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Un atelier d’autoéducation pour animateurs ruraux à Pune (Maharashtra Inde)

2 - Cadre et organisation

Guy POITEVIN

07 / 1993

Les sessions de l’atelier se déroulent dans un cadre vaste et aéré, à l’écart d’attractions qui distrairaient, à la campagne et non dans des locaux modernes en ville où des ruraux se sentent emmurés et où les contraintes de la vie collective à l’étroit ne permettent pas une liberté de mouvement et d’ébats voulue. Il faut à des ruraux un contexte rural pour réfléchir à leur rythme.

 

Neuf sessions intensives de six jours chacune sont étalées sur un an et demie, à raison d’une session tous les deux mois. Le stage unique prolongé sur deux ou trois mois est par nature impropre aux objectifs et impraticable pour plusieurs raisons. Il est difficile et malvenu que des animateurs ruraux, surtout des femmes, laissent leur famille, et cessent les activités habituelles dont ils ont la charge dans leurs groupes respectifs, pendant une période prolongée, à moins de ne pouvoir recruter que des jeunes sans responsabilités ou des étudiants sans pratique. Il faut au contraire penser l’auto-formation comme l’apprentissage d’une réflexion permanente sur les activités quotidiennes maintenues. Il n’est pas possible par ailleurs de soumettre les stagiaires à une tension mentale et psychologique continue pendant plus d’une semaine. Il est bien plus efficace de leur demander un effort intensif soutenu, et progressif, à intervalles répétés. Cette auto-formation n’étant pas un transfert ponctuel d’information mais la formation à des habitudes d’incessante recherche-action, les périodes d’intervalles sont aussi un temps d’observations privilégiées, de lectures et de préparation des interventions attendues de chacun pendant les sessions intensives.

Un cadre et une discipline d’étude semblables aux règles des institutions scolaires connues des stagiaires ne peuvent inspirer à ceux-ci ni le goût ni les formes d’un exercice réflexif personnel, responsable et autonome. L’organisation du temps, les horaires, le choix des sujets à débattre, l’éclatement en petits groupes au lieu de débats en grands groupes, la ponctualité, etc. sont laissés à la discrétion des stagiaires afin que chacun apprenne à être le maitre du temps disponible et à l’employer de la façon qu’il jugera la plus judicieuse. Tous et chacun sont régulièrement invités à s’auto-évaluer à ce sujet sur la base de questions précises formulées dans ce but par les organisateurs sur l’utilisation du temps disponible en dehors des sessions communes comme sur la capacité de prendre en main le cours de ses réflexions (choix de lectures, recours à l’échange avec d’autres, effort pour poser des questions ou prendre des notes, décision d’enquêtes ou d’observations à faire, de rapports à écrire).

Cette auto-formation se réalise au sein d’un groupe de 25 stagiaires, chiffre jugé idéal. Ceux qui commencent avec la première session doivent sans faute revenir régulièrement à toutes les huit autres car l’efficacité de l’atelier est progressive, elle dépend d’une participation soutenue dans le temps. Par contre, nul nouveau venu n’est ensuite accepté : nécessairement déphasé par rapport à l’expérience commune du groupe, il est incapable d’en profiter (seuls des anciens stagiaires désireux de rattraper des séances manquées sont autorisés et même invités à le faire).

Le fait est que, pour diverses raisons, tous les stagiaires admis au départ ne peuvent participer à toutes les sessions : mauvais choix ou manque d’intérêt, impossibilité psychologique d’accepter les formes d’implication personnelle requises par l’expérience, problèmes fmiliaux ou de transport, négligence, manque de compréhension de leur institution qui malgré le désir du stagiaire privilégie ses programmes du jour au détriment des exigences d’une formation étalée, travaux agricoles urgents, festivals locaux inévitables, etc. Pour obtenir effectivement une moyenne de 25 stagiaires par session, une quarantaine en est cooptée au départ. La cooptation personnelle est assurée par les anciens stagiaires qui, de proche en proche, recrutent parmi leurs collaborateurs ou dans des groupes voisins connus.

Mots-clés

autonomie, éducation, formation, jeune, méthodologie, méthode pédagogique


, Inde, Pune, Maharashtra

Commentaire

Le recrutement au hasard par des annonces dans la presse a toujours été écarté car cette façon de faire ne peut permettre d’atteindre et de repérer avec assez de sûreté les candidats pour qui cet atelier est organisé : de jeunes ruraux engagés dans leur propre milieu mais qui n’ont pas la chance d’une formation adaptée à leur situation parce que celle-ci n’existe pas. Ils ont pourtant plus que d’autres besoin de formation, compte tenu de leur bas niveau de scolarité et des idées et pratiques traditionnelles qui prévalent dans leur milieu en fait d’action sociale. Par ailleurs, au lieu de se contenter de critiquer les défauts des systémes éducatifs prévalents (dont la formation donnée dans les Ecoles de Travailleurs Sociaux participe), mieux vaut expérimenter concrètement des alternatives et le faire en privilégiant des jeunes militants qui restent exclus de ces systèmes et qui, pour cette raison, ne sont point trop pédagogiquement déformés et donc plus aptes à profiter des méthodes de l’atelier VCDA.

Notes

VCDA : Village Community Development Association, Pune, Inde, association d’animation socioculturelle en milieu rural. Compte-rendu d’une pratique de formation d’animateurs sociaux.

Source

Rapport

POITEVIN, Guy, CCRSS=CENTRE FOR COOPERATIVE RESEARCH IN SOCIAL SCIENCES

CCRSS (Center for Cooperative Research in Social Sciences) - Rairkar Bungalow, 884 Deccan Gymkhana. Pune 411004 Maharashtra, INDE - Inde - www.ccrss.ws - secretariat (@) ccrss.ws

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