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Pour des accords de pêche plus équitables

Odile ALBERT

04 / 1994

Les accords de pêche, tels qu’ils ont été négociés entre les pays ACP (Afrique, Pacifique et Caraïbes)et les pays du Nord au cours de ces dernières années, n’ont pas pris en considération les impératifs du développement de la pêche des pays du Sud. Le Nord n’a considéré ces accords que sous l’angle commercial, totalement dissociés des problèmes locaux.

Ces accords, certes, ont une importance considérable pour les pays du Nord, ce qui les justifie parfois, sous prétexte que :

- les pays du Sud n’ont pas la technologie nécessaire pour exploiter leurs ressources ;

- les prises par les chalutiers du Nord ne sont pas les mêmes que celles effectuées par la pêche côtière ;

- des mesures sont prises pour faire respecter les termes des accords (quotas et zonages).

Mais la situation de la pêche dans les pays du Sud a bien changé et tous ces arguments ne sont plus valables. D’autres types d’accords devraient être mis en oeuvre. Cependant de nombreuses difficultés demeurent pour que des changements puissent intervenir :

- l’information sur la situation des stocks et les capacités d’exploitation est difficile à se procurer ;

- il est très difficile d’évaluer les impacts réels de tous ces accords ;

- il existe une trop grande inégalité entre les partenaires lors des négociations : seuls les technocrates et les scientifiques impliqués dans le processus de décision possèdent les informations qui leur permettent d’avoir des arguments et des justificatifs.

Les accords de la deuxième génération qui se pratiquent sous forme de "joint venture" cachent également de nombreuses inégalités. Les subsides, les détaxes et les avantages fiscaux accordés à la pêche industrielle par les gouvernements du Sud ne sont-ils pas autant d’avantages octroyés aux pays du Nord ? Il est à noter que ces avantages pourraient se retourner contre les professionnels européens. En effet, ils permettent de fournir les marchés du Nord en poisson de haute qualité, et à bas prix car doublement subventionné.

Il faut que dorénavant les accords tiennent compte des impératifs du développement. C’est pourquoi, les pays ACP devraient changer de stratégie de négociations et ne plus passer des accords isolément. Si les ACP négociaient en bloc, ils obtiendraient les avantages suivants : la possibilité d’augmenter les volumes de compensation ainsi que la mise en place de politiques régionales pour l’aménagement durable de pêcheries.

Les pays ACP doivent amener leurs partenaires à considérer le développement comme partie intégrante des accords.

Les ONG (organisations non gouvernementales)devraient exiger des études sur les impacts et les retombées économiques de telles décisions. Il faudrait créer un Comité consultatif regroupant l’Union européenne, les pays ACP, les ONG et les organisations de pêcheurs ; puis exiger la consultation de ce Comité avant renouvellement des accords.

Pour aider ce Comité à fonctionner, il faudrait que l’information relative à la ressource soit transparente et que le Comité soit reconnu par tous, la Communauté européenne et les ACP.

Mots-clés

pêcheur

développement durable

accord économique

pêche

organisation socioprofessionnelle

accord international

politique de développement


Pays ACP

Source

Articles et dossiers

SALL, Aliou in. GAAL GUI, 1994/01 (SENEGAL), N°2

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