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Les CIGALEs en 1994 et leurs perspectives d’avenir

Erwan BOTHOREL

09 / 1994

En France, la Fédération des CIGALEs (Club d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne) regroupe 80 clubs en 1994. Ces clubs investissent en capital dans des projets locaux présentant une valeur ajoutée humaine (caractère alternatif, écologique, qualité humaine des porteurs de projet, intérêt social des produits, insertion des chômeurs…).

Le premier club CIGALE a été créé en 1983. En dix ans, neuf millions de francs ont été investis dans trois cents entreprises qui ont créé mille huit cents emplois. La Fédération existe depuis 1986. Chaque club CIGALE a une durée de vie de cinq ans et comprend de cinq à vingt membres. Des cotisations de 50 à 2 000 F (moyenne 100 F) sont versées mensuellement pour constituer une cagnotte. Les projets sont sélectionnés suivant des critères propres à chaque CIGALE. Le financement se fait sous forme de prise de participation dans le capital de 25 000 F en moyenne dans des entreprises de moins de quatre ans. Plusieurs clubs CIGALEs investissent fréquemment dans une même entreprise.

Les CIGALEs insistent particulièrement sur :

  • la notion de proximité : rapprocher l’épargne de l’investissement, dans un souci de développement local, d’implication du citoyen,

  • la notion de solidarité : un autre mode de gestion de l’épargne, le suivi et l’accompagnement de l’entreprise dans son développement par les investisseurs,

  • la priorité à des entreprises ayant une préoccupation sociale (notamment insertion économique et création d’emplois), culturelle, écologique…

  • la rentabilité économique : des critères d’investissement réalistes ; un quart seulement des dossiers présentés est retenu.

L’appartenance à un club CIGALE est également, pour beaucoup de ses membres, un moyen de mieux comprendre l’économie et le fonctionnement d’une entreprise. Cet aspect est aussi important que l’éventualité de faire des bénéfices. L’accompagnement du créateur potentiel, l’incitation à parfaire, compléter le projet, le soutien humain que le club CIGALE peut apporter sont aussi importants que l’apport financier.

Le suivi de l’entreprise après création, l’analyse en groupe des problèmes rencontrés, l’apport de contacts utiles sont eux aussi très importants. Le taux d’échec après trois ans des entreprises financées est en moyenne de 25 % contre 50 % pour l’ensemble des créations en France.

La Fédération est chargée de l’animation, du développement du réseau des clubs, de sa représentation.

Après une période de croissance rapide de 1985 à 1987 sous l’impulsion d’un délégué général « commercial » et dynamique, le nombre des CIGALEs s’est stabilisé autour de cent et le renouvellement des clubs qui cessent leur activité après cinq ans (pour la plupart) ou dix ans est en lui-même difficile. Faute de financement suffisant, la Fédération a dû se séparer du délégué général en 1987 et n’a jamais pu en reprendre un par la suite.

Il faut noter que le réseau lui-même (CIGALEs et associations territoriales de CIGALEs) se montre peu intéressé par l’existence d’une structure nationale. Les CIGALEs -une fois créées- croient pouvoir se débrouiller seules ou regroupées localement. De leur côté, les pouvoirs publics se montrent peu enclins à financer la Fédération.

L’activité de la CIGALE est limitée par son statut juridique et par la loi bancaire qui interdit les prêts ; la CIGALE ne peut intervenir que dans des sociétés de capitaux (SARL, SA…).

Le nombre de nouvelles entreprises dans lesquelles les CIGALEs interviennent est d’environ trente par an.

Mots-clés

structure d’appui

financement alternatif

investissement

création d’entreprise

mobilisation de l’épargne

méthodologie

rôle de l’Etat

développement local

insertion professionnelle

outil financier


France

dossier

Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Commentaire

La CIGALE me paraît une structure particulièrement intéressante pour initier des citoyens à l’économie sociale, à un usage « différent », collectif de l’argent. Dans de nombreux cas, elle a permis à des « cigaliers » de participer ensuite à des stuctures plus importantes. L’avenir des CIGALEs ne se conçoit, à mon avis, que si elles sont intégrées dans un ensemble plus important comprenant des sociétés d’investissement en capital, des structures de prêt d’honneur permettant au porteur de projet d’augmenter son apport personnel, et des sociétés financières ou banques spécialisées dans la création de petites entreprises pour boucler le plan de financement. Une action en matière de suivi et d’accompagnement plus marquée, en lien avec les structures spécialisées, est également indispensable. Enfin, financièrement, le développement d’un tel réseau ne se fera pas sans financement public, national, communautaire, et mieux encore avec la participation des réseaux caritatifs institutionnalisés (ONG confessionnelles, fondations, etc.).

Notes

Fédération des CIGALEs, 61 rue Victor Hugo, 93500 Pantin, France. Tél. 01 49 91 90 91. Fax 01 49 15 04 14.

EPICEA (Epargne de Proximité pour l’Investissement et la Création d’Activités) - En 1998 EPICEA est devenu Éficea (Échanges, financements, information pour la création d’entreprises et d’activités). L’activité d’Éficea a cessé en mai 2004.

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