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De l’intérêt d’une gestion locale des programmes LEADER

Betty WAMPFLER

02 / 1995

Le programme LEADER Sud Aveyron est original au sein de MIdi - Pyrénnées : c’est le seul dont la gestion a été confiée à un groupe de développement local.

L’intérêt d’une gestion locale des programmes LEADER réside d’abord dans les vertus de la proximité. Celle-ci permet aux gestionnaires du programme de développer une connaissance fine des porteurs de projets, et du terrain économique et social local. Le délai d’instruction des dossiers est rapide (de 3 à 4 mois), les aides financières attribuées sont accessibles au bout de six mois, allégeant d’autant les problèmes de trésorerie qui pèsent toujours sur les créations d’entreprise. La proximité améliore la circulation de l’information et facilite les démarches des porteurs de projets, en les simplifiant, et en leur donnant une convivialité plus grande.

La gestion locale permet, bien plus que des gestions plus centralisées, de favoriser l’émergence de projets adaptés à des besoins et des potentialités locaux qui ne rentrent pas toujours dans les cadres institutionnels classiques. Plusieurs opérations financées par LEADER Sud Aveyron en sont des exemples.

Ainsi en est-il de l’expérience de l’association Co-gite. Tout au long des années 80, à la faveur d’un contexte géographique et humain favorable, les gites ruraux se sont multipliés en Sud Aveyron. En 1990, une dizaine d’entre eux ont souhaité s’associer, tant par besoin de contacts que par envie de développer une stratégie commerciale commune, autour de l’idée de "vivre et faire partager un pays". Ainsi est née sur le Larzac, l’association Co-gite. Des besoins communs en formation, en promotion ont été identifiés et un projet, comportant différentes actions à mener et à financer en commun, a été défini : acquisition de compléments de formation, signalisation des gites, promotion commune, balisage de sentiers de randonnées reliant les gites entre eux... Une première demande d’appui au financement du projet, soumise et acceptée par LEADER, fut refusée par le Département, au motif que le projet était trop global et disparate, et ne rentrait dans aucunes des lignes prévues dans le budget départemental. Par ailleurs, plusieurs des gites ne répondaient pas aux normes de qualité minimales, conditionnant l’accès aux financements départementaux. Ces normes étant relativement élevées (le Département a une stratégie de développemnt de "tourisme rural de qualité"), la mise aux normes des gites déficients supposait des investissements privés impossibles à réaliser dans l’immédiat. La cellule technique du projet LEADER aida alors à reformuler un nouveau projet, moins ambitieux et mobilisant davantage les apports personnels des membres, notamment sous forme de travail. L’amélioration de la qualité des gites inférieurs aux normes, y fut intégrée, mais sous forme d’investissements progressifs et limités, échelonnés sur plusieurs années. L’expérience a été finalement financée par LEADER, et l’association souhaite développer aujourd’hui, en complément de l’activité touristique, un accueil de jeunes en réinsertion sociale.

L’appui à des petits hotels et restaurants ruraux est autre exemple de l’intérêt d’une gestion locale. Dans les villages du Sud Aveyron subsistent quelques petits hotels- restaurants, qui ont essentiellement une clientèle locale et sont dépourvus d’intérèt touristique. Ne répondant pas aux normes de qualité fixées au niveau départemental, ils n’ont pas accès aux financements classiques prévus pour le développement du tourisme rural. Malgré l’hostilité du Département, LEADER Sud Aveyron a décidé d’appuyer ces unités économiques, dans la mesure où elles sont un facteur de maintien de l’emploi et ont une fonction sociale locale.

Les bergerie et chêvrerie de Veyreau, qui ont vu le jour grâce à l’obstination d’un maire rural, et au financement LEADER, sont un autre exemple de l’intérêt d’une gestion locale. La difficulté d’obtenir des financements publics complémentaires a été liée à des problèmes de clivages politiques, mais aussi au fait que l’opération envisagée était tout à fait en marge des actions de développement habituellement financées et risquait de susciter des demandes nouvelles, expressions de besoins auxquels les différents niveaux institutionnels ne sont prêts à faire face. Dans l’ensemble de ces actions, l’un des intérêts remarquable du programme LEADER est d’apporter aux porteurs de projets qu’il finance un début ou un renforcement de crédibilité, qui leur permet d’affronter plus efficacement et plus sereinement toutes les autres institutions. Des projets dont les porteurs se sentaient incapables d’affronter la complexité d’institutions lointaines, ont ainsi vu le jour, parce l’institution s’est rapprochée du terrain local.

Mots-clés

développement local, tourisme rural, financement, milieu rural


, France, Aveyron, Midi-Pyrénées

Commentaire

Ce principe de gestion locale d’un programme européen, dont on mesure l’enjeu à travers ces exemples, a été appliqué de manière assez limitée en France et est l’un des enjeux principaux de la négociation en cours sur les programmes LEADER II (1995- 1999).

Source

Autre

WAMPFLER, Betty

ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier) - L’ENSAM fait partie depuis janvier 2007 de Montpellier SupAgro qui est née de la fusion de 4 établissements : ENSAM, Centre national d’études agronomiques des régions chaudes (CNEARC), Département industries agroalimentaires régions chaudes de l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA-SIARC) et Centre d’expérimentations pédagogiques de Florac (CEP Florac). 2 place Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, FRANCE - Tél. 33 (0)4 99 61 22 00 - Fax 33 (0)4 99 61 29 00 - France - www.agro-montpellier.fr - contact (@) supagro.inra.fr

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