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Des communautés de pêcheurs instaurent des pratiques alternatives de droit au Sénégal

Chantal BUR

04 / 1994

Pour le pêcheur, contrairement au paysan, il n’existe pas de titre foncier, pas de droit d’accès formel à la ressource. Le droit conventionnel n’est guère approprié aux situations que vivent les artisans pêcheurs.

C’est pour suppléer à cette législation défaillante que des communautés de pêcheurs du Sénégal ont créé leurs propres pratiques de droit qui leur assurent un développement plus juste. Ces communautés, spécialisées dans la pêche à la crevette, se sont dotées de règles juridiques qui définissent les conditions d’accès à la ressource et les règles d’exploitation de ce type de pêche.

1. Les techniques de prises nécessitent une pirogue fixe dans le lit du fleuve à laquelle est attachée le filet. Cette pirogue fixe représente un droit formel "non-conventionnel" d’accès à la ressource pour son propriétaire, et celui-ci n’exploite pas toujours l’espace où elle est stationnée.

2. Pour éviter la chute des prix sur le marché, il a fallu limiter le nombre de prises, d’autant plus que les performances du matériel de pêche ont quadruplé les quantités pêchées entre 1972 et 1985. Les communautés ont donc fixé des modalités pour restreindre les captures :

- en limitant le nombre de sorties en mer : une seule sortie par jour (marée diurne ou nocturne)est autorisée ;

- en délimitant des zones de pêche, en fonction des techniques de prises (engins passifs ou actifs)et en interdisant certaines pratiques de pêche suivant les zones ;

- en fixant des normes de commercialisation : il est interdit de vendre sur les plages du poisson qui n’a pas été pêché sur place. Cette mesure évite que des pêcheurs, venus d’ailleurs par voie de terre, puissent vendre au détriment des pêcheurs locaux, mais elle n’empêche pas les ventes de pêcheurs extérieurs venus par voie de mer.

3. D’autre part, les associations de pêcheurs se sont révélées les plus efficaces pour régler les conflits qui surviennent à tout moment entre pêcheurs. Il existait un vieux conflit entre deux communautés parce que l’une d’entre elles utilisait des filets dormants sur la zone de pêche de l’autre. L’autorité des pêches n’avait jamais réussi à réconcilier les deux parties. C’est le CNPS (Collectif national des pêcheurs sénégalais)qui a permis de mettre un terme à cette querelle. Il a invité les deux communautés à une grande cérémonie de réconciliation. Depuis cette date, non seulement les deux communautés arrivent à s’entendre, mais elles ont même constitué un comité de jumelage et certaines recettes de pêche sont mises en commun pour des investissements d’intérêt communautaire.

4. Certaines associations ont également instauré un "impôt", ou du moins un prélèvement sur les recettes, en nature ou financier, qui sert à contribuer au développement des villages côtiers.

Il est tout à fait intéressant de noter que ces réglements, mis en place par la population locale au fur et à mesure de leurs besoins et de leurs intérêts, ont été avalisés a posteriori par les autorités.

Mots-clés

pêche artisanale, pêcheur, pêche, organisation communautaire, droit, relations micro macro, processus d’adaptation


, Sénégal, Casamance

Notes

Extrait de l’article intitulé : Scènes de pêche.

Source

Articles et dossiers

HISTOIRES DE DEVELOPPEMENT, 1992/12 (France), N°20

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