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Méthodologie du travail intellectuel et méthodologie de l’échange d’expériences

Pierre CALAME

02 / 1994

L’usage des fiches d’expériences DPH s’est précisé progressivement. Nous partions de l’idée que "le voisin sait bien des choses" que l’expérience des uns était particulièrement utile à l’expérience des autres. Au fil des années, des éléments de méthodologie commencent à se dégager.

Le point de départ intuitif de notre démarche, c’est l’idée que chaque situation, chaque contexte local, constitue un "système bio-socio-technique" : chaque contexte comporte des facettes traduisant les liens entre les hommes et leur milieu (la signification de "bio" dans système bio-socio-technique, bio étant mis pour bio-écologique)des facettes traduisant les logiques sociales, des facettes traduisant les logiques autonomes des systèmes techniques.

Chaque contexte est un système bio-socio-technique unique en son genre. Comparer les contextes, ce n’est pas fabriquer des échantillons statistiquement significatifs et comparer deux facteurs pour examiner les liens entre eux comme on le ferait pour étudier l’effet de la classe sociale sur les intentions de vote ou l’effet d’un médicament sur le traitement d’une maladie. Il faut pour le faire utiliser des méthodes "cliniques" : on décrit chaque cas dans sa globalité puis on cherche à confronter ces globalités. De cette confrontation, se dégage progressivement le constat d’analogies structurelles : au delà de leur dissemblance, les différents contextes étudiés, et c’est en cela qu’intuitivement on les dit semblables, sont construits de la même manière ; chaque partie diffère d’un contexte à l’autre mais l’agencement entre les parties se fait de manière constante. Dans une rencontre où il y a une réelle écoute mutuelle on découvre une unité souterraine en dessous de la diversité apparente. Cette unité structurelle se traduit par le fait que les problèmes fondamentaux sont partout les mêmes et non par le fait que les solutions seraient partout les mêmes.

Quelles sont les opérations intellectuelles successives nécessaires pour parvenir à cette comparaison structurelle ! 1)La première opération consiste à décrire l’état et les relations du système. Cette description oblige à aller à l’essentiel, à dépasser les apparences. C’est exactement l’opération intellectuelle qu’implique la rédaction d’une fiche DPH. L’obligation d’écrire en peu de mots, est très contraignante au plan intellectuel. L’exercice oblige à préciser et à structurer la pensée. La nécessité d’utiliser les mots concrets pour le faire impose de décrire le système dans sa singularité ; en combattant la propension à utiliser dans cette description trop de mots abstraits. L’utilisation des mots abstraits, en effet revient à généraliser trop vite, à remplacer la description d’un système singulier par la représentation générale que l’on s’en fait.

2)L’effort de structuration progressive se poursuit avec le codage. Il oblige à identifier les thèmes principaux abordés et à les désigner par les mots-clé. D’où l’importance de la structure du thésaurus : le soin et la définition des mots et plus encore l’étude des relations d’ordre ou de voisinage entre eux est un des éléments décisifs de la structuration des représentations que nous nous faisons de la réalité.

3)La troisième opération consiste à rapprocher des histoires comportant des analogies entre elles d’un certain point de vue. Pour reprendre des cas que nous avons vécus à la Fondation, ce sont des histoires de crédit au profit des plus pauvres, des histoires de réhabilitation de quartier, des histoires de logements d’immigrés, des histoires de développement local, etc... La construction la plus simple d’une telle comparaison consiste à rechercher toutes les fiches qui comportent le même mot-clé mais, au fur et à mesure que la banque d’expériences s’enrichit, il est possible de sophistiquer la sélection en écrivant ce que l’on appelle les "équations de recherche" pour privilégier les fiches où se retrouve la même configuration de mots-clé.

4)La quatrième opération, de préférence collective, est "l’analyse transversale". Elle consiste à découvrir progressivement les analogies structurelles, plus ou moins souterraines qui font que les histoires ont des éléments constants. La démarche intellectuelle qui opère à ce moment probablement très complexe. Elle fait appel à l’expérience, c’est-à-dire au test d’un petit nombre de structures vraisemblables, qui conduit à cette décantation des éléments structurels communs. La méthode la plus directe, mise en oeuvre pour la déclaration de Caracas sur la réhabilitation des quartiers populaires est la méthode "à dire d’expert : on demande à des gens qui ont l’expérience de l’action de dire quelles sont à l’usage les difficultés majeures qu’ils rencontrent. C’est la confrontation de ces difficultés qui révèle progressivement les éléments communs.

5)Souvent les préoccupations communes ainsi identifiées sont mises en forme sous forme de plate-forme ou de déclaration, en trois volets : constats essentiels, valeurs essentielles et priorités pour l’action. En effet, si l’on veut que ce travail intellectuel de confrontation d’expériences débouche sur l’action collective, il faut reconnaître que toute action collective repose sur l’adhésion à un certain nombre de valeurs. L’effort de confrontation des analogies structurelles porte donc sur trois aspects différents : les constats, les valeurs, les actions à entreprendre. Cette méthode est inspirée de la méthode utilisée par certaines entreprises pour mettre en forme leur expérience.

Mots-clés

méthodologie, analyse de systèmes


,

Source

Littérature grise

CALAME, Pierre, 1994/02/15

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