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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Expulsions à Dakar

Joël AUDEFROY

02 / 1993

CONTEXTE

L’agglomération de Dakar, capitale du Sénégal, compte aujourd’hui, y compris les banlieues, plus de 2 millions d’habitants. Entre 1966 et 1978, l’agglomération de Dakar s’est étendue rapidement car des populations entières furent déplacées du centre ville vers la périphérie où elles se sont à nouveau établies construisant un habitat précaire. Le Gouvernement encourageait à cette époque, qui correspond au début de l’indépendance, le développement de zones résidentielles à proximité de Dakar. Cette croissance urbaine s’est développée sur des terrains qui n’appartenaient ni à des particuliers, ni à l’Etat, mais sur des terrains dont les Lébou possédaient traditionnellement l’usage. Depuis le 15e Siècle en effet les Lébou occupaient le site de ce qui est actuellement Dakar et ses environs.

Deux expulsions ont eu lieu récemment. L’une dans le quartier Grand Medine, où 107 concessions ont été expulsées pour laisser la place à la construction d’un parking dans le cadre des préparatifs de la Coupe d’Afrique des Nations en 1991. L’autre, à Niayes Thiocker, un établissement humain spontané situé sur le quartier du Plateau où une centaine de familles ont été expulsées en novembre 1992 afin de dégager l’espace pour des opérations immobilières.

ACTEURS IMPLIQUES DANS LE PROCESSUS D’EXPULSION

LE CAS DE GRAND MEDINE

En 1983 et 1985, deux expulsions avaient déjà eu lieu pour la construction du Stade de l’Amitié. Certains avaient obtenus des dédommagements, d’autres seulement quelques promesses. En octobre 1990, des habitants de Grand Medine recevaient une lettre du Gouverneur de Dakar les informant de l’éventualité d’une expropriation pour la construction d’un parking. Au total, 107 concessions, lesquelles comprennent plusieurs familles, ont été recensées avant les démolitions. Pourtant, les habitants avaient acquis les titres fonciers en bonne et due forme, remis par une coopérative chargée de la distribution de ces terrains à l’époque. Les demandes des populations affectées ne reflètent que la résignation : un délai suffisant pour préparer cette cassure dans leur vie et des dédommagements à la hauteur des préjudices qu’ils vont subir.

LE CAS DE NIAYES THIOCKER

Le 23 novembre 1992 une partie du vieux quartier de Niayes Thiocker (Plateau)a été la proie de démolitions sous les coups des bulldozers. Une centaine de familles se sont retrouvées à la rue. C’est un bidonville situé aux portes du centre ville de Dakar. Depuis longtemps les autorités s’étaient refusées à réaliser des travaux d’assainissement car il tombait sous une loi d’expropriation pour cause d’utilité publique qui avait été votée en 1974 lorsque le Président L.S. Senghor avait lancé un décret portant la création d’un musée des Arts Africains et des Civilisations Noires dans le secteur. 3 ans après les populations affectées furent indemnisées mais l’Etat n’avait pas pris possession des parcelles libérées jusqu’en 1988 où la Société d’Aménagement des terrains urbains (SCAT-URBAM)reçut le mandat d’aménager le site pour un programme de caractère essentiellement privé au profit d’investisseurs nationaux et étrangers. Il est prévu en effet sur le site de démolition la construction de 450 logements, la commercialisation de 43 000 m2 de bureaux et de 13 000 m2 de commerces. En outre, le programme comprend la construction d’équipements (hôtels), des appartements de standing et des infrastructures de loisirs (piscines, tennis).

Un groupe opérationnel, dirigé par le Gouverneur de Dakar et la SCAT-URBAM ont supervisé le chantier de démolition et les expulsions. Des sommations d’usage ont été formulées à l’endroit des populations pour leur demander de quitter les lieux. Au moment de l’expulsion, 60% des anciens propriétaires et locataires qui avaient été indemnisés, avaient quittés les lieux, laissant sur place des sous-locataires qui occupent dans leur grande majorité le quartier de Niayes Thiocker. Ces derniers n’ont jamais reçu d’indemnisation et ils sont ainsi les principales victimes des expulsions. Seulement 61 propriétaires légaux de parcelles ont été cette fois-ci recensés et un autre terrain leur a été attribué.

REACTION DES DIFFERENTS ACTEURS

Dans le cas de Grand Medine, les réactions des habitants sont de 2 types : certains d’entre-eux avaient saisi des guides religieux pour intercéder en leur faveur auprès du gouvernement, d’autres avaient sollicité le soutien du Maire de Dakar pour son appartenance à un parti politique (le Parti socialiste sénégalais), mais la majorité d’entre eux laissent échapper dans leurs discours la résignation :"après tout, c’est peut-être une volonté d’Allah". De leur côté, les partis politiques tels que le PIT (Parti de l’Indépendance et du Travail)ont déclaré "qu’il faut s’opposer de toutes ses forces à cet acte barbare".

ALTERNATIVES PROPOSEES

Dans l’un et l’autre cas des parcelles ont été attribuées par l’Etat aux familles expulsées qui ont été recensées. Dans le cas de Grand-Médine certaines familles ont été attributaires de parcelles nues plus l’équivalent d’environ 1000 dollars US à titre de dédommagement. Dans le cas de Niayes Thiocker, 61 familles sur plus d’une centaine expulsées ont été reconnues par le gouvernement qui consent à leur vendre des parcelles de 150 m2 à Malika (coût : 450 000 FCFA payables en 5 ans avec 50 000 FCFA d’apport initial). Mais le plus souvent, certains de ces attributaires vendent ensuite leurs parcelles et redeviennent des locataires dans des quartiers pauvres proche de leur lieu de travail et retombent ainsi dans l’insécurité du logement.

Mots-clés

logement, habitat, bidonville, politique foncière, droit du sol, croissance urbaine, expulsion de logement


, Sénégal, Dakar

Commentaire

Aussi bien dans le cas de Grand Medine que dans celui du bidonville Niaye Thiocker, les habitants expulsés ne se sont pas organisés, ce qui les place dans une situation difficile lors d’éventuelles négociations avec les autorités.

Dans le cas de Niaye Thiocker, il est intéressant de constater comment une expropriation pour cause d’utilité publique (pour la construction d’un Musée), s’est peu à peu transformée en 20 ans en simple opération financière pour le seul bénéfice des investisseurs nationaux ou étrangers et qui permettra du même coup de supprimer un bidonville implanté bien trop près des quartiers résidentiels de Dakar au détriment des populations qui y vivent.

Notes

Témoignage recueilli par l’ENDA-RUP à partir de coupures de journaux locaux.

Source

Entretien

HIC=HABITATINTERNATIONAL COALITION, COALITION INTERNATIONALE DE L'HABITAT, 1992 (MEXIQUE)

HIC MEXICO (Coalición Internacional para el Hábitat) - Tacuba #53, 1er. piso - Colonia Centro, 06000 México D.F.MEXIQUE - Tel: + 52-55-5512 1586 - Telefax: + 52-55-5512 6726 - Mexique - www.hic-al.org - info (@) hic-al.org

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