
à contributions
Dossiers en cours
2007 / 2008
Gouvernance de l’eau : l’urgence de changer de regard et de pratiques
Atteindre la durabilité par les filières : de la production à la consommation
Une rencontre entre théoriciens et praticiens sur le thème "L’économie populaire (dite informelle): constitue-t-elle un modèle ou une impasse ?" fut organisée par le Réseau Cultures en septembre 1993 à Bruxelles. Emmanuel Ndione, de ENDA-GRAF au Sénégal, y expliqua que selon la logique du don et du recours, qui caractérise l’économie des bidonvillois de Dakar, la société est une caisse d’épargne généralisée. Tous les réseaux, tous les notables ou "reliés" envers lesquels on a investi, sont des tiroirs-caisses. Il faut les remplir pour pouvoir en cas de besoin exercer à leur égard ses droits de tirage. Ainsi le pauvre entretient des relations de don et de recours avec la famille, le néo-lignage, tel fonctionnaire, et ... l’ONG. Sa participation au projet (qui confère à l’ONG ayant lancé le projet sa raison d’être et sa crédibilité)est un bon "investissement". Il promet d’intégrer l’ONG dans sa grappe ! Selon cette logique du pauvre, l’usurier est lui aussi un homme à cultiver : même s’il exige trop d’intérêt pour ses prêts, il est un "relié", un parent. L’ONG qui veut l’écarter, fragilise la toile d’araignée. On fera donc semblant de participer au projet de l’ONG (par exemple, une coopérative d’épargne-crédit)pour lui faire plaisir. Mais derrière cette stratégie du brouillard, on entretiendra soigneusement la grappe, principale garantie de survie dans une ville menaçante. La grande, la terrible pauvreté, c’est de devenir orphelin social. Si l’ONG persiste à arracher un pauvre à ses réseaux, elle doit en subir les conséquences inévitables : le pauvre devient alors un "relié" de l’ONG, membre de la même grappe et, à cause des séparations intervenues avec d’autres grappes, dépendant de l’ONG. Ainsi, l’ambition des ONG d’autonomiser les pauvres aboutit à les rendre plus dépendants d’elles !
De telles analyses sont d’une importance vitale pour tous ceux qui veulent "aider les pauvres". Elles sont faciles à comprendre si les ONG prenaient le temps de se mettre à l’écoute avant de vouloir changer des systèmes de survie qui ont leur propre logique bien enracinée dans un contexte culturel déterminé.
Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…
NDIONE, Emmanuel
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