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Une agriculture plus économe et plus autonome, une voie qui séduit de nombreux agriculteurs

Entretien avec un producteur laitier en Aveyron

Betty WAMPFLER

05 / 1994

"Je suis agriculteur en Aveyron depuis plus de 25 ans. Je me suis installé sur la ferme de mon père en 1975. Pendant quelques années, nous avons été en GAEC (Fiche 2), c’était plus facile pour la succession.

La ferme de mon père était petite, 14 HA, il élevait des vaches à viande et faisait déjà un peu de lait. Il engraissait quelques cochons et cultivait la pomme de terre.

Quand j’ai repris l’exploitation, j’ai décidé de moderniser. J’ai arrèté les cochons et la pomme de terre , et je me suis spécialisé en production laitière. Le Crédit Agricole, à l’époque, prètait sans problème pour le lait. On avait des prèts bonifiés, des subventions, alors j’en ai profité pour construire un nouveau batiment, avec une salle de traite et j’ai agrandi mon troupeau avec de bonnes frisonnes.

Aujourd’hui, j’ai quarante cinq ans. J’ai agrandi la ferme en rachetant des terres à des voisins qui arrêtaient. Quand les quotas sont arrivés, en 1984, j’avais déjà beaucoup augmenté la production, ce qui fait que j’ai un quota convenable de 160 000 litres. Je le produis avec 25 vaches qui sont à 6500 litres de moyenne (la moyenne aveyronnaise est à 5500 l). Le revenu était jusqu’ici suffisant, mais depuis que ma fille fait des études à Toulouse, ça devient très juste...

Alors, il faudrait que je fasse autre chose, que je diversifie, comme on dit maintenant dans le journal (fiche 23). Mais je n’ai vraiment pas envie de recommencer à investir, d’autant plus que le crédit est devenu bien plus cher. Et puis, j’ai bien assez de travail comme ça avec mes vaches et je ne suis même pas sûr que le fils reprendra l’exploitation.

Alors, j’essaie de voir si je ne peux pas tirer le revenu qui me manque des "marges de progrès" qui restent dans mon système, comme dit mon technicien-troupeau. D’abord, j’ai réduit au maximum le nombre de laitières en augmentant les rendements individuels, ce qui m’a permis de libérer des surfaces pour mettre quelques vaches à viande. Les vaches à viande, ce n’est pas compliqué, je sais faire, et mon père l’avait fait avant moi.

Evidemment, j’aurais pu aussi changer mon troupeau pour une race mixte, avec un rendement laitier moins élevé, mais une meilleure production de viande et une consommation d’aliments concentrés moins forte. C’est vrai que les concentrés coutent chers, mais quand on est dans un système à 6500 litres par vache, on ne revient pas facilement en arrière, c’est une question de mentalité...

J’ai préféré voir si des économies n’étaient pas possibles du côté des charges d’exploitation. Avec des collègues, on travaille en CUMA (Coopérative d’utilisation de matériel agricole)depuis longtemps. Cette année, on a réfléchi avec un technicien sur une amélioration de l’organisation de la mécanisation. C’est vrai que même avec du matériel en commun, on est tous tentés par un tracteur plus gros que celui du voisin...

Côté fertilisation, il y a sans doute aussi des économies à faire. Dans une réunion de la Chambre d’Agriculture (fiche 23), on nous a dit récemment que le fumier pouvait remplacer une partie des engrais qu’on achète. Evidemment, on a tous été un peu surpris parce que ça fait quand même 20 ans que les techniciens nous disait que le fumier ne valait rien...Enfin, moi je suis tout prêt à réssayer le fumier, après tout, ça réussissait bien à mon père...

L’un dans l’autre, je dois pouvoir économiser environ 15 à 20 000 frcs de charges par an. C’est à peu près ce qu’il faut pour les études de la petite, donc je ne vois pourquoi j’irai me compliquer la vie à faire autre chose, à mon âge...

Mots-clés

milieu rural, innovation, élevage, fertilisation du sol, équipement agricole


, France, Aveyron

Commentaire

Ce témoignage retrace un itinéraire commun à bon nombre de fermes aveyronnaises qui se sont modernisées dans les années 70. La crise agricole des années 80 a freiné leur croissance, mais n’a pas totalement déstabilisé les équilibres acquis. Plutôt que de compromettre ces équilibres, ces exploitations font aujourd’hui face à leurs problèmes de revenu en mettant en oeuvre des innovations d’une portée limitée, qui ne remettent pas fondamentalement en cause le modèle de production intensive de la modernisation agricole.

Notes

"frisonnes"= race de vache laitière très productive utilisée pour l’intensification de la production laitière.

Source

Entretien

ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier) - L’ENSAM fait partie depuis janvier 2007 de Montpellier SupAgro qui est née de la fusion de 4 établissements : ENSAM, Centre national d’études agronomiques des régions chaudes (CNEARC), Département industries agroalimentaires régions chaudes de l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA-SIARC) et Centre d’expérimentations pédagogiques de Florac (CEP Florac). 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, FRANCE - Tél. 33 (0)4 99 61 22 00 - Fax 33 (0)4 99 61 29 00 - France - www.agro-montpellier.fr - contact (@) supagro.inra.fr

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