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En Agriculture, Gérer, Innover pour Réussir -AGIR-, un projet de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron

Betty WAMPFLER

05 / 1994

Le projet AGIR a été initié en 1990 par la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron. Comment maintenir 1O OOO exploitants en Aveyron en l’an 2 OOO ? Des simulations montraient que sur les 1O OOO exploitations actuelles, 6 OOO seulement étaient viables à l’horizon 2 OOO, c’étaient donc 4 OOO exploitations qu’il fallait soit consolider, soit recréer dans les 1O ans à venir. Les productions traditionnelles semblant insuffisantes, de nouvelles voies devaient être explorées. Un comité de pilotage fut créé pour le projet, ainsi qu’une équipe technique, l’une et l’autre structure regroupant des personnes connues pour leur ouverture sur la "diversification des productions et des activités", jusque là marginalisées au sein de la structure Chambre d’Agriculture.

Si le sigle AGIR compte un G pour gérer, c’est l’innovation, à travers la diversification des productions et activités qui, tout d’abord, mobilisa l’équipe.

Un embryon de réflexion et d’action existait, sur ce thème, dans l’une des petites régions agricoles animée par la Chambre d’Agriculture, les thèmes de travail furent donc récupérés et les structures locales furent priées d’attendre un projet départ global avant de continuer leur travail sur ce thème.

La démarche départementale s’enlisa pendant quelque temps dans des débats méthodologiques. Le terrain de la diversification était nouveau, mouvant et conflictuel, tant pour les responsables professionnels que pour les techniciens.

La démarche finalement adoptée s’articula autour de trois points. Une large campagne d’information (avec logo du projet, articles de presse, tracts, réunions)fut menée pour faire évoluer les mentalités par rapport à la diversification. Trois décennies de modernisation agricole lui avait donné un statut de "bricolage", "d’activité pour les femmes", il fallait en faire maintenant une opportunité de complément de revenu à gérer de manière professionnelle.

Le deuxième axe de travail consista à faire avec les organisations économiques locales, un inventaire de l’offre de productions supplémentaires qu’elles pouvaient absorber et qui, pour l’instant, n’étaient pas satisfaites par la production locale. Cette offre de production serait ensuite diffusée sous forme de tableau de bord aux agriculteurs intéressés par une production complémentaire. Une procédure de contractualisation était prévue entre l’agriculteur et l’organisme économique demandeur.

Dans un premier temps le groupe technique du projet établit une liste de productions de diversifications possibles en Aveyron, et le Comité de pilotage, après consultations des organismes économiques, sélectionna les dix plus intéressantes qui firent l’objet d’un travail de recherches de références techniques et économiques. Celui-ci fut formalisé sous forme de "fiches", qui alimentèrent la campagne d’information.

Puis on se posa la question de savoir comment on allait faire entrer ce projet pensé à Rodez, dans les pratiques des agriculteurs. La connection avec les petites régions agricoles avait été d’emblée laborieuse, et il avait fallu des semaines de négociations pour faire admettre dans le comité technique, des techniciens représentant les petites régions. Le mode de l’information adopté fut résolument vertical, les techniciens des petites régions étant chargés de diffuser l’information auprès de leurs collègues locaux, ceux-ci la répercutant sur les agriculteurs. Aucun moyen supplémentaire ne fut affecté à cette action dans les petites régions, les techniciens, déjà surchargés de travail, devant l’intégrer dans leur tâche quotidienne. Aucun moyen ne fut prévu non plus pour assurer la "remontée" de l’information et des problèmes du "terrain", à l’exception d’une enquête confiée à un stagiaire extérieur. Certaines petites régions choisirent de donner une courte information sur la diversification à l’ensemble de leurs agents, sur leurs fonds propres de formation. Dans d’autres régions, cet effort de formation ne fut pas fait.

Au bout de trois ans de fonctionnement quel est le bilan du projet ?

Quelques projets de diversification se sont concrétisés dans les exploitations (culture de fraises, plantations de fruitiers, agro-tourisme). Obtenir des financements pour ce type de projet est devenu infiniment plus facile.

L’idée de la diversification a indéniablement progressé dans les esprits et cultiver des fruits ou gaver des canards paraît moins saugrenue, même si peu de responsables professionnels locaux se mobilisent pour "porter des projets de ce type".

Cependant certaines des expériences existantes ont connu des difficultés économiques (chute des cours du lapin, déroute de la micro-filière canard locale), qui ont tempéré les enthousiasmes.

Au niveau de la Chambre d’Agriculture, l’action AGIR a été progressivement réorientée sur les aspects "mieux gérer", avec une réflexion sur les économies de charge et une recherche d’optimisation des systèmes d’élevage traditionnels dans le contexte de la nouvelle Pollitique Agricole Commune.

Le projet AGIR a finalement été dissout, et les fonctions de l’ex-Comité de pilotage AGIR sont maintenant assurées par le Comité technique de la Chambre d’Agriculture. L’argument officiel est que "la diversification est maintenant suffisamment entrée dans le quotidien des agriculteurs et des techniciens pour ne plus justifier d’un projet spécifique"...

Mots-clés

milieu rural, organisation paysanne, diversification des productions


, France, Aveyron

Commentaire

Le projet AGIR correspond à une évolution de la position des organisations agricoles majoritaires sur les questions des voies d’adaptation de l’agriculture. Son évolution pendant trois ans, montre cependant combien ces organisations, fortement pyramidales et marquées par le modèle de développement de la modernisation ont du mal à intégrer une approche différente.

Source

Entretien

ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier) - L’ENSAM fait partie depuis janvier 2007 de Montpellier SupAgro qui est née de la fusion de 4 établissements : ENSAM, Centre national d’études agronomiques des régions chaudes (CNEARC), Département industries agroalimentaires régions chaudes de l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA-SIARC) et Centre d’expérimentations pédagogiques de Florac (CEP Florac). 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, FRANCE - Tél. 33 (0)4 99 61 22 00 - Fax 33 (0)4 99 61 29 00 - France - www.agro-montpellier.fr - contact (@) supagro.inra.fr

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