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Le projet de développement de la pêche artisanale maritime dans la région de Ziguinchor, au Sénégal - Projet PAMEZ-

Nicolas SILHE

03 / 1994

L’activité traditionnelle de pêche artisanale en Casamance (Sud du Sénégal)a fortement augmenté ces dernières années, par la conversion d’autochtones à la pêche et par l’arrivée de pêcheurs d’autres régions. C’est dans un contexte économique difficile, où l’attention de l’Etat ne portait guère sur la pêche artisanale, qu’a été lancé, en 1986-1987, le projet PAMEZ (Projet de développement de la pêche artisanale maritime dans la région de Ziguinchor). Il comporte quatre volets : formation, aide à l’équipement des pêcheurs, innovation-vulgarisation et transformation du poisson.

Quatre centres de formation ont été créés et construits avec des matériaux locaux par les stagiaires eux-mêmes. Les quatre formateurs des centres ont été recrutés parmi les meilleurs pêcheurs des villages environnants, le reste de l’équipe se composant d’un responsable par unité, un mécanicien, un alphabétiseur et un coordonnateur assurant le suivi pédagogique. Destinée à former de jeunes marins et patrons pêcheurs, la formation dure sept mois, avec un planning hebdomadaire strict : cinq jours en mer pour apprendre les techniques de pêche, de navigation et de sécurité ; une journée de mécanique et d’entretien du matériel et une journée d’alphabétisation fonctionnelle pour la gestion. Les stagiaires doivent se prendre entièrement en charge : le budget de fonctionnement repose sur la vente de leurs pêches. Cette organisation illustre bien la pédagogie du projet : apprendre dans l’action.

Seule une fraction des stagiaires deviennent patrons à l’issue de la formation. Dans l’épreuve déterminante, le stagiaire assume les responsabilités d’un patron : vérification de l’ensemble du matériel, pose des filets et récupération le lendemain, orientation en mer, organisation de la vente de la pêche, etc. Les patrons ainsi sélectionnés créent alors leur entreprise professionnelle, de type GIE (Groupement d’intérêt économique), et embauchent notamment dans leur équipage les stagiaires non sélectionnés.

Dans le but de consolider leur filière professionnelle, d’anciens stagiaires du PAMEZ ont créé en 1989 l’Association des professionnels des GIE de PAMEZ (AGP), qui regroupait en 1992 cinquante-deux GIE. L’AGP a pour vocation de conforter les acquis du PAMEZ par la formation de ses membres, la défense de la branche professionnelle (notamment dans les négociations avec les administrations et les banques)et la mise en place de services de proximité (cases de santé, etc.).

La formation de 361 jeunes (de 1987 à 1990)constitue, par rapport à l’objectif initial de 640, une demi-réussite. Pourtant, la taille des promotions a augmenté et le niveau d’étude des jeunes recrutés s’est élevé, les dernières promotions comportant même de jeunes chômeurs diplômés des villes. Ces derniers, plus "intellos", ont contribué par leurs qualités de gestionnaires et leur ouverture à l’innovation à dynamiser le projet.

Le problème principal rencontré par les jeunes patrons pêcheurs est la lourdeur des investissements initiaux. La majorité des prêts consentis aux GIE par la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (CNAS)n’ont pas atteint 85 % du montant nécessaire. S’y ajoutent d’importantes difficultés d’approvisionnement en matériel. Conséquence : malgré le suivi par l’AGP des remboursements, le taux de remboursement est faible (70 %)et la CNAS devient de plus en plus réticente à l’égard des GIE de pêcheurs.

L’innovation technique locale constitue une réponse partielle à ce problème. Le PAMEZ apporte un appui aux artisans, qui ont réalisé des innovations sur les embarcations, dans l’aide à la navigation, les techniques et engins de pêche, le conditionnement et la transformation du poisson.

Dernier grand volet du PAMEZ : la transformation du poisson par les femmes. Cette activité, qui constitue un débouché indispensable pour les pêcheurs, représente un changement dans la répartition traditionnelle du travail. Les femmes concernées ont en général cherché à garder en parallèle leur activité de riziculture.

Ces femmes se sont également regroupées en GIE et intégrées à l’AGP. En se structurant, elles ont pu rationaliser la vente et organiser des visites dans des régions voisines, et grâce à cela nouer des contacts, notamment en termes de débouchés. Certaines ont déjà commencé à exporter vers le Mali. Des innovations, en termes de produits et de techniques de séchage, ont été introduites. Des femmes jeunes et scolarisées ont commencé à être formées dans deux centres.

Il existe une contradiction entre les objectifs des hommes et des femmes : les premiers ont plus intérêt à pêcher des poissons qui se vendent frais et trouvent que les femmes leur achètent le poisson à prix trop bas, ignorant en général les contraintes pesant sur ces dernières (coût du sel, du stockage, du transport, etc.).

Le bilan du PAMEZ est positif : formation et création d’emploi pour environ 500 hommes, bonne intégration dans le milieu professionnel, amélioration de l’approvisionnement des marchés intérieurs et, semble-t-il, augmentation des revenus. Mais l’avenir de cette filière n’est pas assuré, essentiellement du fait des difficultés persistantes en matière de crédit. L’augmentation rapide de la production comporte aussi des risques : pression sur certaines espèces, surproduction sur le marché local, etc.

Mots-clés

pêche artisanale, pêcheur, projet de développement, développement local, pêche, mer, histoire du développement, crédit, formation professionnelle, innovation technique, femme, jeune


, Sénégal, Casamance, Ziguinchor

Notes

Fiche constituée à partir d’articles parus dans Faim développement magazine (n° 77), Bulletin CE coopération pêche (1991, n° 2-4)et Chroniques (n° 55).

Source

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(France)

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