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Les initiatives d’insertion par l’économique en Espagne

Stéphanie GONCALVES

08 / 1994

Trois traits permettent de caractériser l’"insertion par l’économique" en Espagne : la diversité, la mouvance et l’effervescence.

Diversité, parce que, du point de vue géographique, l’insertion économique se pose de manière différente selon les régions :

- Au nord : culture industrielle, salariat qui ne favorise pas spécialement une autonomisation des initiativres d’insertion.

- Au pays basque : tradition plus liée aux petites et moyennes entreprises.

Diversité du point de vue des acteurs :

- L’Etat central a élboré un plan d’insertion dont les résultats ne sont pas du tout convaincants.

- Les régions qui s’appuient sur un niveau de décentralisation assez important, surtout dans le domaine social.

- Les entreprises qui sont largement sensibilisées à la question par l’intermédiaire des Chambres de Commerce.

- Les associations du secteur social se tournent de plus en plus vers le secteur économique, après avoir découvert les limites de fonctionnement du système de formation ou d’insertion, pensé uniquement selon une logique sociale.

- Quant aux coopératives, elles connaissent un développement assez important. Un nouveau montage est de plus en plus utilisé dans les entreprises en crise, comme l’illustre l’exemple de la Salle. Cette société anonyme voit son capital détenu à hauteur de 50 % par le secteur privé et le reste par les travailleurs.

- Enfin, les syndicats espagnols ont commencé à penser qu’ils pourraient intervenir dans le domaine de l’insertion. Ils ont donc mis sur pied des projets dans le secteur du bâtiment, ainsi que des projets économiques et sociaux financés par l’Etat.

L’apport espagnol réside dans la mise en place de "formules mixtes" liant les secteurs dans une approche locale.

Exemple : A Barcelone :

Une association à but non lucratif a créé une entreprise du bâtiment chargée de la réhabilitation d’un immeuble dégradé de personnes âgées, sans ressources. Les travaux ont été faits par de jeunes chômeurs, avec la collaboration d’associations de voisins et d’entreprises qui ont fourni les matériaux. Le tout était financé par l’équivalent du RMI français et le 0,5 % espagnol dont l’attribution, dans le cadre d’une action sociale, est laissée au choix de chaque citoyen.

Le bouillonnement peut être analysé du point de vue historique et du débat théorique.

Du point de vue historique :

- Les tenants du social accusaient les membres de l’entreprise de provoquer l’exclusion; ces derniers répliquaient en accusant "les sociaux" de pratiquer la morale dans des domaines qu’ils maîtrisent mal.

- Dans les années 80, revirement des mentalités. Le monde économique a commencé à remettre en cause les fondements d’un système qu’il soutient, mais dont les limites se font trop évidentes. De son côté, le secteur social s’est demandé dans quelle mesure il n’était pas reproducteur de la pauvreté et de l’exclusion.

Fruit de ce rapprochement, une certaine logique économique a pénétré le domaine du social et un débat s’est ouvert sur

- La notion d’insertion : insérés/exclus, l’analyse espagnole s’appuie sur une définition de la notion d’insertion comme passage des individus entre diverses strates concentriques, allant de l’isolement/exclusion au noyau central de stabilité professionnelle. Les interrogations portent alors sur la question de la productivité sociale et du travail socialement utile.

- Pourquoi ne nous demanderions-nous pas plutôt quels efforts la société doit faire pour être moins excluante ?

- On doit disposer de temps pour créer des itinéraires d’insertion (une multiplicité des formules et des structures d’appui permet une progression des personnes dans les différentes phases d’insertion).

- Quelles sont les meilleures conditions possibles à mettre en place pour qu’un processus d’insertion par l’économique puisse mieux fonctionner ?

- Alors, dans quel environnement placer les projets pour qu’ils se développent dans les meilleures conditions ?

La réponse passe par une prise en compte du local, comme lieu d’ancrage, de négociations et de développement des actions.

Enfin, l’engagement des acteurs est une dimension primordiale. Engagement interne des personnes dans leurs structures, mais aussi engagement externe de négociation avec l’ensemble des acteurs qui ont un rôle local.

On pourrait ainsi résumer : "Faire entrer la logique du social dans les activités économiques et rendre économiques les interventions sociales".

CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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