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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’intermédiation entre la recherche et les pratiques sociales : quelques enseignements de travaux sur les pratiques de développement

Pierre CALAME

12 / 1993

Le milieu agricole français a été formé aux méthodes de la Jeunesse Agricole Catholique (JAC): voir-juger-agir. "Le savoir est acquis dans une attitude active". C’était adapté pour un univers local dont on peut situer les tenants et aboutissants. A partir des années 60, les marchés agricoles devenant mondiaux, l’analyse de filière - lait, soja, poulet, semences... a semblé un bon moyen de permettre à chacun de se situer au sein de ces relations internationales. En fond de tableau: faut-il, pour aider le Tiers Monde, que l’agriculture européenne restreigne sa production ou au contraire continue à l’augmenter ? Peut-on encore se représenter le monde comme des sous-ensembles régionaux cohérents entretenant entre eux des relations ? Les organisations professionnelles et de recherche résistaient à ces nouvelles interrogations. Mais les milieux militants ont été frappés par le succès du Baby Food Network (BFN). Le BFN, par l’analyse de la filière du lait, avait montré la responsabilité des firmes multinationales dans l’extension de l’allaitement au biberon dans le Tiers Monde et était parvenu à imposer un nouveau code de bonne conduite à l’échelle mondiale. Mais, à l’usage, cette méthode d’analyse de filière ne s’est pas toujours révélée aussi opérationnelle. Pour les pesticides, les syndicalistes de la chimie étaient en porte à faux vis-à-vis de leur entreprise. Pour le sucre, le réseau de relations n’a pas pu se développer à l’échelle mondiale. Pour le poulet, aucune solution n’a pu être proposée aux problèmes soulevés.

Pour le soja, l’analyse de filière a permis de créer un réseau d’échanges suivis entre Brésil et France, ce qui a permis à chaque organisation d’évoluer dans sa perception des choses, mais la démarche de recherche, qui suppose d’accepter la complexité, s’est heurtée à la démarche militante qui cherche à dégager rapidement "des slogans affirmant des solutions aux problèmes existants". Pour l’aide alimentaire européenne, l’accumulation de témoignages d’anciens coopérants sur les effets pervers de l’aide a contribué à faire évoluer la position des Etats.

Pour le manioc, il n’a pas été possible de créer un programme de travail cohérent avec les partenaires thaïlandais. Le café et les céréales ont renvoyé à une réflexion sur l’organisation du commerce international et sur le GATT, ce qui impliquait d’autres modes d’approche.

Ainsi, l’analyse de filière constitue un bon moyen d’identifier des acteurs, de nouer des relations, de comprendre la complexité et d’éviter des slogans réducteurs (tels que la cessation des importations de soja en Europe, qui ruinerait en fait les petits producteurs brésiliens), d’illustrer concrètement les effets de relations macro-économiques. Mais elles montrent aussi la difficulté de construire à l’échelle internationale des relations durables entre institutions qui n’ont ni les mêmes structures, ni les mêmes centres d’intérêt et, à fortiori, de passer de là à une action efficace: soit les intérêts des partenaires sont concurrents, soit on est renvoyé à des régulations qui se situent en dehors de la filière.

Mots-clés

agriculture, relations internationales


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Commentaire

Une très bonne illustration des difficultés de mettre en relation réflexion et action dans une économie devenue mondiale. L’analyse de filière permet à chacun de situer sa place dans des interdépendances mondiales. Mais cela ne garantit pas pour autant une "possibilité de passage à l’action". Face à des firmes multinationales qui arrivent à intégrer un ensemble d’informations, les organisations paysannes, avec leurs relations épisodiques, semblent loin d’avoir tiré toutes les conséquences de la mondialisation de l’économie.

Notes

Le document a été réalisé dans le cadre de la convention entre SOLAGRAL et FPH.

Source

Rapport

MARLOIE, Marcel, SOLAGRAL, 1989/11/00 (France)

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