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Quand la désertification et la solitude tempèrent une belle réussite économique

Le cas de la Ferme du V. en Lévezou

Betty WAMPFLER

05 / 1994

Le Lévezou est un vaste plateau à 1000m d’altitude, au centre de l’Aveyron. Les frères B. et S. s’y sont installés dans une ferme en ruine, en 1985. Tous trois fils de petits agriculteurs locaux, ils se sont installés tardivement en agriculture, après avoir vécu d’autres expériences professionnelles et avoir voyagé. Ils souhaitaient "revenir au pays" et disposaient pour ce faire de quelques capitaux. Ceux-ci ont permis d’acheter des batiments, mais ne suffisaient pas pour acheter de la terre. Le choix des productions a été guidé par ces contraintes, puisque, sans terres, seul la production en hors sol était possible. Ils ont restauré eux-mêmes leurs batiments et se sont lancés dans la production de lapin angora, complétée par une production de volailles.

Aujourd’hui, ils produisent des poulets, des pintades, des poulardes, des chapons, des oeufs, et toujours des lapins. Ils transforment les volailles et vendent une gamme étendue de produits sur les marchés et à des bouchers locaux. Ils ont un réseau de clients livrés à domicile et ont ouvert depuis quelques années un local de vente à la ferme. Celui-ci est rentabilisé par une activité complémentaire estivale, l’accueil pédagogique à la ferme.

L’exploitation occupe quatre personnes à temps plein et deux à mi-temps. L’une des clés de voûte du fonctionnement de l’exploitation est l’organisation collective du travail, permettant à chacun d’entre eux de prendre deux week-end sur trois de congés et trois semaines de vacances l’été, situation fort rare dans l’agriculture traditionnelle.

L’exploitation permet de dégager trois salaires mensuels de 7000 frs . Une augmentation de 1000 frs serait possible, mais ils préfèrent investir dans l’amélioration collective des conditions de travail.

Une exploitation performante donc, dont l’équilibre et le développement repose sur le travail en groupe et la capacité d’innovation. Son avenir économique étant assuré, le principal problème ressenti par ces agriculteurs est ailleurs. Dans dix ans, ils seront seuls dans le village, dont les maisons tombent déjà en ruine les unes après les autres. Le sentiment d’isolement et le manque de vie culturelle pèsent fortement sur ces agriculteurs qui ont eu l’occasion de vivre ailleurs une autre vie.

Dans cette région, un clivage s’est opéré depuis longtemps entre les petites exploitations qui ne se sont pas modernisées pendant les trois dernières décennies et celles qui "ont su prendre le train du progrès". Les premières disparaissent maintenant faute de successeurs. Si les secondes ont acquis une viabilité économique, notamment grâce à la production de lait pour Rocquefort, elles n’en comptent pas moins beaucoup de célibataires. Les jeunes exploitants, souvent surchargés de travail, sortent peu, n’ont pas de loisirs. Les conjointes éventuelles sont reboutées par la perspective de l’isolement, le manque d’opportunité de travail extérieur à l’exploitation. Le peu de dynamique collective qui existait, dans l’agriculture locale, s’essouffle, faute de participants...

Mots-clés

milieu rural, désertification


, France, Aveyron

Commentaire

La perception de l’avenir qu’ont ces exploitants ruraux jeunes, et qui ont choisi de "vivre au pays", montre combien l’émergence et la pérénisation de projets ruraux est difficile, quand, dans une région , un certain seuil de dépeuplement est atteint. Quand toutes les activités rurales traditionnelles ont disparu, seules subsistent les exploitations agricoles, parmi lesquelles, même les plus viables et les plus innovantes finissent par avoir des problèmes pour assurer leur succession, dans un environnement miné par la solitude.

Source

Entretien

ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier) - L’ENSAM fait partie depuis janvier 2007 de Montpellier SupAgro qui est née de la fusion de 4 établissements : ENSAM, Centre national d’études agronomiques des régions chaudes (CNEARC), Département industries agroalimentaires régions chaudes de l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA-SIARC) et Centre d’expérimentations pédagogiques de Florac (CEP Florac). 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, FRANCE - Tél. 33 (0)4 99 61 22 00 - Fax 33 (0)4 99 61 29 00 - France - www.agro-montpellier.fr - contact (@) supagro.inra.fr

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