español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Maturité et sens de la justice

Le résultat de l’organisation des enfants pauvres au Brésil

Cristiana TRAMONTE

04 / 1993

Les années 80 au Brésil ont été marquées par l’institutionalisation, une étape importante pour les mouvements sociaux populaires. L’année 1985 vit le début du processus d’ancrage dans les institutions du Movimento Nacional de Meninos e de Meninas de Rua (Mouvement National des Enfants des Rues). L’année suivante se déroula la Ière Rencontre Nationale du Mouvement dont le thème était "violence physique et institutionnelle" contre les mineurs. Un amendement populaire à l’article 224 de la Constitution d’alors établit la priorité donnée à l’enfant et à l’adolescent. Parallèlement à cette lutte, on assiste à la revendication des droits fondamentaux des enfants qui aboutira au Statut de l’Enfant et de l’Adolescent, considéré comme "un instrument de démocratisation des politiques publiques", selon les paroles de Celio Moraes, législateur de l’état de Santa Catarina.

En 1989, la IIème Rencontre Nationale des Enfants des Rues choisit comme thème "nos droits vont être garantis". Le Mouvement agit alors à partir de quatre programmes:

1. promotion et défense des droits

2. citoyenneté

3. formation des éducateurs

4. expansion du réseau

Afin de mettre en oeuvre la politique de promotion et de défense des droits, on crée les Conseils de Droit, instances paritaires qui visent à occuper les espaces politiques et sociaux. Ces instances sont compsées de six personnes nommées par les pouvoirs publics et de six autres personnes élues, choisies parmi les militants du Mouvement. Selon Moraes, "l’un des avantages de ce Conseil est de gérer les ressources de manière autonome."

A partir de 1990, l’un des principes de base du Mouvement réside dans la "municipalisation" de la prise en charge de l’enfant et de l’adolescent. En 1993, la mise en place effective des résolutions du Statut place cette prise en charge au niveau de l’état.

Le programme de citoyenneté est une conséquence de la dénonciation par les mass-médias de l’extermination des mineurs. D’après Pedro Rodrigues da Silva de la Fondation Fé e Alegria (Foi et Joie): "quatre mineurs sont éliminés par jour mais on n’ouvre jamais d’enquête criminelle". En septembre 1992, la Deuxième Rencontre Nationale réunit 700 mineurs à Brasilia.

Selon les conseillers du Mouvement, une des réactions des conservateurs à l’adoption du Statut fut de vouloir baisser l’âge de la "majorité" à 16 ans. En d’autres termes, sous couvert de démocratisation du processus électoral, ils voulaient pouvoir punir les crimes commis par les mineurs. Le Statut est la seule loi adoptée qui donne des pouvoirs délibératifs à la société civile.

En ce qui concerne la formation, l’organisation de rencontres autonomes au niveau de la ville et de l’état, reflète une des préoccupations majeures des dirigeants sur la promotion de la citoyenneté des mineurs. Un des exemples cités par les conseillers pour illustrer le sérieux avec lequel est prise la discussion sur la citoyenneté ce sont les revendications actuelles des enfants en ce qui concerne la police. Les enfants veulent que la police agisse avec modération, qu’il existe des restrictions légales à ses agissements répressifs sur les mineurs et non pas qu’elle soit totalement éradiquée, comme on aurait pu se l’imaginer. Selon des informations données par le MNMMR (Movimento Nacional de Meninos e Meninas de Rua), il existe au Brésil 36 millions d’enfants et d’adolescents en situation de pauvreté absolue, c’est à dire dont les revenus familiaux n’atteignent que la moitié du salaire minimum. Pedro nous a dit que l’une des propositions du Mouvement est de garantir que l’enfant reste dans sa communauté et ne soit pas obligé d’aller dans la rue. Pour cela, le Mouvement stimule des activités comme la menuiserie et l’artisanat qui impliquent la participation des Associations d’Habitants, des organisations sociales de l’Eglise etc... Le Mouvement souhaite qu’à l’avenir, ce soit la communauté qui assume la responsabilité de l’enfant "et que l’enfant soit considéré comme un individu"(Izilde Gregnani, coordinatrice pour l’état de Santa Catarina).

Afin de réaliser ses objectifs, le MNMMR entend élaborer certains matériels dans le domaine de la communication*:

1. Un périodique au format de journal pour informer les mouvements populaires ainsi que former et établir une ligne directe avec les éducateurs

2. Un abécédaire sur la situation des mineurs

3. Cours de formation en communication

*Ces matériels sont élaborés en collaboration avec DIALOGO-Cultura e Comunicaçao

Mots-clés

enfant


, Brésil, Santa Catarina

Commentaire

Le Mouvement a comme objectif principal la question de la promotion de la citoyenneté d’individus exclus des cercles de participation sociale. Allant au-delà du simple assistanat, il entend aider à la reconstruction de leur identité et de leur dignité menaçées par la marginalisation; il se propose de former des citoyens ayant un sens de la justice et des propositions sociales. L’illustration en est la maturité dont font preuve les mineurs qui font partie du MNMMR et la manière dont ils envisagent le contrôle de l’ordre public et social: le fait de vouloir limiter la violence policière au lieu de vouloir l’extinction de la police prouve que ces enfants désirent réellement participer à la construction d’un avenir sans chaos généralisé où leur existence ainsi que celle d’enfants dans la même situation puisse être garantie.

Notes

Fiche originale en portugais, MFN 2442.

Source

Présentation d’organisme

TRAMONTE, Cristiana (BRESIL)

Dialogo Cultura e Comunicacao - Rua Dep. Antonio Edu Vieira, nr.65, apt. 204/D, Bairro Pantanal, Florianópolis-SC, BRASIL - Brésil - mvsouza (@) univali.br

contact plan du site mentions légales