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Quand la constitution d’une troupe de théâtre évite à quelques jeunes de tomber dans la délinquance

Anne FONTENEAU

07 / 1994

A l’initiative d’un volontaire belge, expatrié pour deux ans et d’un professeur de philosophie malien, est créée, le 24 décembre 1992, la troupe de théâtre Batio, du nom du héros de la première pièce interprétée. Après quelques mois d’existence, elle regroupe finalement un noyau fixe de 6 personnes, 3 garçons et 3 filles, d’ethnies différentes. L’objectif initial de la troupe est ainsi formulé : "Promouvoir les activités culturelles et artistiques au Mali, contribuer à toute activité culturelle, défendre les intérêts moraux et vitaux de tout artiste, aider et soutenir les membres de la troupe ou d’une autre troupe en vue de développer la solidarité entre les hommes de l’Art." Mais pour Yaran Monkoro, l’un des fondateurs, il s’agit surtout de "générer quelque chose qui pourrait guider la vie" de jeunes sans formation, sans emploi, issus de milieux modestes et leur éviter ainsi de tomber dans le vol, la prostitution ou tout autre forme de délinquance. Quant aux acteurs eux-mêmes, pour la plupart débutants, ils apprécient d’avoir trouvé une occupation, donnant sens à leur journée. Aussi, se réunissent-ils pratiquement tous les jours pour discuter, partager le thé, même lorsqu’aucune pièce n’est en préparation. Selon Yaran Monkoro, ils manifestent ainsi qu’ils ont appris à vivre en société, à accepter les conflits internes au groupe et à les surmonter. Mais ils sont également conscients que par le théâtre, ils accèdent à un outil de communication leur permettant de s’exprimer, d’extérioriser leurs problèmes et de véhiculer certains messages. Si elle possède aujourd’hui une existence légale (ses statuts et son règlement intérieur ont été enregistrés par les autorités compétentes), la troupe Batio connaît cependant des difficultés, notamment financières. Elle doit également faire face à la concurrence d’autres ensembles à vocation culturelle, plus soutenus par les instances administratives en charge de la jeunesse ou bénéficiant d’appuis officiels.

Mots-clés

chômage

communication

conditions de vie

développement culturel

délinquance

insertion sociale

jeune

prostitution


Mali

Kayes

Commentaire

Si la troupe Batio a du restreindre l’étendue des objectifs qu’elle s’était initialement fixés (abandon des cours d’alphabétisation, des plantations d’arbres, des rencontres avec d’autres groupes), l’aspect social de l’entreprise est une réussite : rassembler, autour d’un but commun, le théâtre, des jeunes sans avenir professionnel. Cependant, ce succès apparaît aujourd’hui menacé par l’absence de contrats. Pour continuer à exister, la troupe Batio doit s’affirmer comme une ressource locale en matière de communication par le théâtre afin que des oeuvres de commande, autour d’un thème précis, lui soient demandées.

Source

Entretien

FONTENEAU, Anne

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