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L’Inde met fin au ’vol de gènes’

Mohamed Larbi BOUGUERRA

09 / 1994

Les multinationales de la pharmacie n’auront plus libre accès aux richesses génétiques de l’Inde. Une nouvelle loi particulièrement sévère entrera en application l’an prochain et interdira à ces sociétés de se servir librement des ressources génétiques commercialement intéressantes du pays. Ne pourront plus quittter le pays 9000 plantes médicinales ainsi que certains microorganismes industriellement importants. Il sera notamment illégal d’exporter des germplasmes de récolte (riz, blé..)s’il n’existe pas un accord d’"échange" avec la Banque Nationale de gènes, propriété de l’Etat indien. Le Ministère de l’Environnement et des Forêts (MEF)justifie la nouvelle loi en donnant l’exemple édifiant et significatif de la plante indigène Rauwolfia serpentina qui donne un médicament contre l’hypertension dont les ventes annueles dans les seuls Etats Unis se montent à 260 millions de dollars. L’Inde ne touche pas un seul sou vaillant bien que cette plante lui appartienne. L’American Type Collection du Maryland possède 380 champignons et 90 microorganismes indiens et en a même breveté certains. L’Association indienne d’ethnopharmacology possède des données sur 7500 plantes médicinales. Sur instructions du MEF, l’Association n’utilise plus les banques de données électroniques auxquelles les étrangers peuvent accéder. A la mi-août 1994, deux Allemands, qui se faisaient passer pour des touristes, ont été découverts en possession de 30 OOO insectes à leur départ de l’aéroport de Delhi. La nouvelle législation vise à obtenir pour l’Inde une juste rétribution pour ses richesses d’autant que les nouvelles dispositions du GATT autorisent les brevets sur les gènes et les microorganismes. De plus, l’Inde est signataire de la Convention sur la biodiversité qui confère aux Etats un droit souverain sur leurs richesses biologiques et permet donc d’en limiter l’accès. L’Inde réclame maintenant aux EU le retour de germplasmes pris entre 1950 et 1970 comme elle exige de l’IRRI le retour de 5000 variétés de riz originaires de l’Assam.

Mots-clés

biodiversité, multinationale, plante médicinale, banque de données, industrie pharmaceutique


, Inde

Commentaire

La question des richesses génétiques a pris une grande importance en Inde. Elle a conduit à des troubles et des manifestations qui ont rassemblé jusqu’à un million de paysans en 1993. Une multinationale américaine s’était avisée de breveter le neem, une plante à propriétés insectistatiques et insecticides utilisée de tout temps par les paysans indiens. Le neem, du fait de ce brevet, serait devenu la propriété de la société américaine! La question ayant pris une coloration extrêmement politique, le gouvernement a fait voter très vite une loi pour couper court à l’agitation et protéger les richesses nationales.

Notes

Titre original de l’article : "India set to end "gene robbery"

Source

Articles et dossiers

JAYARAMAN, K.S., MacMillan Magazines Ltd in. NATURE, 1994/08/25 (ROYAUME UNI), 6491, vol. 370

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