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Restructurer l’agriculture

Choix techniques et options sociales

Nicolas SILHE

01 / 1994

Le projet d’Appui à l’agriculture cambodgienne (AAC, 1988-91), devenu "Techniques Agricoles et Développement du Cambodge" (TADC, 1991-94), revêt un caractère exemplaire de par la synergie des acteurs (hommes et institutions)qui sont intervenus dans son élaboration puis dans sa mise en oeuvre ; c’est toute une variété d’acteurs d’origines diverses qui ont été intégrés dans une vaste opération de développement.

Les deux acteurs principaux sont le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement, France)et le GRET (Groupe de recherche et d’échanges technologiques, France). Le CCFD est ici "chef de file" d’un réseau de bailleurs de fonds, et apporte 15 % du financement d’un projet qui, à son terme fin 1994, atteindra près de 20 millions de francs. Les autres financeurs sont les pouvoirs publics français, des institutions européennes, des organisations internationales...

Comme principal opérateur technique, le CCFD a sollicité le GRET, spécialisé dans les questions du développement.

Le CCFD, à vocation "plutôt sociale", et le GRET, à vocation "plutôt économique et technique", ont ainsi des mandats assez différents, mais ils étaient en accord, ainsi que les autres partenaires, sur les objectifs de fond : aider le Cambodge, en particulier dans le domaine agricole, à contribuer au rétablissement des relations entre ce pays et la communauté internationale et notamment la France, et répondre aux besoins des paysans les plus pauvres. Par ailleurs, par la recherche de complémentarité, le partage clair des tâches accompagné d’un dialogue constant, et par la confiance réciproque entre ces organismes, une réelle synergie a pu se développer.

Les années suivant la chute du régime Khmer rouge et l’intervention vietnamienne de janvier 1979, le Cambodge ouvre lentement ses portes à l’Occident. La situation agricole, alimentaire et sanitaire est déplorable. Le cadre initial du projet est caractérisé par l’absence de société civile et de partenaires nationaux potentiels, un contrôle étatique et un collectivisme importants, et le mythe très vivace de la grande agriculture socialiste scientifique.

L’initiateur du projet, l’agronome François Grunewald, effectue à partir de 1985 de nombreux séjours au Cambodge, en tant que coordinateur de l’aide humanitaire de l’ONU pour le peuple kampuchéen. Cherchant à mettre sur pied un projet de développement agricole qui toucherait directement les populations et appuyé par le GRET, il rencontre David Mac Aree, qui adhère totalement à son projet et conduit le CCFD à accepter le rôle de leader-animateur des bailleurs de fonds, tandis que le GRET accepte celui d’opérateur technique.

L’ensemble des partenaires (bailleurs de fonds, scientifiques et techniciens, responsables de l’agriculture du Cambodge)sont associés dès le départ à la conception du projet et encouragent sa préparation. Le projet AAC démarre en août 1988, pour une durée de trois ans, avec un budget de 6 millions de francs, aboutissement de plusieurs années de réflexion et de travaux menés en réseau.

L’accès au terrain étant difficile au Cambodge, les domaines d’intervention sont fixés en réponse à la demande des autorités, tout en cherchant à pénétrer les communautés paysannes. Le programme comporte ainsi trois volets. Le premier, d’appui aux économies familiales, porte surtout sur la production de sucre de palme (celle de riz étant collectivisée). Un projet de recherche-développement d’un four à sucre est lancé à partir d’un modèle mis au point en Thaïlande avec l’appui du GRET et du Comité français contre la faim, qui se communiquent leurs résultats. Le second concerne l’amélioration de la traction animale, grâce à l’expérience sur d’autres continents de spécialistes, notamment du GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural, France)et du CEEMAT (Centre d’étude et d’expérimentation du machinisme agricole tropical, France), et de la petite hydraulique villageoise, pour laquelle un autre spécialiste est sollicité. Le troisième, la création d’un laboratoire de sciences du sol, répond à une demande prioritaire des responsables de l’agriculture ; il est élaboré en relation avec divers spécialistes pédologues de l’ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, France)et de l’Institut national agronomique Paris-Grignon. Des échanges de divers types sont organisés :visites, stages, missions d’experts...

En 1991, le projet est reconduit pour 3 ans, avec plus d’ampleur, devenant le projet TADC (budget : 11 millions de francs). Il englobe de nouveaux volets : mécanisation du travail du sol, crédit rural, organisation de l’agriculture, distributions foncières... L’assistance technique permanente du projet est renforcée, mais la plupart des étapes nécessitent une collaboration avec des experts et des institutions spécialisées ou particulièrement compétentes, telles l’IRAM (Institut de recherches et d’applications des méthodes de développement, France)en matière de crédit rural. Le GRET intervient aussi en appui à l’enseignement agricole supérieur : par l’intermédiaire du projet TADC, professeurs et étudiants cambodgiens se forment sur le terrain. Une synergie supplémentaire est ainsi créée entre action, formation et recherche. Enfin, grâce à sa présence permanente au Cambodge, le GRET a noué des liens avec diverses structures multilatérales (HCR, UNICEF, PNUD), qui apportent d’ailleurs un soutien financier important aux volets qui les intéressent.

Mots-clés

histoire du développement, coopération internationale, développement rural, méthodologie, ONG, recherche paysanne, recherche et développement


, Cambodge, France

Commentaire

En décembre 1992, le projet TADC a fait l’objet d’une évaluation globale, qui a mis en avant la synergie exemplaire entre les multiples acteurs qui ont su, par-delà leurs différences, à se rassembler autour d’objectifs et d’intérêts communs.

Notes

Simone Payeur est chargée d’étude et d’évaluation des projets au CCFD.

Source

Articles et dossiers

PAYEUR, Simone, CIEDEL in. HISTOIRES DE DEVELOPPEMENT, 1993/03 (France), N°21

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