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Etat et paysans en Syrie

Katia HALABI

02 / 1993

La réforme agraire syrienne ne correspond pas à un mouvement issu du monde paysan: elle est le fait d’une petite bourgeoisie, venue sur le devant de la scène politique en s’appuyant sur les masses paysannes, alors sur-exploitées par l’élite dirigeante des grands propriétaires fonciers. Le pouvoir qui se dégage après 1963 réorganise l’économie syrienne selon un modèle théoriquement socialiste, ce qui lui permet d’afficher les "fermes coopératives" comme but à atteindre en matière d’exploitation agricole. Or ce faisant il suit deux objectifs précis:

* saper économiquement, après l’avoir évincée politiquement, l’ancienne classe dominante des propriétaires fonciers; pour cela il réorganise le monde agricole d’où elle tirait son assise financière.

* empêcher toute action de classe à venir de la part des paysans. En effet l’adhésion au système coopératif est obligatoire pour les bénéficiaires de la réforme. Les coopératives, au sein de l’appareil d’encadrement, permettent de contrôler le respect de la planification, qui détermine en grande partie le revenu des paysans. L’Etat peut ainsi inhiber la formation de nouvelles classes sociales, et les paysans se retrouvent en rapport direct avec lui en tant que masses, dénuées de toute attache à un groupe, qu’il soit traditionnel (familial, tribal ou confessionnel)ou basé sur une différenciation de classe.

L’Etat a donc créé une relation binaire, où il se constitue en partenaire unique des paysans, avec les moyens de leur faire respecter ses directives:

- il contrôle l’octroi d’engrais et surtout le crédit

- il impose une amende au contrevenant

- les paysans ont l’"usus" de la terre qu’ils ont obtenue lors de la réforme, c’est à dire qu’ils peuvent y investir, cultiver, et la transmettre à leurs héritiers. Mais en dernier recours elle reste la propriété de l’Etat, qui peut les en expulser.

Le journal de l’Union des Paysans du 23 février 1977 décrit la façon dont les paysans perçoivent cette situation: "Il est apparu dans les discussions que pour les masses paysannes la première question qui se posait était celle de leurs relations avec l’Etat. Ainsi les paysans ne voient-ils dans celui-ci que le pouvoir lui-même incarné à la campagne par le mukhtar (le maire), la police, la banque agricole ou d’autres appareils avec lesquels ils entretiennent des rapports traditionnellement mauvais." Dans un tel système l’Etat se marginalise par rapport au monde paysan qui lui a permis d’accéder au pouvoir: l’attitude vis-à-vis de l’autorité se caractérise de plus en plus par la méfiance, la ruse ou la révolte.

Mots-clés

Etat, paysan, Etat et société civile, agriculture, réforme agraire, intervention de l’Etat dans l’agriculture, coopérative, différenciation sociale, socialisme, crédit


, Syrie

Commentaire

Si l’Etat semble maintenir son contrôle sur l’ensemble du monde agricole, contrairement à ce qu’affirme cet article, la réforme n’a pas empêché une différenciation sociale entre les paysans. Cette différenciation est la traduction de niveaux de revenus très différents selon les régions d’une part, et, au sein d’une même région, selon l’histoire individuelle des exploitants.

Notes

Voir aussi "Etude des systèmes agraires et des systèmes de production de la région de Mhardé, nord-ouest de Hama, Syrie", mémoire soutenu par K.HALABI (diplôme d’ingénieur agronome, 1993).

Source

Articles et dossiers

SEURAT, M. in. REVUE DE GEOGRAPHIE DE LYON, 1979, VOL54/3/1979

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