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Constats de départ sur les associations de développement et l’économique

Dominique LESAFFRE

1994

Constat 1 : dans la plupart des pays du Sud, des associations de développement émergent à partir de solidarités locales traditionelles ou bien naissent de la nécessité. Sous le terme d’associations de développement, on désigne :

des organisations de base : groupements paysans, groupes d’artisans ou groupes de jeunes qui agissent dans un cadre formel : association, coopérative, groupement d’intérêt économique, etc.

et des organisations d’appui qui peuvent être des fédérations de groupements paysans, des ONG locales d’appui, des coopératives de 2ème degré, des unions de groupements, voire des caisses d’épargne et de crédit.

Beaucoup de ces associations qui ont construit leur identité et forgé leurs structures par des actions sociales et de formation débouchent, depuis quelques années, par nécessité de survie de leurs membres, dans l’économique.

Constat 2 : il ne peut s’agir pour eux d’un économique marginal (l’autosubsistance ou les travaux de broderie)qui serait en marge de l’"économique" avec majuscule, que constitueraient les grandes entreprises, les banques et le commerce formel, car :

- cet "économique" formel a suffisamment fait preuve qu’en se coupant du monde rural et de ce qu’on appelle couramment l’informel urbain, il était bancal, extraverti, et n’avait pas d’effet de développement sauf tout au plus un effet de bien-être pour une mince couche de privilégiés

- dans un contexte mondialisé,où un texte discutté au GATT à Genève peut signifier la ruine de milliers de paysans ou de petites entreprises au Sud, où les moyens sont évidemment très inégaux, où beaucoup d’Etats du Sud abandonnent -contraints par les plans d’ajustement stucturel et forcés par le manque de ressources- leurs prétentions à diriger l’économie, il n’y a pas d’autre choix, pour des associations de développement, que de relever le défi de l’économique.

Constat 3 : des associations de développement veulent devenir, ou veulent promouvoir, de véritables opérateurs économiques :

- travaillant à partir des ressources locales

- engagés dans le marché et la compétition

disposant de compétences techniques et de gestion

- ayant accès aux circuits financiers formels

Constat 4 : beaucoup d’organisation d’appui au développement (dont les ONG du Nord, sauf exception)sont mal à l’aise face à l’économique, pour de multiples raisons dont l’esprit caritatif et la méconnaissance de par leur origine, leur culture, leurs types de ressources et de personnel, de la vie éconopmique. On constate généralement que l’aide de beaucoup d’ONG du Nord se réduit ou cesse au moment où les organisations de développement s’engagent vraiment dans l’économique parce que :

- l’aide s’aperçoit que les volumes financiers d’aide sont en fait marginaux par rapport au "chiffre d’affaire total" (social, de formation et économique)de leurs partenaires du Sud

- cette marginalisation est mal supportée par celui qui donne ; les compétences des ONG deviennent visiblement insuffisantes par rapport à des demandes nouvelles

- leurs méthodes de financement sont inadaptées à l’appui au financement d’activités économiques.

Constat 5 : de leur côté, les grandes organisations internationales et les agences d’aide bilatérale, malgré des efforts réels pour se rapprocher des acteurs économiques "à base", ont peine à la faire efficacement du fait de leurs structures et de leurs méthodes de fonctionnement.

Mots-clés

association

entreprise

rentabilité


Afrique de l’Ouest

Commentaire

L’accès à l’économique peut transformer les associations de développement en interlocuteurs majeurs. Le fait de pouvoir négocier, et réusssir la négociation, avec une banque, avec des fournisseurs, des clients, de remplir des contrats, d’honorer des engagements, n’est pas seulement un acte économique, c’est aussi un acte politique, en ce sens qu’il marque un changement se statut : celui d’acteur engagé et reconnu. Mais l’aide à ce changement est encore balbutiante sinon négative.

Notes

Cf. compte-rendu, publié sous le titre : "Le financement alternatif : le cas des micro entreprises et des associations de producteurs des pays andins", d’un séminaire qui a eu lieu à Quito, Equateur, en octobre 92.

Source

Littérature grise

RAFAD=RECHERCHES ET APPLICATIONS DE FINANCEMENTS ALTERNATIFS AU DEVELOPPEMENT, RAFAD, 1993 (SUISSE)

RAFAD (Recherches et Applications de Financements Alternatifs au Développement) - 1 rue de Varembé, P.O. Box 117, 1211 Genève 20, SUISSE - Tel (19) 41 22 733 50 73 - Fax (19) 41 22 734 70 83. - Suisse - www.rafad.org - info (@) rafad.org

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