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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’histoire de l’arrivée de la pomme de terre en France ou quand l’engagement d’une autorité contribue à faciliter l’adoption d’une habitude culturelle étrangère

David GAKUNZI

04 / 1993

Dans certaines régions d’Afrique on appelle la pomme de terre, la pomme d’Europe. Et pourtant la pomme de terre est originaire du Chili. Elle n’est arrivée en Europe qu’au 16ème siècle. A l’époque elle n’avait pas grande cote. Ce bizarre fruit de la terre était jugé juste bon pour les cochons. Selon la grande historienne de la cuisine Maguelonne Toussaint, c’est d’ailleurs parce que les allemands estimaient que la pomme de terre était la nourriture appropriée pour les porcs et a fortiori pour les prisonniers français, qu’Antoine Augustin Parmentier, qui sera le grand promoteur de la pomme de terre en France, l’a goûtée dans sa captivité en Westphalie après la guerre de 7 ans. Et qu’au retour en France il s’est mis à planter cette tubercule dans les jardins des Invalides. Il était alors pharmacien chef du célèbre hospice. En France on pensait à l’époque que les humains attrapaient la lèpre en mangeant des pommes de terre. Bien que Parmentier fît de toute évidence la preuve du contraire, les gens bien informés continuaient de le regarder de travers dès qu’il abordait le sujet de la pomme de terre. Il advint qu’un jour, Louis XVI, au cours d’une visite aux Invalides ,remarqua les fleurs blanches de la plante. Quelqu’un de sa suite lui affirma qu’il s’agissait d’une lubie de Monsieur Parmentier qui croyait que la racine de cette plante sauverait le monde de la faim. La pomme de terre était déjà passée auparavant par la table d’un autre monarque français, Louis XIII, cuisinier averti (il avait, dit-on, la réputation de connaître 100 façons d’accommoder les oeufs). Mais c’est en vain qu’il tentera d’y associer les pommes de terre. Louis XVI, lui n’était pas un gastronome raffiné mais avait un appétit monstreux. Il prit Parmentier au sérieux et le soutint dans son action en faveur d’une popularisation de la pomme de terre : le 24 août 1786 le roi se présenta à un banquet avec un petit rameau de fleurs blanches de pomme de terre accroché à son jabot. Au menu figurait comme une grande nouveauté les pommes de terre appelées alors "parmentières". Le roi de France fit plus encore pour la pomme de terre, il la sema dans la plaine des Sablons, à Neuilly. Dès que les cultures verdirent, il les fit garder par des soldats baïonnettes au "canon pour la frime". Ce qui ne manqua pas d’attirer des curieux. Les commentaires allaient bon train : "ce légume à bestiaux ça serait pas si mauvais que ça puisque le roi envoie sa troupe pour la garder. Et pourquoi le peuple n’y aurait pas droit". Pendant la nuit la surveillance se relâchait ostensiblement et les voleurs sur lesquels les autorités comptaient bien, faisaient leur provision en même temps que la réclame du produit !

Mots-clés

pomme de terre, acculturation, changement culturel, identité culturelle, interdépendance culturelle, syncrétisme culturel


, Amérique Latine

Commentaire

L’histoire de l’adoption de la pomme de terre en France est la démonstration du rôle d’entraînement que peuvent jouer les leaders d’opinions, les décideurs d’une dans l’évolution des moeurs de celle-ci. Tant que la publicité de l’intêret de manger la pomme de terre était faite par le citoyen Parmentier, celle-ci était considérée comme une folie de ce monsieur. Mais quand le roi s’est mis à la manger, le peuple lui a trouvé de soudaines vertus et l’a adoptée.

Notes

Fiche de suivi des manifestations du 5° centenaire de la "rencontre des deux mondes". Ces fiches ont été rédigées à partir d’interviews effectués lors de la rencontre "Identité des peuples d’Amérique 500 ans après" organisée par la Fondation Science et Art à Saint Domingue du 13 au 21/11/1992

Source

Entretien

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