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Quel concept de communication ?

III-Trois réductions indues

Guy POITEVIN

10 / 1993

Trois dimensions constitutives de la communication menacent toujours de devenir des raisons justifiant trois approches exclusives. De tels exclusivismes réducteurs deviennent nocifs et contre-productifs. Ils sont fatal à la communication quand ils deviennent extrêmes. Il est bon de les identifier clairement afin de se garder de leurs conséquences désastreuses.

Le premier exclusivisme réducteur est celui de la communication comme information. Il ne voit dans les troubles induits dans le transport des messages que "bruits" qu’une bonne technologie se doit d’éliminer. Cette approche est mal informée des arrière-fonds symboliques et relationnels qui font de la communication le lieu des ambiguïtés et des malentendus. C’est l’illusion technologique qui imagine naïvement que le perfectionnement instrumental permettra, dans un futur proche, d’en finir avec la distance entre les espaces et entre les subjectivités intimes. Elle prétend pouvoir réaliser la transparence en effaçant les séparations entre les êtres définies comme purement empiriques.

La communication n’est pas d’abord une information partagée mais une relation établie par la médiation de cet échange. D’autre part, n’entrent en rapport que des subjectivités. Toutes sont des intimités qui ne sont jamais totalement monnayables en termes clairement échangeables. L’information ne lèvera donc jamais complétement l’équivocité et l’ambivalence qui frappe la relation. "Dans une société où la subjectivité est au coeur de l’ipséité, l’intimité est ce lieu où s’expérimentent la frontière et la blessure de la séparation".

La deuxième réduction est celle de la communion et de la fusion. Elle escamote et oublie soi et l’autre dans le même. Elle conduit donc le dialogue dans l’impasse et l’asphyxie. C’est l’illusion mystique.

La communication suppose une subjectivité originaire qui ne soit pas dissoute dans un espace holiste : elle ne peut être qu’échange entre sujets semblables et différents mais jamais fondus. "Le principe du monde moderne exige que ce que chacun accepte lui apparaisse comme quelque chose de légitime" (Hegel). Chaque subjectivité se conçoit comme celle d’une raison dont la transcendance est immanente au sujet qu’elle institue dans sa singularité. La communication est confrontation et affrontement. Elle est toujours un événement politique.

La troisième réduction serait précisément politique. C’est la tentation de l’homme moderne qui s’étant désigné comme source unique du sens et fondement des pouvoirs auxquels il se soumet, découvre une finitude qui lui rappelle qu’il ne saurait être ni son maître ni son dieu s’il n’est pas de maitre ni de dieu. Là, l’être-ensemble ne peut plus reposer sur d’autre légitimité que la communication entre sujets libres de toute allégeance, par le dialogue et l’argumentation. Chacun devient l’autre de l’autre et reconnaît en l’autre une instance de légitimation. L’intersubjectivité est érigée en fondement de la paix sociale.

Cette utopie de la paix par consensus de consciences rationnelles séparées et distantes, occulte par une foi dans une raison universelle immanente les fonds d’où jaillit la communication: le désir de l’homme. Or aucun acte de parole ne peut le porter avec satisfaction. L’homme séjourne dans le langage mais celui-ci ne peut jamais colmater la béance de l’être et du désir où s’engouffre le vent fou d’une histoire indéfinie. L’en-deça du langage est présent au coeur du langage comme son refoulé, selon Freud. Perdons donc l’illusion ultime d’une réconciliation définitive par le politique, à quelque niveau que ce soit, petit groupe d’action, société civile ou nation. Le Désir toujours imprévisible et sauvage le fragilise et le fracture sans repos ni stabilité à jamais escompter.

Mots-clés

communication, démocratie, humanisme, informatique


, France, Paris

Commentaire

On peut trouver la confirmation de ces analyses dans la façon dont l’homme dit post-moderne se situe par rapport à la chose publique. Il la vit souvent sur le mode de l’indifférence, de la passivité ou du rejet : il ne s’y investit pas par des débats forts ni la prise en charge. Il se réfugie dans la vie privée conçue comme intimité narcissique. L’espace publique n’est pas le lieu de la communication politique et de la confrontation des consciences pour le surgissement de la loi commune. C’est celui où suffit la manifestatin de son opinion sans recherche de véritable volonté générale. Seul vaut ce qui vaut pour soi et tout se vaut. L’universel laisse place à l’arc-en-ciel des particularités juxtaposées, closes et sourdes les unes aux autres.

Notes

Notes et citations tirées de l’article de André Akoun intitulé La communication démocratique

Source

Articles et dossiers

POITEVIN, Guy, CCRSS=CENTRE FOR COOPERATIVE RESEARCH IN SOCIAL SCIENCES, PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE in. CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLOGIE, 1993/01 (France), XCIV-1993

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