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Les femmes et la pêche

Nicolas SILHE

04 / 1994

Peu d’attention est consacrée au rôle économique des femmes dans le secteur de la pêche. Dans un certain nombre de pays, contrairement aux idées reçues, elles sont actives même dans la partie production du secteur (en eau douce, mais aussi en lagune et en mer). Elles ont surtout une part importante, voire prépondérante, comme en Afrique occidentale par exemple, dans les activités de transformation du produit de la pêche. Au Sierra Leone, par exemple, 85 % de la main-d’oeuvre engagée dans la transformation du poisson est féminine. Ces activités peuvent se prolonger dans la commercialisation et servir de base à des investissements dans l’ensemble de la filière.

Ces données ne sont que très peu prises en compte dans les projets et politiques visant ce secteur. En outre, les statistiques ont tendance à utiliser des concepts mal définis dans le contexte du secteur de la pêche : quelle est la pertinence du "ménage" comme unité économique de base quand hommes et femmes ont des activités économiques et des comptabilités distinctes ? quand l’homme s’absente longuement pour des pêches en mer, en quoi reste-t-il le "chef du ménage" ? Par ailleurs, ces mêmes statistiques omettent souvent les activités de subsistance menées en parallèle, en général par les femmes. Il existe une certain nombre de cas bien documentés où un projet de développement visant l’augmentation de la productivité des hommes a eu pour effet d’évincer les femmes d’activités rémunératrices, laissant les familles dans une situation plus difficile qu’auparavant. Il apparaît indispensable d’intégrer le paramètre du sexe à tous les stades d’un projet ; d’où la nécessité également de former, dans une optique à plus long terme, des spécialistes des questions touchant aux femmes.

Il semble donc intéressant de chercher à tracer un panorama des activités des femmes dans le secteur de la pêche, de décrire les difficultés, les ressources, ainsi que certaines expériences tentées dans ce contexte.

Prenons l’exemple de l’Afrique de l’Ouest. En terme d’emplois, le rapport entre la production et les métiers de post-capture (exercés principalement par les femmes)est de l’ordre de 1 à 4. D’une part les femmes achètent et transforment une très large part des quelques 550 000 tonnes de poisson capturées annuellement par les pêcheurs artisanaux de la région. Elles commercialisent l’essentiel des produits transformés (séchés, salés, fumés). Enfin, elles investissent localement les plus-values dégagées sous des modalités diverses : avances faites aux pêcheurs, mise à disposition de matériel, etc. En échange, elles obtiennent la priorité ou l’exclusivité de la production des pêcheurs.

Par l’ensemble de ces activités, les femmes se situent au coeur d’enjeux importants, notamment la sécurité alimentaire des pays de la région et le développement local durable.

Les difficultés ou contraintes vécues par ces femmes sont d’ordres multiples : accès au crédit, efficacité des techniques, accès à l’information économique et réèglementaire, dans l’optique d’une autonomie professionnelle, etc.

En matière de crédit, quelques voies commencent à être explorées. Au Ghana, l’organisation World Women’s Banking cofinance des programmes de prêts ne touchant pour l’instant que quelques groupements de femmes transformatrices de poisson, et leur apporte simultanément quelques jours de formation et une assistance pour la gestion de leur compte. Au Ghana également, l’association des "Credit Unions" (émanation du mouvement international des "Credit Unions", ACOSCA)regroupe un certain nombre de coopératives de femmes transformatrices et commerçantes de poisson. Les adhérentes épargnent mensuellement une somme dans une certaine fourchette, et au bout de six mois elles peuvent solliciter un prêt à hauteur de trois fois le montant de l’épargne. Ce genre de solution ne touche encore que peu de personnes et ces crédits de faibles montants n’ont qu’un impact limité.

La Coopérative d’épargne et de crédit pour l’artisanat, au Togo, constitue une formule similaire. Avec une durée d’épargne préalable de six mois, ce système s’adapte au rythme des tontines traditionnelles. En outre, les demandes de prêts sont évaluées par un comité composé de fumeuses de poisson, et la mobilité du responsable collecteur assure un suivi régulier des emprunts.

Autres ressources : la formation, l’innovation technique, la formation de groupements, etc. Dans le cadre du Programme régional d’Afrique de l’Ouest pour la valorisation des produits de la pêche artisanale, un système de stages de six mois de formation à la création d’entreprise ainsi que des cycles plus courts de formation de responsables professionnelles sont programmés. Au Sierra Leone, le programme WNW AFCOD a conduit une évaluation des conditions du fumage du poisson. En réponse à certaines difficultés recensées, un nouveau four à fumage a été élaboré, et les femmes formées gratuitement à son utilisation (avec une participation consistant en l’approvisionnement en bois et le nettoyage du four). Les moyens sont actuellement étudiés pour permettre une diffusion plus large de ce nouveau four.

En Ethiopie, où la demande de poisson enregistre d’importantes variations saisonnières, le Projet de développement de la pêche lacustre cherche à développer des emplois à revenus stables pour des femmes, en particulier dans la préparation (éviscération, filetage)du poisson et la fabrication de filets.

Mots-clés

pêche artisanale, pêche, femme, coopérative, crédit, épargne, formation professionnelle, commercialisation


, Afrique de l’Ouest, Ghana, Sierra Leone, Ethiopie, Togo

Commentaire

L’ensemble de ces données démontre, s’il en était encore besoin, le rôle essentiel des femmes dans le secteur de la pêche. Si elles traduisent un début de reconnaissance de l’importance de ce rôle, il apparaît en revanche que les moyens mis en oeuvre restent très faibles.

Source

Articles et dossiers

EC FISHERIES COOPERATION BULLETIN; CE COOPERATION PECHE BULLETIN, 1993/09 (Belgique), N°3

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