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L’accès aux technologies de pêche en Afrique subsaharienne

Jean Yves BAGLAN

03 / 1994

Comme dans beaucoup de domaines, l’accès aux technologies de la pêche est fortement inégalitaire. En effet, la diffusion des techniques et méthodes de pêche varie d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre.

En Afrique, les deux innovations majeures des vingt dernières années ont été la motorisation des embarcations traditionnelles et l’emploi de filets en nylon.

"Il n’y a pas de doute que, en principe, ces deux innovations techniques représentent des atouts majeurs pour la modernisation de la pêche artisanale. Les filets en nylon possèdent une solidité et une résistance incomparables qui condamnent les filets en coton, fragiles et toujours longs à réparer, à une disparition inéluctable. Par ailleurs, la motorisation des embarcations traditionnelles offre plusieurs avantages non négligeables. Elle accroît considérablement le rayon d’action des pêcheurs artisanaux. En permettant une grande rapidité d’exécution, elle rend possible l’utilisation de techniques de pêche nouvelles et très performantes (comme celle de la senne tournante). En évitant aux pêcheurs les efforts harassants du pagayage, elle économise leurs forces pour les opérations de pêche proprement dites. Une fois la pêche terminée, elle permet un rapide retour aux zones de débarquement où le poisson peut être immédiatement vendu et écoulé. Par suite de la diminution de l’effort à fournir au cours de chaque sortie, elle permet la multiplication du nombre d’expéditions en mer. Enfin, elle facilite le franchissement de la barre en enlevant plus rapidement le bateau au moment critique".

Mais, ces innovations, qui ne sont pas encore diffusées dans tous les pays africains, nécessitent une formation préalable pour pouvoir en tirer pleinement profit. Cet aspect de la question est trop souvent négligé dans le cadre des projets de développement concernant la pêche artisanale.

"Ainsi, en Guinée équatoriale, des moteurs sont rapidement tombés en panne parce que les utilisateurs n’avaient pas fait le mélange huile-essence adéquat après une mauvaise information sur le contenu exact des boîtes d’huile qui leur avaient été distribuées [...]. Au Congo, de nombreux pêcheurs ont revendu les filets reçus du gouvernement car ils ne savaient ni comment les utiliser ni comment les réparer".

Dans ce contexte, il est indispensable de prévoir une formation obligatoire, préalable à l’acquisition d’une nouvelle technologie, comme ce qui a pu être fait en Algérie et en Guinée-Bissau par exemple.

Enfin, il est à noter que la diffusion des techniques et méthodes nouvelles peut aussi s’effectuer par le biais de transferts Sud-Sud grâce aux pêcheurs migrants qui, par leurs connaissances plus avancées, permettent aux pays qui les accueillent de perfectionner leurs techniques de pêche artisanale.

On peut évoquer à ce titre l’exemple des pêcheurs sénégalais en Guinée-Bissau ou ghanéens au Togo ou au Bénin.

L’accès à ces équipements et matériels de pêche, problème crucial pour les pêcheurs artisanaux, se fait en Afrique subsaharienne par le biais de trois canaux :

- La distribution effectuée par des canaux publics : les sociétés d’Etat jouent souvent un rôle majeur dans la diffusion des matériels et équipements. On peut citer parmi elles, le Centre d’appui à la pêche artisanale sénégalaise (CAPAS), la Société publique d’appui à la pêche artisanale (SCAPAS)au Cap-Vert, la Société nationale de pêche (SONAPECHE)au Bénin.

Ce mode de distribution offre l’avantage de fournir des produits à prix réduits, grâce aux détaxes et subventions, et de permettre des achats à crédit.

Cependant, la fréquence des ruptures de stock, des privilèges quant à l’allocation des équipements en réduisent parfois l’efficacité.

Remarquons aussi que ce mode de distribution peut devenir un moyen de pression de l’Etat sur les pêcheurs artisanaux. "Ainsi, au Mozambique, les pêcheurs artisanaux ne sont pas légalement contraints de vendre leur poisson aux sociétés d’Etat mais, dans la pratique, ce n’est qu’à cette condition qu’ils peuvent espérer obtenir les moyens de production rares".

-La distribution effectuée par des canaux privés. Ce mode de distribution, présent dans de nombreux pays africains, peut être complémentaire du précédent. Il permet alors de se fournir plus rapidement en équipements, mais à des prix supérieurs. Il peut être légal ou illégal, la contrebande, favorisée par le phénomène des migrations saisonnières de pêcheurs, permettant de suppléer aux carences du marché officiel.

- La distribution effectuée par le canal de projets d’aide internationale. Les projets de développement concernant la pêche artisanale prennent parfois la forme de dons de matériels, de formation des pêcheurs aux technologies. A ce titre, ils contribuent au développement de la pêche traditionnelle.

Mais cette aide n’est pas sans poser de problèmes, elle renforce la dépendance technologique des pays du tiers monde et lorsqu’elle se réduit, des problèmes nouveaux apparaissent tels que l’absence de pièces détachées pour pouvoir entretenir la technologie acquise.

Mots-clés

pêche artisanale, pêche, mer, transfert technologique


, Afrique subsaharienne

Commentaire

Ce résumé est basé sur deux chapitres de l’article "Etat, marché et pêcheurs marins artisanaux en Afrique francophone et lusophone". ("L’accès aux technologies de pêche" et "L’accès aux équipements et matériel de pêche").

Source

Articles et dossiers

PLATTEAU, Jean Philippe in. AFRIQUE CONTEMPORAINE, 1990, 154

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