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Confrontés aux problèmes de surcharge de travail et d’isolement, des agriculteurs expérimentent le groupement d’employeurs

Betty WAMPFLER

05 / 1994

A.C. est agriculteur dans le Nord-Aveyron. Son exploitation est le produit de trente ans de modernisation agricole, elle a été agrandie au fil des années, le volume de production a triplé. Malgré des investissements importants en équipement, les charges de travail se sont considérablement alourdies. Quand ses parents se sont retirés, quand son épouse est partie travailler à l’extérieur, M.C. s’est retrouvé seul sur son exploitation, écrasé par le travail, et vivant dans l’angoisse de l’accident qui l’immobiliserait et paralyserait l’exploitation. Prendre un salarié est exclu, le revenu de l’exploitation ne permettant pas d’en assurer les charges. M.C. n’est pas seul dans son cas. Beaucoup d’exploitations agricoles modernisées, performantes, mais surdimensionnées par rapport à la main d’oeuvre familiale qui diminue, sont confrontées au même problème.

Aussi l’idée du "groupement d’employeurs" se développe-t-elle lentement mais sans doute sûrement, en Aveyron. Le groupement réalisé par M.C. et trois de ses voisins agriculteurs est un exemple de cette démarche conduisant à une forme nouvelle de salariat rural.

M.C et ses voisins sont producteurs de lait de vache pour la coopérative Jeune Montagne (Fiche 5). Ils valorisent bien des quotas laitiers d’un niveau moyen (120 à 190 000 litres)et sont confiants dans l’avenir de cette production fondée sur une AOC. Tous quatre ont des charges de travail élevées qu’ils essayaient jusqu’à présent de maitriser par l’entraide, l’organisation en banque de travail, le recours à la CUMA. Mais la solidarité qui fonde ces pratiques atteint ses limites quand chacun est débordé chez lui, et incapable de "rendre le travail" aux autres. D’ou l’idée de "partager" un ouvrier dans le cadre légal offert par le "groupement d’employeurs". Chacun des employeurs s’est engagé sur un nombre de jours de travail annuels du salarié, le travail est planifié mensuellement et chaque employeur paye en fin de mois le travail effectué chez lui.

L’ouvrier engagé est un fils d’agricultuer de la région qui souhaitait "rester au pays", avait acquis une formation agricole, mais ne pouvait pas s’installer sur une exploitation familiale trop petite et trop peu modernisée.

Si la démarche a demandé une réorganisation complète du travail sur les quatre exploitations, ainsi qu’une planification rigoureuse du travail qui n’était pas dans les habitudes, tous les participants s’accordent sur les avantages qu’elle comporte. Déchargé d’une partie de son travail antérieur, chaque agriculteur peut se consacrer davantage au soin du troupeau, à l’amélioration de la qualité du lait, ce qui permet une revalorisation souvent substantielle de son prix. Deux d’entre eux ont un projet de diversification de leur production, avec un atelier collectif de porcs, leur permettant d’augmenter leur revenu. Dans tous les cas, la rentabilité de l’opération semble démontrée.

Au delà des acquis matériels, la démarche semble faire naître une nouvelle dynamique professionnelle et humaine. Certains d’entre eux mettent à profit le temps disponible pour renforcer leur engagement dans des structures professionnelles, d’autres choississent d’améliorer la qualité de la vie de famille par des loisirs et des vacances. Tous expriment le soulagement face à l’angoisse de l’accident ou de la maladie, ainsi que le sentiment "d’aller de l’avant" et de rompre avec l’isolement dans l’exploitation et la routine du quotidien.

Coté salarié, l’expérience semble également concluante : il a trouvé près de chez lui, un travail à temps plein, dans un domaine qui lui convient. Avec le temps, la confiance s’installe et on lui confie des responsabilités croissantes. Il envisage de mettre cette expérience professionnelle à profit plus tard en s’installant à son compte...

Mots-clés

organisation paysanne, milieu rural


, France, Aveyron

Commentaire

Le développement des groupements d’employeurs est, en Aveyron, une initiative des organisations professionnelles minoritaires, que les organisations majoritaires soutiennent maintenant fortement - sans pour autant que cela ne deviennne d’ailleurs un lieu de dialogue entre les deux courants-. Ce fait est significatif des ruptures que vit l’agriculture et des nouvelles perspectives qui s’ouvrent -ou s’imposent ?- à elle.

A travers cette initiative, l’exploitation cesse d’être "familiale" et devient une entreprise. Mais, plus que le caractère entrepreneurial, c’est la dimension humaine de l’opération qui est mise en avant par les organisations agricoles : le groupement d’employeurs est présenté comme une manière de revaloriser les métiers de l’agriculture, de retrouver de nouveaux équilibres entre le travail, la vie de famille, les loisirs. C’est aussi un moyen de partager le travail et de concourir au maintient du tissu rural face à la montée du chômage.

Source

Entretien

ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier) - L’ENSAM fait partie depuis janvier 2007 de Montpellier SupAgro qui est née de la fusion de 4 établissements : ENSAM, Centre national d’études agronomiques des régions chaudes (CNEARC), Département industries agroalimentaires régions chaudes de l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA-SIARC) et Centre d’expérimentations pédagogiques de Florac (CEP Florac). 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, FRANCE - Tél. 33 (0)4 99 61 22 00 - Fax 33 (0)4 99 61 29 00 - France - www.agro-montpellier.fr - contact (@) supagro.inra.fr

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