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Un atelier d’autoéducation pour animateurs ruraux à Pune (Maharashtra Inde)

1 - Trois objectifs pédagogiques

Guy POITEVIN

07 / 1993

Trois objectifs sont spécifiques de la méthode pratiquée par l’association VCDA (Village Community Development Association, Pune)dans les sessions de formation qu’elle offre, en langue marathi, à des "travailleurs sociaux" de l’état du Maharashtra, en Inde, sous le nom d’ATELIER D’AUTO-EDUCATION POUR ANIMATEURS RURAUX. Ils sont explicitement exposés aux stagiaires dès le début de la première session inaugurale, comme un cadre ferme de principes pédagogiques de référence, caractéristiques de l’expérience que l’Atelier propose à ses participants et donc des démarches attendues d’eux. Car nul ne saurait suivre l’atelier comme on va en classe, assiste à des cours, écoute des conseils d’aînés ou apprend pour les répéter des directives d’activistes sociaux et politiques. Chacun est appelé à s’impliquer volontairement dans un processus d’auto-formation, prolongé et méthodique comme une expérimentation de laboratoire, en connaissance des règles et des fins, libre de jouer le jeu ou de le quitter.

Le premier objectif est celui de l’auto-apprentissage. Il s’oppose aux pratiques habituelles de sessions et de séminaires d’information, consistant essentiellement en discours ou cours magistraux, administrés à de jeunes "travailleurs sociaux" (essentiellement masculins), dociles ou distraits, par des experts adultes. Ceux-ci se réfèrent à un savoir théorique voire livresque, moralisateur ou idéologique, ou à leur expérience d’hier, pour guider les plus jeunes d’aujourd’hui avec l’autorité de l’âge, de diplomes académiques ou de mérites reconnus. L’atelier veut promouvoir chez ces jeunes le désir d’apprendre par soi et la capacité de conduire ses propres pensées de façon responsable, assurée et contrôlée. Il leur fait explorer les voies de la créativité intellectuelle hors laquelle il ne peut y avoir d’innovation sociale ou culturelle. Dans ce but, il exige que les participants choisissent, préparent et présentent les sujets à étudier et qu’ils soient collectivement leurs propres maitres à penser : l’apprentissage se fait principalement en groupe par la discussion critique approfondie de ces sujets. Dès les premiers jours, ils établissent le syllabus des matières qu’ils pensent devoir approfondir. On n’apprend rien mieux que ce que chacun a apporté pour le partager ou soumis à une critique minutieuse.

Le deuxième objectif consiste à expérimenter comment et à quelles conditions le groupe, conçu comme un ensemble de processus de divers ordres, est un atout qualitativement nouveau et privilégié de connaissances et de formation personnelle. Il faut apprendre à s’enrichir de ce que sont et apportent les autres au fil d’interactions et d’échanges en groupe, dans la conscience à la fois de ses limites et de ses richesses de savoir, d’expérience et de pensée. Cela est particulièrement nécessaire et exigeant dans une société de caste, hiérarchique et inégalitaire, qui dévalorise ou méconnait les potentialités culturelles et intellectuelles de communautés jugées inférieures. La personnalité se forme de même au fil des relations intensives qu’institue une vie de groupe en conclave précisément pour en faire l’objet d’observation et d’évaluation minutieuses réciproques, chacun apprenant à se connaitre mieux à la faveur du renvoi critique de l’image qu’il projette de lui.

Le troisième objectif consiste dans l’acquisition d’aptitudes et de compétences indispensables à tout acteur social. Celui-ci doit savoir écouter, observer, lire, s’exprimer, parler clairement devant un auditoire, avoir de la présence, se contrôler, articuler logiquement ses idées, questionner et analyser, s’exprimer dramatiquement, développer un sujet avec maîtrise et autorité, sans verbiage ni sentimentalisme, animer un groupe, s’imposer une discipline de comportement, se prendre en main intellectuellement et émotionnellement.

Ces objectifs sont rappelés et soumis à des évaluations communes, systématiques et répétées, pour que chacun mesure ses progrés et que s’ancrent des prises de conscience. Deux raisons motivent ces rappels. Ce sont, premièrement, les questions des participants qui s’interrogent sur la façon dont l’atelier se gère et s’organise et sur les buts qu’il poursuit. Tel est plus particulièrement le cas au début de la série des sessions. Il est souhaitable par ailleurs que ceux qui n’arrivent pas à s’engager personnellement dans de tels processus de formation abandonnent d’eux-mêmes l’exercice. Ces objectifs sont aussi réexaminés et réexplicités au fur et à mesure que, l’expérience s’approfondissant, les stagiaires en réalisent mieux le bien-fondé, en expérimentent sur-le-champ les avantages et en mesurent les conséquences pour leur action sociale.

Finalement, des objectifs et des principes pédagogiques d’un temps de formation, en devenant l’objet d’une compréhension réflexive qui en découvre les potentialités, s’avèrent, directement, pour les stagiaires qui s’en sont expérimentalement imprégnés dans l’atelier-laboratoire, des méthodes de comportement d’acteurs sociaux. C’est vers cette fin que tend l’Atelier, là où l’auto-formation embraye d’elle-même sur des perspectives et des stratégies d’action sociale.

Mots-clés

autonomie, éducation, formation, méthode pédagogique, changement culturel, innovation, réflexion collective


, Inde, Pune, Maharashtra

Commentaire

Les animateurs ruraux appartiennent à une société où le contrôle social est l’apanage des anciens. C’est une société qui cloisonne et discrimine à plaisir, au nom de subtiles codes socio-culturels traditionnels et modernes à la fois. Les dominations de caste se conjuguent avec les nouveaux atouts des pouvoirs contemporains : la politique, l’instruction, l’argent. Il faut abattre ces murs pour reconstruire un homme authentique : une pédagogie de groupe est, en Inde, un des meilleurs moyens pour briser ce qu’ont d’exclusif et d’aliénant les allégeances "communautaires", sécurisantes à l’excès.

Notes

VCDA = Village Community Development Association : association d’animation socioculturelle en en milieu rural.Compte-rendu de pratique de formation.

Source

Rapport

POITEVIN, Guy, CCRSS=CENTRE FOR COOPERATIVE RESEARCH IN SOCIAL SCIENCES

CCRSS (Center for Cooperative Research in Social Sciences) - Rairkar Bungalow, 884 Deccan Gymkhana. Pune 411004 Maharashtra, INDE - Inde - www.ccrss.ws - secretariat (@) ccrss.ws

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