminé, vache folle, OGM, empoisonnement de l’environnement et de l’alimentation, clonage… sont autant de preuves d’un pilotage croissant de la recherche par un marché omniprésent. Ces crises ont convaincu la société civile de la nécessité de prendre en compte d’autres intérêts et risques que ceux définis par les acteurs techno-industriels et surtout de s’intéresser de plus près à la recherche.

Une force d’orientation

Au cours des trois dernières décennies, de nouvelles évolutions ont ainsi émergé qui remettent en questions cette gouvernance triangulaire de la science, entre chercheurs, responsables politiques et industriels. Ces dernières années ont vu un renforcement considérable de la capacité des acteurs de la société civile à contester mais aussi à produire des savoirs et des innovations contribuant au bien-être de nos sociétés. Ces évolutions situent la production de connaissances dans une approche transdisciplinaire, basée sur des problématiques intégrant d’autres cadres procéduraux (conventions de citoyens, jurys de citoyens, co-élaboration des projets de recherche) et d’autres formes de savoirs avec le « tiers-secteur scientifique ». Ces nouveaux savoirs émanent souvent de divers groupes sociaux qu’on peut considérer comme des acteurs à part entière de la recherche, tels les réseaux de paysans, les associations de malades, de consommateurs ou d’usagers, les acteurs en réseau ou encore les groupes d’habitants. Cette force citoyenne est indispensable car les enjeux sont multiples. Il faut rééquilibrer les priorités de recherche et réorienter les politiques d’innovation en faveur de valeurs sociales et environnementales, et promouvoir des innovations ascendantes et non propriétaires. De nouveaux dispositifs doivent être créés afin de favoriser les partenariats de recherche entre laboratoires publics et acteurs sociétaux à but non lucratif (1), et une représentation paritaire des acteurs associatifs dans les instances de pilotage de la recherche. Enfin, une réforme globale du dispositif d’expertise doit être impulsée à travers notamment la création d’une Haute Autorité de la déontologie, par souci de transparence et de qualité de l’expertise.

(1) Comme les programmes Picri (Partenariats institutions citoyens pour la recherche et l’innovation) en Ile-de-France et Asosc (Appropriation sociale des sciences) en Bretagne.

Mots-clés

initiative citoyenne, responsabilité citoyenne, réseau de citoyens, démocratie, démocratie participative, science et société, science, gouvernance


, France

dossier

Sciences et Démocratie : un mariage de raison ?

Source

Altermondes, Sciences et démocratie : un mariage de raison ?, numéro spécial Juin 2011, 50p.

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