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Théâtre populaire de paysannes à Pune (Maharashtra Inde). Expérience d’autoaprentissage

3 - Construction collective de la tâche

Guy POITEVIN

09 / 1993

Les animatrices avaient l’expérience du recours à des jeux de rôle et de l’improvisation de sketches, soit dans leurs propres groupes locaux de réflexion et de formation, soit dans les réunions qu’elles organisaient pour des enfants et des jeunes. En l’absence de toute expérience directe et indirecte d’art dramatique proprement dit, elles s’imaginaient que leur tentative de représentation scénique des résultats de leurs analyses ne serait pas plus exigeante ni de plus longue haleine. Les premières représentations leur firent réaliser que la tâche qu’elles s’imposaient était d’une autre nature et demandait un effort d’une autre envergure, ne fait de temps, de réflexion et d’entrainement.L’enthousiasme tomba. D’une part, VCDA insista clairement pour exiger un effort soutenu de qualité qui rende l’expérience réellement effective et valable. D’autre part, leur compétence dramatique était trop pauvre pour faire autorité devant les autres animateurs de VCDA. Elles appréhendaient fortement, par ailleurs, les réactions du public, fort hésitantes, par exemple, à se produire dans leur propre village.

Un nouvel enthousiasme revint avec les premiers succès devant d’importantes assemblées de village ou sur des places publiques de gros bourgs. Cet enthousiasme et leurs attentes crurent encore quand fut envisagée la possibilité d’une représentation à Bombay lors d’un séminaire sur les traditions populaires (qui n’eut pas lieu). Un spécialiste de formation dramatique dans des groupes amateurs de la ville vint les voir une fois et sut les relancer dans leur effort de perfectionnement par des suggestions pratiques à leur niveau. Leur sens de l’expression scénique s’améliora un peu et elles poursuivirent leurs efforts et leurs progrés dans leurs réunions mensuelles.

La participation fut significative au plan de la réflexion sur les raisons principales qu’il fallait montrer. Par exemple, pourquoi des femmes se suicident-elles par le feu ? Par ressentiment contre les soupçons injustifiés et les reproches injustes de la belle-famille, et contre le harassement dont celle-ci l’accable du fait de la dot qui tarde à être versée. D’où le thème de la dot. La polygamie fut choisie à cause de la fréquence et de la facilité avec lesquelles la pratique s’en répand dans les villages des membres du groupe où des hommes prennent de plus en plus impunément une deuxième femme, renvoyant la première en négligeant ou refusant de divorcer. L’importance du phénomène détermina le groupe à choisir ce thème.

L’expérience fit changer le début de la représentation : au lieu de commencer aussitôt par le suicide par le feu, le groupe choisit un chant permettant d’attirer les spectateurs et de leur donner le temps de s’attrouper. Les autres chants accompagnant les danses circulaires furent aussi modifiés en vue de permettre aux acteurs de se préparer pour leurprochaine entrée.

Souvent, dans ce genre d’intervention, ce sont les femmes qui jouent des rôles masculins. "Nous sommes habitués, hommes et femmes, à tenir des réunions, à réfléchir et à agir ensemble. Qu’y a-t-il de mal à ce que les rôles mascvulins soient tenus par des animateurs ? " ll fallut surtout vaincre l’appréhension qui marqua pour cette raison les premières représentations mixtes. Celle-ci dépassée, il reste à vaincre maintenant celle que provoque l’idée de s’exhiber dans son propre village, devant des gens de connaissance. Qu’en dira-t-on ? Cette réticence est lentement en train de se vaincre aussi.

L’habitude s’est prise de se conseiller, entre membres du groupe, quant aux mots, aux gestes, aux mouvements, au ton et au volume de la voix.

Mots-clés

autoévaluation, autonomie, culture populaire, femme, participation populaire


, Inde, Pune, Maharashtra

Commentaire

Cette expérience souligne 4 aspects caractéristiques d’un effort de participation dramatique populaire eu égard au contrôle social qui inhibe les relations homme/femme dans une société traditionnelle.

Si celui-ci peut se dépasser au sein de petits groupes d’acteurs sociaux motivés, il maintient sa pression à l’extérieur. L’expérience acquise entre soi s’avère toutefois le meilleur tremplin pour des audaces publiques. Le petit groupe est donc d’abord à concevoir de ce point de vue comme un laboratoire relationnel.

L’expérience d’un autre rapport s’instaure dans le petit groupe d’autant plus facilement que le jeu la médiatise.

Le contrôle répressif du rapport femme/société est ici battu en brêche au moyen de deux atouts : le groupe de femmes solidaires génère sa propre énergie, et le jeu offre aux femmes unies à la fois un auditoire et son écoute attentive, l’un et l’autre autrement impensables dans la vie normale.

La mixité des acteurs projette une forme de relation qui dans le jeu préfigure aussi une alternative réelle.

Notes

Compte-rendu d’expérience d’auto-apprentissage de la communication par représentation dramatique. VCDA = Village Community Development Association.

Source

Présentation d’organisme

RAIRKAR, Hema, POITEVIN, Guy, CCRSS=CENTRE FOR COOPERATIVE RESEARCH IN SOCIAL SCIENCES

CCRSS (Center for Cooperative Research in Social Sciences) - Rairkar Bungalow, 884 Deccan Gymkhana. Pune 411004 Maharashtra, INDE - Inde - www.ccrss.ws - secretariat (@) ccrss.ws

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