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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Pour renouveler la pratique des ONG en Afrique

Thierry VERHELST

10 / 1993

Une rencontre entre théoriciens et praticiens sur le thème "L’économie populaire (dite informelle)constitue-t-elle un modèle ou une impasse ?" fut organisée par le Réseau Cultures en septembre 1993 à Bruxelles. Emmanuel Ndione d’ENDA-GRAF, Sénégal, après avoir fait l’analyse des échecs et avatars étonnants des projets de son ONG, a cherché avec l’équipe GRAF à renouveler la pratique. Pour aboutir à une nouvelle forme d’intervention, notamment en matière économique, les ONG et les autres acteurs doivent "changer de lunettes" et forger et utiliser des termes de sociologie économique adaptés. Relèvent de la sociologie africaine à élaborer progressivement :

(1)La notion de solidarité verticale et horizontale. Il faut atténuer la distinction riche-pauvre dans l’analyse du "groupe-cible" et promouvoir les liens et réseaux sociaux existants (le terroir social, la niche socio-culturelle). Si on regroupe les pauvres en les coupant des autres, on les affaiblit. L’important c’est le terroir social.

(2)Le concept d’orphelin social. La notion de pauvreté à l’occidentale n’est guère utile car trop axée sur l’argent et pas assez sur les relations sociales.

(3)La notion de grappe. L’unité économique n’est pas le ménage mais la grappe c’est-à-dire tous ceux avec qui une personne échange, avec qui elle entretient des liens de réciprocité fondés sur le don et le recours.

(4)Le mécanisme socio-économique du don et du recours. La logique du donateur est celle de l’extension de son réseau. Ce don n’est pas tant inter-individuel que fondé sur une réciprocité multilatérale. Le quasi-gratuit est très important dans ce mécanisme : il a l’apparence du gratuit mais sous-entend l’entraide.

(5)L’idée de "foire relationnelle". La fête, les cérémonies exigent temps et dépenses souvent énormes car elles sont le moment privilégié au cours duquel on exhume son réseau, où on manifeste sa force sociale. Il s’agit ainsi d’intéresser l’autre, de lui inspirer confiance.

(6)Il faut renoncer à l’idée de "l’alternative" globale, par exemple celle qui consiste à croire que l’économie populaire est l’alternative au modèle capitaliste. L’important, c’est le cheminement des gens : faire apparaître des cohérences, du sens, afin de légitimer leurs pratiques à leurs propres yeux et envers ceux qui monopolisent la création de sens (les experts, l’université). Il faut refuser cette usurpation de la création de sens par les puissants. Il ne s’agit donc pas de comparer le "secteur informel" (terme méprisant et pauvre sur le plan conceptuel)au "secteur formel" mais de légitimer de l’intérieur, en donnant les raisons d’y croire.

Mots-clés

économie populaire, ONG, culture populaire, projet de développement


, Sénégal

Commentaire

On ne peut aider sans critères. On ne peut fixer des critères sans concepts. On ne peut forger des concepts sans tenir compte des sites symboliques de "l’autre". Les ONG doivent dépasser leur propre site symbolique (très occidental, même s’il s’agit d’une ONG du Sud !)et se mettre à l’écoute. En outre, les ONG africaines doivent construire leurs propres concepts, produire une sociologie africaine de la pauvreté.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

NDIONE, Emmanuel

Réseau Sud Nord Cultures et Développement - 172 rue Joseph II. B-1040 BRUXELLES. BELGIQUE. Tel (19)32 2 230 46 37.Fax (19)32 2 231 14 13 - Belgique

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