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L’émigration agricole et la création d’une entreprise rurale

Histoire de la famille V.

Betty WAMPFLER

02 / 1994

La famille V. est originaire du Lot, où elle exploitait jusqu’en 1990, un petit élevage de chèvres. A la retraite du père, l’exploitation s’avère trop petite pour faire vivre deux fils et leurs familles. Ils décident alors d’émigrer et optent pour une ferme du Causse Noir, abandonnée depuis quelques années faute de repreneur, et proposée en location à un prix intéressant, du fait de son état de délabrement.

L’installation est à peine achevée que la coopérative qui s’était engagée à acheter le lait de chèvre, fait faillite, obligeant les éleveurs à revoir leur projet. L’idée de transformer le lait nait avec l’arrivée d’un troisième frère, Daniel, qui n’est pas agriculteur, mais représentant de commerce. Un vieux batiment est transformé en fromagerie agrée, une courte formation de fromager est effectuée, et la production fermière de "Pélardon des Cévennes" se met en place dans le cadre d’un Gaec.

Au début, les ventes sont laborieuses, la stratégie de commercialisation repose sur quelques grossistes démarchés par Daniel. Face à ce relatif échec, le Gaec décide de s’adresser à des agents commerciaux, à Rungis, à Lyon, et sur la Côte d’Azur. La démarche porte rapidement ses fruits, les ventes progressent en deux ans au point de ne pouvoir être satisfaites à partir de la seule production du troupeau familial, pourtant porté à 300 chèvres. Pour faire face à la demande, les trois frères décident de créer une société civile pour les activités de transformation. Cette société va leur permettre d’acheter du lait à des éleveurs des environs, mais, en même temps, les prive de l’appellation "fromages fermiers". Qu’à celà ne tienne! La stratégie commerciale va mettre l’accent sur une "production artisanale", et s’appuyer sur les quantités vendues aux grossistes, plutôt que sur des marges unitaires fortes (comme dans la vente directe au détail). 8 à 10000 fromages sont vendus chaque semaine, et le marché progresse encore. Trois familles vivent maintenant de cette activité.

La réussite de l’expérience tient notamment aux conditions dans lesquelles elle a été financée. Le fait de pouvoir louer la ferme au lieu de devoir l’acheter a permis de limiter les investissements fonciers. Mais l’amélioration du troupeau, la restauration des batiments et la construction de la fromagerie nécessitaient des financements importants. Le Crédit Agricole, sollicité sur le dossier, a refusé de s’engager, pour raison de "garanties insuffisantes". La Banque Populaire, prète à prendre des risques pour élargir son audience agricole, a accepté de financer le dossier. De plus la municipalité locale avait entre-temps proposé la construction d’une bergerie-relais, au bénéfice des nouveaux arrivants. La viabilité financière de leur projet s’en trouva améliorée, et permet aujourd’hui aux trois familles d’envisager une nouvelle étape de développement, avec un projet de fromagerie-relais, dans une commune limitrophe. Une fromagerie qui créera au moins deux nouveaux emplois.

Cette expérience montre une forme originale d’évolution d’une exploitation agricole vers une entreprise rurale: à partir de l’alliance de compétences professionnelles familiales, c’est une entreprise artisanale qui est créee et qui renonce à une stratégie de "production fermière" pour s’insérer dans l’approvisionnement de gros à l’échelle nationale.

Mots-clés

agriculture, immigration


, France, Aveyron

Commentaire

Favoriser l’immigration agricole est une solution de plus en plus envisagée par les territoires en voie de désertification. Une motivation solide des migrants et la volonté d’un territoire de les accueilir, en facilitant leur accès aux moyens de production (terres, batiments, droits à produire), et leur insertion sociale et professionnelle, conditionnent la réussite du projet. D’autres exemples montrent que le rôle d’intégration, joué ici par la commune, peut être tenu par d’autres organisations: SAFER, syndicats professionnels, associations rurales...

Notes

GAEC=groupement agricole d’exploitation en commun. Sur l’expérience des bergeries-relais, voir F29 (ordre de publication)

Source

Entretien

ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier) - L’ENSAM fait partie depuis janvier 2007 de Montpellier SupAgro qui est née de la fusion de 4 établissements : ENSAM, Centre national d’études agronomiques des régions chaudes (CNEARC), Département industries agroalimentaires régions chaudes de l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA-SIARC) et Centre d’expérimentations pédagogiques de Florac (CEP Florac). 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, FRANCE - Tél. 33 (0)4 99 61 22 00 - Fax 33 (0)4 99 61 29 00 - France - www.agro-montpellier.fr - contact (@) supagro.inra.fr

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