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Intérêts et limites des groupes de caution solidaire

09 / 1994

L’extrême difficulté de l’accès au crédit est vécue comme une difficulté individuelle ou du groupe, alors qu’il s’agit en fait d’un problème collectif qui concerne de la même façon des milliers d’individus et de groupes dans la même situation. Partout, on cherche comment garantir les crédits individuels par des systèmes de caution solidaire.

Les exemples les plus probants viennent d’Asie (Bangladesh : Grameen Bank ; Indonésie : Bank Rakkiat). Ce ne sont pas de petits systèmes expérimentaux à échelle réduite comme il en existe un peu partout en Afrique, mais des banques formelles, professionnelles, qui ont des centaines de milliers de petits clients et des taux de remboursement supérieurs à 90 %. Ils sont bâtis sur la formation de petits groupes solidaires, de cinq personnes en général, issues du même milieu social, qui se connaissent et décident de former un groupe. Ils exigent une période d’épargne avant - et pendant- l’accès à de petits crédits. Ils accordent des crédits à une personne à la fois, ou deux par deux, le groupe étant la caution de chaque petit crédit individuel.

Les crédits sont petits, à court ou très court terme, avant tout destinés à des individus et des micro-entreprises. Les petits crédits sont renouvelables quasi automatiquement s’il n’y a pas de problème. Le montant des crédits peut augmenter peu à peu. Ces systèmes sont caractérisés par une garantie utilisant le contrôle social, chaque membre du groupe ayant intérêt à ce que les autres remboursent pour ne pas perdre l’accès au crédit.

Le sujet présenté ici est différent : il concerne des entreprises qui ont besoin de crédits plus importants, non seulement à court terme (fonds de roulement), mais aussi à moyen terme. Il pourrait paraître évident que l’on puisse, pour ces crédits-là aussi, utiliser l’idée des « groupes de caution solidaire ». Mais, ce n’est pas simple.

Voyons ce qui se passe au Sénégal pour de petits paysans pratiquant l’agriculture irriguée. Ils ont fondé des GIE (Groupements d’intérêt économique). Ce sont de petites entreprises plus ou moins familiales. Des GIE de production peuvent-ils former entre eux un « groupe de caution solidaire » acceptable pour eux-mêmes et pour la banque ? Oui, parce que solidaires. Tous les GIE rizicoles ont besoin de crédits année après année. Ils feront donc tout pour qu’un GIE mauvais payeur ne compromette pas l’accès au crédit du groupe des GIE ; ils paieront la dette de ce GIE à la banque et exerceront les pressions sociales nécessaires à l’intérieur de leur groupe de caution mutuelle pour récupérer la dette.

Mais les limites sont très vites atteintes. Par exemple, si la défaillance ne vient pas d’une mauvaise volonté, mais d’une impossibilité réelle de rembourser par suite de mauvaise récolte (matériel d’irrigation tombé en panne, par exemple), il faut alors que le groupe obtienne de la banque l’annulation de la dette du GIE défaillant ou son report sur l’année suivante.

Si ces facilités ne sont pas obtenues, la dette est « socialisée ». Le groupe rembourse à la place du GIE. Ceci se traduit par une perte de revenus, provisoire ou définitive, pour l’ensemble des GIE du groupe.

Certes, ces défaillances exceptionnelles et limitées sont supportables. Mais des défaillances trop nombreuses font éclater le groupe. Et puis, les meilleurs paient pour les moins bons : si ces derniers ne progressent pas, leur retard deviendra aussi une raison d’éclatement rapide du groupe. Enfin, comme tous les GIE pratiquent la même activité, il y a beaucoup de chances pour que, certaines années, plusieurs riziculteurs se trouvent en difficulté en même temps et que leur groupe ne puisse faire face.

Du point de vue de la banque, la socialisation du risque est une excellente affaire, puisqu’elle aboutit à reporter ce risque et une partie du suivi des crédits sur le groupe de caution solidaire. Mais cela ne suffit pas contre des risques plus importants, tels que :

- défaillance généralisée de tous les GIE du groupe par suite d’une baisse globale de revenus (baisse des prix de vente ou augmentation du prix des intrants, par exemple) ou d’un endettement global devenu trop important

- calamité frappant l’ensemble des agriculteurs (sécheresse, sauterelles…).

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