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Les travaux d’infrastructures hydrauliques pendant la collectivisation dans deux districts de Chine populaire

Sylvie DIDERON

04 / 1993

De 1958 à 1961 puis de 1965 à 1980, la collectivisation de l’agriculture a été en Chine une période de grands aménagements d’infrastructures tant routières qu’hydrauliques. Alors, le travail et la production agricole sont plannifiés par les collectivités locales et l’administration centrale. Dans des conditions où l’industrie nationale était encore très peu développée et les frontières fermées, ce contrôle permet l’utilisation de la main-d’oeuvre pour les travaux publics, de grande envergure en particulier.

1. Bozhou est un district situé dans la partie sud du delta alluvionnaire du fleuve jaune. Il fait partie du bassin de la rivière Huai. Dès le début des années 1950, ce bassin de près de 200.000 km2 a été l’objet d’un plan national d’aménagement hydraulique. En premier lieu, il s’agit d’améliorer la protection de ce bassin extrêmement plat contre les inondations. Ensuite, le très ancien réseau de canaux de drainage gravitaire doit être doublé par un réseau de canaux d’irrigation surélevés.

En 1958, les travaux commencent à Bozhou. La rivière principale est détournée pour construire un barrage de déviation au fil de l’eau. Des paysans sont recrutés dans tout le canton (plus de 8OO.000 personnes)pour ce travail. Leur main-d’oeuvre n’est pas rémunérée. Les travaux ont lieu juste avant et après l’hiver, en dehors des périodes chargées du calendrier agricole et des périodes de grand froid. Cet ouvrage fait partie d’un ensemble de barrages de dérivation en série dont l’objet est de contrôler le niveau de l’eau dans le réseau hydrographique de la Huai. Certains de ces ouvrages concernant plusieurs districts voire plusieurs provinces, la main-d’oeuvre est alors déplacée pendant plusieurs mois.

Parallèlement à ces nouveaux aménagements, l’ancien réseau de drainage est restauré et développé.

Ces constructions ne sont pas achevées en 1961 lorsque la collectivisation est suspendue suite à la terrible famine de l’hiver 1960/61. Elles sont poursuivies à la fin de la décennie et durant les années 1970, pendant une deuxième phase de collectivisation, toujours grâce à la mobilisation de la main-d’oeuvre paysanne.

Au moment de la décollectivisation au début des années 1980, la multiplication des canaux et leur entretien régulier a permis une nette amélioration du drainage. Pourtant, des canaux ou certains barrages secondaires ne sont toujours pas achevés. D’autre part, la partie irrigation du projet n’a pas encore été entamée. Les investissements très lourds en travail et en capital n’ont pas encore complètement abouti après 30 ans de mise en oeuvre.

2. Cette même politique de grands travaux lors de la collectivisation a eu des résultats très différents suivant les régions et la dimension des espaces concernés.

L’aménagement du bassin-versant de Tianchang (environ 3000 km2)a montré des résultats à plus court terme. L’agriculture est ici basée sur la culture du riz inondé par submersion. Dès les années 1970, les aménagements ont permis de diminuer les incidences des inondations: de grands réservoirs sont construits, un double réseau de canaux permet d’assurer le drainage par gravité d’une part et l’irrigation par pompage (gasoil ou électricité)d’autre part. Cette amélioration de la maîtrise de l’eau a vite rendu possible la mise en eau annuelle d’une surface de plus en plus étendue (de 60% de la superficie cultivée en 1969 à 80% en 1980), ce qui autorise l’extension de la riziculture. Par ailleurs, la plus grande capacité de réserve en eau a permis d’assécher l’hiver la plupart des rizières auparavant maintenues inondées en permanence. Enfin, grâce à un meilleur drainage, des cultures d’hiver sensibles aux variations hydriques mais à forte valeur ajoutée, comme le colza, ont pu être développées. Par conséquent, à Tianchang, les aménagements hydrauliques entrepris pendant la collectivisation de l’agriculture sont déjà fonctionnels lorsque les réformes sont mises en place. Ils ont largement contribué à la croissance économique du canton en favorisant le développement d’une agriculture intensive devenue un des greniers des zones industrielles et commerciales voisines.

Mots-clés

agriculture, processus de développement, aménagement du territoire, eau, hydraulique, irrigation, intervention de l’Etat dans l’agriculture, politique agricole


, Asie, Chine, Anhui

Commentaire

L’amélioration de la maîtrise de l’eau ces 40 dernières années concerne toute la Chine. Les aménagements hydrauliques sont très anciens et les inondations et sécheresses dans ce pays aux climats très constrastés et parcouru par des fleuves au débit capricieux est un problème séculaire qui apparaît dans les premières légendes chinoises sur la création du monde.

L’exemple de deux régions n’a pas seulement pour objet de montrer la diversité des conditions naturelles en Chine. Il permet également de comprendre combien une politique agricole centralisée peut avoir des effets différents suivant les conditions dans lesquelles elle est appliquée.

Une dizaine d’années après la décollectivisation, se pose à nouveau de façon cruciale le problème du niveau de sécurité hydrique. Les inondations qui ont dévasté le centre est du pays en 1991 en sont la manifestation.

Notes

Ma thèse (Institut National Agronomique Paris-Grignon; en cours)résulte d’un travail de recherche de terrain, d’observations et d’enquêtes menées auprès des acteurs de l’agriculture locaux: paysans, cadres,...dans plusieurs districts chinois.

Source

Thèse et mémoire

DIDERON, Sylvie, INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE PARIS-GRIGNON, 1993/00/00 (Suisse)

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