
à contributions
Dossiers en cours
2007 / 2008
Gouvernance de l’eau : l’urgence de changer de regard et de pratiques
Atteindre la durabilité par les filières : de la production à la consommation
Les ressources en poissons des mers et des océans ne sont pas inépuisables. Depuis 1989, les prises totales de poissons diminuent. Si aucune mesure n’est prise, elles diminueront de plus en plus. Depuis 1950, le volume total de la pêche a été pratiquement multiplié par cinq. Les flottes de pêche des pays industrialisés exploitaient de nouvelles mers, après avoir épuisé leurs propres stocks, s’intéressaient à de nouvelles espèces et bénéficiaient de moyens matériels de plus en plus performants et sophistiqués (bateaux plus puissants, nouvelles sortes de filets, sonars, hélicoptères, etc...). Mais, même si la pêche était plus abondante, les poissons eux-mêmes étaient de plus en plus petits. En fait, la pêche industrielle est en train de manger son capital d’exploitation. Le tableau est sombre, mais il peut encore se noircir. Les pays riches, en allant pêcher dans les eaux du tiers-monde contribuent à épuiser leurs ressources en poissons. Or, si dans les pays riches, les consommateurs peuvent facilement passer du poisson au steack en cas de rareté ou de pénurie de poisson, dans les pays pauvres, le poisson représente 40 % de l’apport en protéines. De plus, la pêche est une activité économique essentielle pour de nombreux pays du tiers monde. La pêche artisanale emploie vingt fois plus de main d’oeuvre que la pêche industrielle et, de plus, les pêcheurs peuplent souvent des zones où il ne peut y avoir aucune autre activité économique.
La surpêche est un phénomène d’autodestruction. Les pêcheurs peuvent être comparés à une population de "chasseurs-cueilleurs". C’est-à-dire qu’ils pêchent jusqu’au point où ce qu’ils ramènent dans leurs filets ne paie plus le coût de la pêche. Quand on pêche au-delà des conditions de reproduction des ressources, il s’agit d’un gaspillage énorme car il suffirait de modérer les prises pour que les ressources se reproduisent d’elles même. En plus de ce gaspillage économique, la surpêche affecte aussi l’environnement. En modifiant l’équilibre des populations de poissons, on altère tout l’écosystème marin. Il faut noter aussi que la surpêche n’est pas le seul facteur de baisse des ressources en poissons. Le dévelopement économique et la pollution des eaux sont aussi des menaces graves (destruction des estuaires, principales zones de reproduction; destruction des mangroves; aménagement des cours d’eau; rejet de produits toxiques, etc...).
En fait, on ne peut pas blâmer les pêcheurs pour leur comportement car ils continuent à suivre la logique économique qu’ils ont toujours suivie: pêcher tout ce qu’il est possible de pêcher. Pour que des ressources soient gérées dans l’intérêt collectif, il faut qu’une communauté soit liée par des obligations et des intérêts communs. Or, on ne peut pas dire que les flottes de pêche du monde entier soient une communauté avec des intérêts communs (en tous cas à court terme).
Il faut par contre déplorer que les gouvernements, qui exercent leurs pouvoirs sur les eaux territoriales (ce qui représente 90 % des zones de pêche), permettent et même encouragent par leurs politiques le gaspillage des ressources de la mer. En effet, en réponse aux difficultés des pêcheurs industriels, les gouvernements subventionnent leurs flottes de pêche, leur donnent encore plus de moyens pour exploiter les mers et les océans. Au lieu de protéger les ressources rares, les gouvernements subventionnent leur destruction.
La première condition pour garantir une gestion durable de la pêche est que les gouvernements cessent de payer leurs pêcheurs pour qu’ils pillent encore plus les mers. Au contraire, ce sont les pêcheurs qui devraient payer la société pour avoir le privilège de pêcher. Il est rare que les gouvernements prélèvent des taxes sur la pêche, même pour les bateaux étrangers. Les Iles Falkland ont introduit des taxes qui peuvent aller jusqu’à 28 % de la valeur de la pêche. Ceci a permis de quadrupler le PNB du pays et de préserver les réserves de poissons.
Il serait peut-être encore plus judicieux de restreindre les droits de pêche en instaurant des quotas. Mais pour qu’un tel système soit efficace, il faut une volonté politique claire des gouvernements pour faire respecter ces mesures et appliquer des sanctions sévères en cas de non-respect. Inversement, il faut que les pêcheurs aient confiance en ce système, qu’ils le considèrent comme juste et durable.
Comment persuader tous les pêcheurs du monde et tous les gouvernements de l’urgence des mesures à prendre ? Ce n’est pourtant qu’à ce prix qu’on garantira l’avenir de la pêche.
dégradation de l’environnement
Cet article présente le problème de la gestion de la pêche à l’échelle du monde. On comprend que, comme pour tout ce qui touche à la sauvegarde de l’environnement et des ressources de la planète, la stratégie ne peut être que globale. Le problème est d’autant plus crucial pour la pêche que la logique du pêcheur est celle du chasseur, c’est-à-dire qu’il faut attraper ce qu’on peut, quand on peut, avant qu’un autre ne l’attrape. Cette logique économique ne favorise pas la gestion collective d’un bien. Pour mettre en place cette gestion collective dans l’intérêt de la durabilité de la pêche, il faut une détermination et des moyens politiques importants.
Titre de l’article : "The Tragedy of the Ocean"
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THE ECONOMIST in. THE ECONOMIST, 1994/03/19
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