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La petite voix qui dit non

Les radios clandestines en Haïti

Louise BOIVIN

11 / 1994

Le lambi résonne. «Asosye li jou!» (Compagnon, le jour se lève!)«Leve kanpe!» (Debout!)«Soley la leve!» (Le soleil se lève!): Il est 6 heures du matin. L’émission de la radio clandestine Soley Leve commence. Elle s’arrêtera vers 8 heures du matin pour un nouveau rendez-vous à 8 heures du soir, sur 94.9 Mhz FM.

Cette station créée en 1993 s’est fait un nom dans le milieu port-au-princien. C’est avec enthousiasme que les habitants des bidonvilles ceinturant la capitale ont accueilli la reprise, fin 1993, des programmes de Soley Leve, suspendus en octobre de la même année pour des raisons non précisées.

Quotidiennement, cette station de très faible puissance (50 W)intrigue pourtant les putshistes. Les hommes de Michel François (actuel chef de la police)recherchent activement son lieu d’émission, apprenons-nous de source digne de foi. Fervent partisan des militaires, Serge Beaulieu, propriétaire de Radio Liberté, voisine de Soley Leve sur le cadran, se plaint des ennuis causés aux émissions de sa station par la «radio pirate». Il a même été question pour les auteurs et complices du coup d’État, à l’époque de la signature de l’Accord de Grovenors Island et du pacte de New-York, d’obtenir la cessation des émissions de cette station clandestine.

C’est qu’en effet les antennes dissimulées à travers le pays rompent le silence. Elles brisent le cercle de la désinformation, dénoncent, analysent et invitent encore les secteurs populaires à maintenir la résistance, 29 mois après le coup d’État.

«Komite rezistans pou jodi», (comité de résistance pour aujourd’hui), «komite rezistans pou demen» (comité de résistance pour demain), clame sans cesse Radio Pep Ayisyen (Peuple haïtien), la consoeur de Soley Leve, qui a inauguré ses émissions en avril 1992. Ayant éteint ses émetteurs pendant plus de 6 mois, Radio Pep Ayisyen a repris ses programmes réguliers en février 1994.

Le son du tambour annonce l’entrée en ondes de cette station plus couramment appelée «Radio pèp la» (la radio du peuple). A Port-au-Prince, département du Nord, sa présence est notée sur 1600 Khz AM. Environ 6 fois par jour, elle allume ses antennes: des horaires différents suivant les régions. La formule est ainsi conçue pour, semble-t-il, contourner la faible puissance des émetteurs, observe-t-on dans certains milieux.

A côté de ses éditoriaux, ses bulletins d’informations nationales, Radio Pep Asyen laisse également une place à l’actualité internationale. Les souffrances, la lutte, la victoire d’un peuple, c’est l’affaire de tous les peuples, explique-t-elle dans un spot. Par ailleurs, dans son espace intitulé «kozman pèp la» (causeries du peuple), les habitants des quartiers populaires et des sections rurales interviennent autour des problèmes du pays, faisant part de leurs revendications.

Cette formule a également été appliquée par Radio Lave Je (littéralement: se laver les yeux)qui fonctionnait clandestinement à Thomonde,une localité du département du Centre. Installé depuis 1992, l’émetteur a été incendié le 31 décembre 1993 par des partisans du putsh, soutenus par les militaires. Certains de ses responsables sont mis à couvert à Port-au-Prince. Ils sont cependant décidés à organiser la reprise des émissions de Radio Lave Je.

Rappelons que depuis le renversement du Président Jean-Bertrand Aristide le 30 septembre 1991, plusieurs expériences de radio clandestine ont vu le jour en Haïti. Toute de suite après le coup d’Etat, naissait Radio Résistance Lavalas. Elle a constitué une bouffée d’air frais pour la population de Port-au-Prince durant les jours sombres de la fin de l’année 1991. De même, Radio 29 Novembre, à cette époque, a également fait parler d’elle. Ces initiatives n’ont pas fait long feu. Mais elles ont ouvert la voie à une pratique de la parole malgré l’interdiction imposée apr les armes. Cela marquera à jamais l’évolution de la radio en Haïti.

Mots-clés

censure, désinformation, radio communautaire, résistance culturelle, répression, influence des médias


, Haïti

dossier

Gouverner les villes avec leurs habitants

Source

Articles et dossiers

GOTSON, Pierre, CRAD=CENTRE DE RECHERCHE ET D'ACTION POUR LE DEVELOPPEMENT, AMARC in. INTERADIO, 1994/01 (CANADA), Vol.6 No1

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