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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Au coeur du passage de l’action localisée à celle ayant des retombées pour l’ensemble de la société -relation micro-macro-

La communication

Anne FONTENEAU

10 / 1994

Située à plus de 400 km au nord-ouest de Bamako à laquelle elle n’est reliée que par le rail, la ville de Kayes, capitale de la première région du Mali est souvent considérée comme une zone délaissée par l’Etat central. Terre privilégiée d’émigration pour l’ethnie soninke, cette zone a vu fleurir, en lien avec les migrants, de nombreuses associations villageoises décidées à palier les carences de l’Etat. Centres de santé, écoles, barrages, puits ont ainsi pu être construits grâce, en partie, à l’argent des ressortissants de ces villages en France. L’ORDIK (Organisation Rurale pour le Développement Intégré de la Kolimbine)est l’une de ces associations intervillageoises. Si elle a pris l’habitude de ne compter que sur sa propre mobilisation pour assurer le développement des neuf communautés qui la composent, cela ne signifie pas pour autant qu’elle néglige de faire partager l’expérience qu’elle a accumulée. L’ORDIK développe tout d’abord une politique de communication et d’échanges en direction d’autres associations locales. Ainsi collabore-t-elle avec Djama Djigui en gérant conjointement un fonds de crédit mis à leur disposition par une organisation non gouvernementale suisse afin de permettre la création de petits projets individuels. Djama Djigui lui a, par ailleurs, confié le creusement et surcreusement de vingt-trois puits. L’ORDIK assure également la présidence de la Radio Rurale de Kayes où elle cotoie douze autres associations de développement. Elle est représentée au Centre d’Echanges et de Formation Pratique (CEFP)de Bakel (Sénégal)géré par des associations maliennes, sénégalaises et mauritaniennes. L’ORDIK a également accepté de prendre part à l’AVD (Associations Villageoises du Djomboukhou)qui ambitionne de permettre à plus de 70 villages qui se savent appartenir au même espace géographique de collaborer et coordonner leurs actions. Mais dans son souci d’établir un rapport entre l’expérimentation localisée et l’action à plus grande envergure, l’ORDIK communique également avec les différents services étatiques compétents dans les domaines où elle intervient elle-même. En 1993, la commission Environnement et gestion de terroirs de l’ORDIK a organisé une rencontre à laquelle ont participé les services forestiers de deux arrondissements. Il s’agissait de créer un cadre de concertation entre éleveurs peulh et agriculteurs soninke pour une gestion conservatoire des ressources pastorales de la zone ORDIK. Autre exemple que celui de la réunion sur le thème "quel partenariat en matière d’alphabétisation dans la sous-région Kayes-Bakel-Selibaby ?" durant laquelle l’ORDIK a confronté son expérience à celle d’une trentaine d’organisations non gouvernementales et de services étatiques. Au coeur de la problématique micro-macro, la communication joue un rôle essentiel et c’est ce qu’a compris l’ORDIK en choisissant de faire connaître son expérience. C’est dans cette optique qu’elle a été invitée aux Concertations Régionales d’août 1994 consacrées aux grands problèmes de l’Etat malien (crise scolaire, conséquences de la dévaluation, problème du Nord...). La mise en oeuvre prochaine de la décentralisation au Mali devrait, en responsabilisant les acteurs locaux, contribuer à renforcer le poids et l’audience d’une organisation telle que l’ORDIK. D’ailleurs, Ibrahim Traore, son chef de projet, déclare : "La décentralisation, on l’attend de pied ferme car nous avons déjà commencé un travail de décentralisation."

Mots-clés

communication, émigré, organisation communautaire, processus de développement, réflexion collective, prospective, Etat et société civile, relations micro macro


, Mali

Commentaire

Cette volonté de communiquer son expérience et de s’enrichir de celle des autres ne va pas sans difficultés. Ainsi un projet national d’alphabétisation implanté dans certains villages ORDIK a-t-il fortement perturbé la situation en rémunérant ses propres moniteurs alors que ceux de l’association ne sont qu’indemnisés selon les possibilités des villageois. De plus, l’avenir institutionnel de l’ORDIK est encore indécis : en 1996, la structure projet devrait disparaître dans l’association. Quelle forme prendra alors l’ORDIK dans le paysage des acteurs locaux de développement afin de favoriser au mieux la relation micro-macro ?

Source

Entretien

FONTENEAU, Anne; DJIGUI, Djama

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