español   français   english   português

dph participe à la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Communiquer et éduquer, la mission de la radio rurale

Anne FONTENEAU

11 / 1994

Financé par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance)et l’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique), un programme de relance de la radio rurale a récemment débuté au Mali. Il comprend la création d’une vingtaine de stations et la formation d’une cinquantaine d’animateurs. Ainsi, une première session de six semaines a été organisée par un consultant malien, ancien responsable de la section radio rurale à l’ORTM (Office de Radiodiffusion Télévision du Mali). Elle visait à initier les participants (animateurs déjà actifs et personnels de certains services étatiques appelés à utiliser la radio dans leurs activités)à ce qui a été appelé la radio de niveau 1. Celle-ci a pour mission "d’informer, de sensibiliser, d’animer, de vulgariser." Les stagiaires ont donc approché les productions suivantes : journal parlé, radio services (messages personnels des auditeurs et annonces diverses), magazine de la vie rurale, reportage sur le patrimoine culturel, jeu public. A l’issue de ce stage, les quinze meilleurs participants ont été retenus pour une seconde formation dispensée par un Français, François Querre, pionnier de la radio rurale en Afrique. Il s’agissait là d’aborder la radio rurale de niveau 2, qui, en plus des objectifs précédemment cités, ambitionne également "d’aboutir à la mobilisation sociale, à la bonne gestion de la production et à la mobilisation des cadres nationaux et des intellectuels." Pour y parvenir, il faut produire des feuilletons radiophoniques, des magazines ruraux plus élaborés et des micro-programmes, c’est à dire apprendre à extraire d’un long entretien par exemple, une phrase choc, un message bref et percutant. Le développement d’un réseau interstations, permettant la collaboration et l’échange d’émissions et l’organisation de concours entre différentes régions du Mali sont également souhaités. Barka Fofana, animateur à l’ORDIK (Organisation Rurale pour le Développement Intégré de la Kolimbine)et collaborateur bénévole à la radio rurale de Kayes (première région du Mali)a pu participer aux deux formations. Il résume ainsi, avec ses propres mots, la vision qu’il a de la radio rurale : "La radio rurale doit amener les gens à prendre conscience des réalités et par conséquent à réagir, à prendre sa destinée en mains et à ne pas se dire que c’est Dieu qui l’a voulu. La radio rurale doit se donner une vocation d’éducatrice parce que les paysans, il y a des choses qu’ils aiment mais qui, en fait, ne leur apportent rien aujourd’hui et ne leur apporteront rien demain. Donc, ce n’est pas aux animateurs radio de les suivre dans ce sens mais l’animateur radio doit les amener à se débarrasser de ces idées là, même si cela les vexe au départ. Il faut oser et les amener vers ce qui est mieux pour eux dans l’avenir. Il ne faut pas agresser ni forcer mais mettre sur la voie." Barka conclut sur un bilan très positif de ces deux stages : "Ces formations m’ont rassuré. Désormais, je crois en tout ce que je suis en train de faire. Cela a confirmé certaines choses que je pensais. Cela m’a permis d’apprendre de nouvelles choses, de nouvelles productions."

Mots-clés

communauté paysanne, communication, culture populaire, formation, méthodologie, participation populaire, radio, valorisation de l’expérience, valorisation des savoirs traditionnels


, Mali

Commentaire

Barka doit normalement assister à deux autres formations complémentaires, notamment pour le préparer à devenir lui-même formateur afin que de nouveaux producteurs aient accès à la radio. Pour le prochain stage, il doit apporter l’enregistrement d’une "épopée", long récit historique sur une région du pays par exemple, ainsi que des micro-programmes extraits de ses émissions. Mais l’enthousiasme communicatif de Barka ne l’empêche pas d’être conscient de certaines dérives possibles de la radio. Face à l’exemple rwandais où cet outil de communication a été utilisé pour attiser la haine ethnique, Barka répond avec mesure : "Une radio, tout dépend de son utilisation, comme tout outil. Si on l’utilise dans le bon sens, cela va nous amener de bons produits. Si par contre, on l’utilise dans le mauvais sens, ça va détruire tout."

Notes

QUERRE, François. LE TERTRE. 33330 SAINT EMILION. FAX 57 24 68 49.

Source

Entretien

FONTENEAU, Anne; FOFANA, Barka

contact plan du site mentions légales